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A propos de l'appel à signature dit « Un conseil
d'administration du CNRS doublement inacceptable » diffusé le 21
octobre 2005 par la lettre mensuelle liens-socio[1].
Jusqu'où allez-vous nous faire descendre et avec vous, l'honneur
et la légitimité des sciences sociales dont vous accaparez la
scène nationale en prétendant nous représenter ?
Cet échantillon de scène médiatique[2]
qui ose se poser en signataires de ce texte d'inquisition
n'est-ce pas un véritable modèle réduit de ce so small world
[3],
si déconsidéré de la discipline « sociologie », en voie
d'implosion dans une crise sans précédent d'autophagie et
d'effondrement moral et intellectuel, un petit monde
auto-référent dont les oeuvres ne sont lues- au mieux que par
lui-même et au risque de l'extrême ennui ?
Un si petit monde
- incapable de retrouver un souffle d'invention et d'audace
dans la pensée des sociétés de la mondialisation qui
demanderaient toutes les collaborations au sein et en dehors des
sciences sociales instituées et tant de courage critique et non
des pratiques de nivellement et de meutes,
- s¹abandonnant sans frein à des pratiques de sectes,
épuratrices des problématiques non conformes et des penseurs
libres, une nouvelle fois en l¹occurrence Michel Maffesoli,

- banalisant le clientélisme lors de concours de recrutements
qui s'avèrent des fictions toujours plus scandaleuses pour les
candidats si nombreux qui croient que c¹est l'échelle du mérite
scientifique (c'est à dire le savoir capitalisé, la pluralité
problématique et la réfutabilité) qui va noblement trancher de
leur candidature,

- stérilisant l'enseignement dans l'impasse de pensées
fossilisées à force d'être enseignées en catéchisme clos, réduit
aux vérités mâchées des "manuels", entre restes de marxismes
recuits, pensées binaires à virtualité terroriste, monomanie
interprétative d'une domination qui paraîtrait simpliste
même pour des hordes de primates, et gauchisme de faux rebelles,

- prétendant partout où il le peut, imposer la fiction
totalitaire d'une méthodologie unique, d¹une Science
achevée, exécutrices testamentaires de maîtres
dont le legs le plus vivant s'avère être la reproduction de
clans revendiquant le monopole des places et des subsides.
Ce so small word qui mérite pourtant mieux que ces
métastases qui menacent sa survie et où résistent sous cette
dérélicition si avancée tant de valeureux chercheurs aptes à
l'invention et de professeurs qui osent encore être des maîtres,
voit aujourd'hui resurgir en son sein, avec cet étal de
signataires, une milice d'éradicateurs échauffaillés par des
rameutements de chasse aux sorcières.
Certains des signataires de ce texte de suffisance et de
médiocrité jalouses méritent mieux que cet embrigadement où nous
regrettons qu¹ils se soient fourvoyés. D'autres continuent de
révéler la vérité des pratiques de violence et d'intolérance
qu'ils font régner dans les réseaux ou établissements qu'ils
contrôlent ou dans les jurys qu'ils tentent d'intimider ;
certains ont accepté que leur nom soient invoqués pour le
lynchage de collègues, certains ont à leur actif, un véritable
press-book de "signatures" de même acabit.
Il faut vraiment que cela cesse :
que les sciences sociales redeviennent un lieu commun[4]
où
règnent la plus grande ouverture théorique et méthodologique et
la totale liberté des personnes qui s'exposent à penser et à
parler.
Partout, et notamment d'où nous parlons, nous avons l'écho
multiple de pratiques à relents totalitaires quand prétend
s'imposer la tyrannie de laboratoires-sectes qui veulent
transformer les jeunes enseignants en clones d'une parole unique
(il n'est plus question de penser), qui interdisent
effectivement à leurs collègues d'entreprendre quoi que ce soit
sans leur censure préalable, et imposent un interdit
professionnel à des professeurs éminents qui ont fait soutenir
multitude de thèses : empêchement d'enseigner à leur niveau, de
prendre de nouveaux inscrits. Nous sommes ici à Nantes
tragiquement instruits de ce que signifie une unanimité de meute
épuratrice créée sous le règne de la peur, et une pratique
banalisée du lynchage public pratiqué par des habitués des
appels à signature.
Nous refusons cette inversion de siècles de civilisation
universitaire, et cette mise au pas des sanctuaires de
l'intelligence libre au niveau de toute une nation par cette
poignée de sociologues majoritairement médiatiques
qui osent signer ce texte lâchement camouflé sous un féminisme
mondain.
Nos références : c'est la liberté de ceux qui légitimement à
leur place, dans leur fonction sous le seul égide de la loi
républicaine, s'exposent à penser ; c'est le droit absolu des
étudiants d'avoir accès à toutes ces pensées pour d'inachevables
disputationes ; et par dessus tout cela, il est devenu
urgent d'interroger les épistémologies terroristes de la
rupture guillotineuse et du mépris du sens commun des
congénères humains, que leurs adeptes en sont vraiment venus à
traiter comme des choses ; notre seul préalable est le
primat de la réalité sur les diktats qui prétendent au nom d'une
Science brandie comme un fétiche meurtrier, la (re)-construire
pour mieux l'abolir et la dénier.
Notre métier, si c'en est un, restera un bricolage sans fin,
avec tous les moyens du bord et toutes les idées disponibles
sans aucun ostracisme disciplinaire, pour comprendre les milieux
complexes de tissus humanisés, de sociétés, de civilisations, de
mondes faits de nature et de culture mêlées, de savoirs
relatifs et d'opacité où l'on est toujours modestement et à
jamais sur une frontière mouvante et où l'on est sûr qu'on
serait irréversiblement fourvoyé dans l'idéologique pur et le
religieux si l'on réduisait jamais la réalité connue à la
transparence mortifère d'un champ.
Traitons les éradicateurs et leurs signatures par un silence qui
sauve l'honneur de notre profession, qui ne sait que, pour ce
qui les concerne, la deuxième fois c'est une farce... et
parlons libre!
Joëlle Deniot,professeur des universités, Nantes, membre nommé du CNU 19°
Section, ex- directrice du LESTAMP, Université de Nantes,
présidente du Lestamp-association
Jacky Réault agrégé d'histoire, ancien directeur du
GIRI-CNRS, maître de conférence en sociologie, vice-président du
Lestamp-association
___________________________________
Notes de Appel à signature ? Ca suffit !
1 - Que l¹on peut trouver en annexe au bas de ce dossier,
sous la lettre de droit de réponse adressée à l¹émetteur
de l¹envoi.
2 - l'appel à signature est présenté par vingt signataires
derrière alphabétiquement, Christian Baudelot, Stéphane Beaud
etc.. On trouve l¹exhaustivité in fine.
3 - Joëlle Deniot, A so small world, Interdit sociologique
et mutation mondialiste in Les sociétés de la
mondialisation, publication du Colloque du LESTAMP,
Université de Nantes. http://www.lestamp.com (site), http://www.sociologie-cultures.com/
(Newsletter)
4 - Jacky Réault Pour un lieu commun des sciences sociales
in Les sociétés de la mondialisation, publication du
Colloque du LESTAMP, Université de Nantes. http://www.lestamp.com
(site), http://www.sociologie-cultures.com/ (Newsletter)
De : REAULT Jacky <jacky.reault@wanadoo.fr>
Date : Sun, 23 Oct 2005 20:31:00 +0200
À : Pierre Mercklé <pierre.merckle@free.fr>
Objet : Re: Un conseil d'administration du CNRS
doublement inacceptable !
A la Lettre mensuelle de liens socio,
(Sous couvert de Pierre Mercklé)
Bonjour,
Nous sommes stupéfaits que vous vous fassiez les relais de ce
qui apparaît de façon si voyante comme une opération de clique,
qui s'inscrit dans une logique de guerre civile intellectuelle
au sein des sciences sociales. Dans cet "appel à signature",- en
soi, une forme excécrable d'échange intellectuel-, sont brandis
des emblêmes verbaux sublimant alors qu'il ne s'agit que
d'exterminer une école de pensées différente au mépris d'une
personne qui en est le flambeau d'éminence internationale, et de
son droit à protection et respect comme chacun d'entre nous.
Nous vous adressons comme droit de réponse pour abus de sigle
sans consultation d'adhérents, et comme expression de notre plus
absolue protestation comme universitaires et comme
intellectuels, le texte que vous trouverez en pièce jointe,
signé de Joëlle Deniot et de moi-même.
Il exprime notre réaction immédiate de femme et d'homme libre et
n'est en rien un nième "appel à signature", ce mode
d'extermination symbolique parent du lynchage. Sur cette
non-affaire à laquelle vous vous identifiez si imprudemment,- un
peu de respect pour les institutions républicaines et leurs
représentants légitimes s'il vous plait !- il pourrait s'agir
en l'occurence à la fois de vulgaires jalousies, pour des
signataires faciles à identifier, et plus gravement pour toute
les disciplines de sciences sociales, d'une prétention de toute
puissance par le rêgne de la terreur dans les lettres ;
nous en savons à nos dépens plus que notre part à l'épreuve des
pratiques de plusieurs signataires mis en vedette, contre
l'école de pensée, (une autre encore, le nivellement n'est pas
pour demain), que nous représentons nous même au sein de notre
Université et bien plus au large.
Que Pierre Mercklé signe ce texte, n'engage que lui mais que
La lettre .. de liens-socio fasse cette publicité à
ce qui devrait être traité décemment par le silence, induit
d'évidence l'idée de l'usage privé et abusif d'un organe
d'information qui n'avait pas affiché pour recruter ses
destinataires d'esprit d'intolérance ou d'exclusivisme. En
espérant un retour à l'attachement (que nous prétions à votre
Lettre et à l'usage de "sa" liste), pour la pluralité
intellectuelle de pairs à l'exclusion de toute forme de censure
(le lynchage médiatique en est une des formes les plus
infames), donc aux présupposés absolus d'une vie universitaire
et de recherche civilisée, je vous adresse nos salutations.
Jacky Réault
_______________________________________________________________________
le 21/10/05 14:05, Pierre Mercklé à pierre.merckle@free.fr
a écrit :
Un conseil d’administration du CNRS doublement inacceptable !
Appel à signatures
Pour signer ce texte, remplissez le formulaire de
signature en ligne disponible sur http://www.liens-socio.org
La composition annoncée du nouveau conseil
d’administration du CNRS pose au moins deux problèmes : l’un
regarde la parité homme/femme, l’autre concerne la crédibilité
scientifique.
1) Aucune femme ne figure, en effet, parmi les 12 nouvelles
personnalités qualifiées nommées par décret pris sur proposition
du Ministre chargé de la recherche, et le Conseil
d’administration ne comporte en conséquent qu’une seule femme
sur 21 membres. Dans un organisme qui a fait de la parité une
exigence majeure de sa politique interne, le constat est pour le
moins surprenant : le monde scientifique et universitaire ne
manque pas de femmes de haut niveau capables de siéger dans une
telle instance.
2) Par ailleurs, il est pour le moins étonnant de voir nommer
comme représentant des disciplines « Homme et Société » Michel
Maffesoli, un universitaire bien connu pour ses prises de
position anti-rationalistes et anti-scientifiques. Pourquoi
nommer quelqu’un qui a suscité, il y a peu, la réprobation de
l’ensemble de la communauté scientifique en commettant une grave
faute : l’attribution du titre de docteur en sociologie à une
astrologue, Elizabeth Teissier, dont la thèse faisait l’apologie
de l’astrologie ?
Ce qui peut passer pour une provocation contre l’ensemble de la
communauté scientifique peut être encore rectifié. C’est
pourquoi nous demandons au Ministre d’abroger le décret
renouvelant la composition du Conseil d’administration du CNRS
et de proposer une autre composition qui soit à la fois
respectueuse de l’exigence de parité et de la nécessité de la
crédibilité scientifique du Conseil d’administration. Nous
appelons toutes celles et tous ceux qui veulent que la mixité au
CNRS ne se réduise pas à un « effet d’annonce », et toutes
celles et tous ceux qui ont le souci de la respectabilité des
sciences sociales, à protester contre l’actuelle composition du
Conseil d’administration en signant cet appel.
Premiers signataires :
Christian Baudelot (PR, ENS Ulm) - Stéphane Beaud
(PR, Université de Nantes) - Yaël Brinbaum (MCF,
Université de Bourgogne) - Philippe Coulangeon (CR CNRS,
membre de la section 36 du Comité national du CNRS) -
François de Singly (PR, Université Paris-V) - Christine
Détrez (MCF, ENS-LSH) - Jean-Louis Fabiani (Directeur
d’études EHESS, Berlin Institute for Advanced Study) - Eric
Fassin (professeur agrégé, Ecole normale supérieure, LSS et
GTMS) - Yves Grafmeyer (PR, Univesité Lyon-2) - Annick
Kieffer (IR CNRS, LASMAS) - Bernard Lahire (PR,
ENS-LSH) - Emmanuel Lazega (PR, Université de Lille) -
Catherine Marry (DR CNRS) - Pierre-Michel Menger (DR
CNRS, Directeur d’études EHESS) - Gérard Mauger (DR CNRS,
CSE) - Pierre Mercklé (MCF, ENS-LSH) - Louis Pinto
(DR CNRS) - Claude Poliak (CR CNRS, CSE) - Alain
Trautmann (DR INSERM, Institut Cochin, porte-parole de
Sauvons la Recherche) - Loïc Wacquant (Professeur,
University of California-Berkeley, CSE-Paris)
Pour signer ce texte, remplissez le formulaire de
signature en ligne disponible sur http://www.liens-socio.org
Vous recevez ce courrier électronique parce que vous êtes
abonné-e à la lettre mensuelle de liens socio, qui a décidé de
diffuser cet appel à signatures 1 . Si vous ne souhaitez
plus recevoir la lettre d'information de liens socio, cliquez
ici pour aller sur le site, saisissez votre email et cliquez sur
"se désabonner"...
____
Note d'édition
1 Ces deux documents sont reproduits littéralement, à une
précision près concernant le destinataire du premier. Dans le
dernier paragraphe du second le grossissement en gras de ce
cynique aveu de la part d¹un organe qui s¹intitule lui-même
« LIENS », est à l¹initiative des éditeurs de ce dossier
(JD, JR) le texte d¹envoi ne le traitait in fine que
dans un graphisme très discret. Le siteLestamp acceuille dans
l¹urgence l¹ensemble au titre de tribune libe sans engager
dans l¹immédiat dominical (23/10/05) d¹autres membres de
l¹association.
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