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Avertissement d'édition : Outre l'essai en forme de manifeste qui précède, deux articles dans ce dossier.
Nous présentons dans ce dossier
deux textes : d'abord l'édition
(juin 2005*) d'un important article posthume Ou en est la classe
ouvrière ? de notre ancien
collègue et membre éminent de
temps long de deux des trois
laboratoires dont nous procédons
à Nantes, ensuite l'essai à la
fois réactif et généralisant
qu'il nous (jr) a inspiré depuis
lors. L'édition de l'article du
24 juin 2003 ne nous a paru
représenter une sorte d'hommage
véritablement vivant, -
rendu nécessaire par la
défection de l’institution
universitaire pétrifiée où il
avait œuvré trente deux ans
malgré plusieurs engagements
publics-, qu'accompagné d'une
réflexion neuve, réactive et
débatteuse à la hauteur de son
goût des pensées fortes et au
risque, que nous continuons de
considérer comme moteur de tout
progrès du savoir, du
combat d'idées*. D'où ce
second article intitulé d'abord
Que faire de la "classe"
du Lersco ?, en
référence l'ancien laboratoire
(1971-1995) dont il procédait et
qui s'était précisément
emblématisé par ce concept.
C'est ainsi que ce qui fut sur
le site de sa première édition
en juin 2005 (Pour un lieu
commun des sciences sociales),
une simple et courte
introduction au texte de
Jean-Paul Molinari, s'est
transformé par l'entrainement
intellectuel d'une interactivité
publique en un essai transversal
sur le devenir
devenu problématique des
ouvriers qui ne constituent plus
une entité sociétale puisqu'ils
ont victorieusement aboli, ce
qui était une condition
discriminante, à côté de la
société. Désormais, comme tout
le monde ils participent de ce
bricolage entre perdurance et
métamorphoses au sein des
sociétés de la mondialisation.
Quant à la validité
heuristique du concept de classe
envisagée de et dans la société
d'où nous parlons, la France,
elle ne peut s'adjuger qu'ici et
maintenant sous réserve de
penser ensemble les nouveaux
procès structurants (ou
déstructurant) et la fluidifié
des formes engendrées dans une
conjoncture historique ouverte.
On s'arrêtera d'abord un instant
sur cette précision qui dans le
contexte de la mondialisation
des sociétés sinon des savoirs
hégémoniques est tout sauf
un détail. Les
rapports sociaux de la
mondialisation passent d'abord
par les situations géopolitiques
inscrivant les sociétés,
économies, civilisations, selon la trilogie
braudélienne trop refoulée des
Annales d'avant leur
banalisante sociologisation,
dans les centres,
périphéries, centrages
et décentrages de l'économie-monde
plutôt que le système monde
plus édulcoré d'une
géographie cédant souvent à
l'évolutionnisme. Point
n'était besoin à un historien
s'inspirant de Fernand Braudel,
d'attendre l'article célèbre qui
marque la publication annuelle
de données géopolitiques et
économiques, Ramsès, au seuil de
l'année 2008, celle de la grande
crise systémique*, et que Le
Monde avait annoncé comme
le retour des nations,
pour savoir que l'antinationisme
(P A Taguieff, E Todd)
politique et théorique déjà
absurde appliqué aux
premières économies-mondes
d'extension planétaires dès les
16° et 17° siècles, s'avérait
gnoséologiquement d'une rare
sottise du temps de la
mondialisation. Ce contradictoire,
processus politique de prédation
spécifique des nations
implique précisément de penser
les résistances relatives dans
les quelles elles profilent
précisément la possibilité,
cybernétiquement nécessaire
d'une
polarisation antisystémique
centrée ou polycentrée. On
laisse aux social scientists
mondialisés de France,
effectivement mondialement
uniques en leur genre dans la
dénégation de leur appartenance
nationale, leur tabou de ce mot
emblème d'un sujet historique
millénaire plus résistant que
leur soumission au vent du
centre, pourtant déclinant.
Le présupposé anthropologique
social et politique d’un peuple
singulier
Par ailleurs il se trouve que
c'est dans le fil radicalement
déterminé de la trilogie de
Michel Verret, l'Ouvrier
français, que JPM a produit
cet article sur une
"classe ouvrière" mais dont le
titre a abandonné la
spécification nationale alors
que c'est bien des ouvriers en
France en 2003 dont il traite ;
on reviendra sur ces proximités
et sur cet écart. Nommer
la France, l'Allemagne, etc.
c'est du point de vue des
sciences sociales que nous
voulons rendre de nouveau
interférentes et
complémentaristes, et sous un
seul mot affirmer
trois spécifications. D'abord
celle de la langue commune,
celle la même où nous écrivons,
notre principal vecteur
d'expression et de diffusion et
pour qui ce signifiant relie une
multitude de chaînes dénotatives
et connotatives de sens et
d'émotions également
constitutifs d'une connaissance
sociale qu'il est absurde de
vouloir absolument contre,
et non en interaction
critique mais respectueuse avec,
le (s) sens commun(s). C'est
ensuite une spécification
générique, pour en analyser
les structurations internes et
externes (position dans la
mondialisation et dans les
rapports de civilisations) de
tous faits sociaux quels qu'en
soient les contextes, on doit
les traiter et les situer dans
la formation sociale où,
combinés singulièrement, ils
font société
et cadrent l'espace du
politique, via l'État,
entre représentation plus ou
moins pacifiée de forces
sociales et souveraineté.
Le genre société n'en
déplaise à A Touraine, a
toujours une robuste nécessité
anthropologique, version P.
Legendre), historique,
sociologique même, et plus
encore dans la crise de dé(?)
mondialisation - Juillet 2007-
2---- ?-. Enfin cette
spécification est singulière,
ce qui est un autre horizon
des sciences sociales refoulé
par un sociologisme refusant de
penser la singularité, les
structures de temps long les
mémoires transmises, l'histoire
d'un pays-dans-le-monde. La
prise en compte des totalités
sociales organiques
singularisées, virtuellement
sujets d'histoire,
n'est-elle pas entre l'héritage
anthropologique et le meilleur
du Marx appliqué au concret
réel (celui du 18 Brumaire
par exemple) l'exigence absolue
de tout discours de
science sociale affrontant
l'empirie d'une population
territorialisée. Avec la France
on considère donc une société
nationale au proche bord du
centre de l'économie-monde,
quoique dans une subordination
mouvante, avec les fortes
sédimentations internes et
externes de son ex empire
colonial. Qu'elle soit
principalement structurée, - du
point de vue des forces
sociales (Nikos
Poulantzas) tendant à condenser
toutes les structures dans un
rapport au politique-, en
plus ou moins classes sociales
à la fois organiques et
subjectives, est affaire de
(problématique de) sociologie
contemporaine appliquée aux
moments de cycles mondiaux et à
la conjoncture historique. Cette
structuration et cette
éventuelle action déclarée,
quoique à l'interférence de la
conjonction des modes de
production et d'échange sous
l'hégémonie du capital
financier(rapports sociaux de
production (exploitation ?)
et d'accumulation (prolétarisation)
avec les rapports sociaux de
mondialisation, centre et
périphéries, centrage et
décentrage est
irréductible à la seule économie
même différenciée dans les trois
niveaux braudéliens, vie
matérielle affrontant
l'organicité de la nature,
jeux de l'échange (marchés),
temps du monde du capital
mondialisé. Encore faut-il
considérer aussi en interne, les
centrages et périphérisation
croisant l'antique partition
ville -campagne revue et
complexifiée (le rurbain)
par la mondialisation.
On verra à ce dernier propos
-socio-spatial -, qu'une fois de
plus le sociologisme abstrait ou
même le marxisme recuit et
latent qu'imposait à JPM, sa
commande parisienne ont occulté
la diversité
(Braudel encore) des
sociétalités et aires
civilisationnelles internes à ce
pays, alors qu'il avait exprimé
dans sa vie de chercheurs son
ancrage biographique et
intellectuel au sein de ce que
nous qualifions de sociétés
de l'Ouest français, et
pratiqué, jusque dans sa thèse,
nombre de nos travaux personnels
au sein du Lersco puis du
Lestamp, précisément sur les
décalages historiques de
l'accumulation primitive
continue du capital (Cl.
Meillassoux), imposant de
penser les unités ouvrières
concrètes (ménages familles
lignages), leurs combinaisons en
milieux populaires, et l'usine
dans sa concrétude à l'instar
des Batignolles de J. Deniot.
Sauf dans cette épure des
rapports sociaux d'avant la
grande séparation historique de
1983-4, nos travaux avaient bien
mis en évidence que plus qu’en
"classe" discrétisée et
autonomisable (et en dehors de
moments exceptionnels) c'était
dans les agrégats de degrés
et formes de prolétarisation
et au sein d'écosystèmes
populaires de reproduction, dans
les espaces temps singuliers de
milieux, que les ouvriers
développaient leur vie sociale
privée et même collective. La
recherche d'une
intelligibilité singulière
(anthropo-historique)
d'emboitements d'unités
pertinentes réellement
(spatialement) quoique
relativement, découpées dans le
continuum social voire mondial
et dans le mouvement du temps
du monde, est tout pour le
moins désormais plus requise que
celle de généralités latentes
(sociologiques ?) appliquée à
des structures de
classifications fixes que
requiert seule la paresse
sociologique instituée en
scholastique. C'est en
quelque sorte une science
compréhensive et objective
d'universalité concrète,
toujours subordonnée à l'espace
temps de conjonctures au sein
d'une histoire, que nous
revendiquons dans ce site,
lieu commun des sciences
sociales. Qui a dit que
parmi celles-ci les sociologues
étaient les plus ignorants de
leur propre société ? Et par
définition puisque la
singularité subjectivable est
leur tabou ! Ce n'est pas
irrémédiable à condition qu'ils
sortent de constructions
artificielles abstraites closes
ou pire dans l'homogénéité
mortifère du champ.
Comment donc parler des ouvriers
en France, lieu commun référent
bien vivant de notre échange
intellectuel avec JPM, comme
avec tout lecteur, et non
"objet" constructible de
sociologie disciplinée,
sans profiler par quelques
grands traits de quoi
donc dans quoi, sans
oublier d'où, on parle.
Avec la France il s'agit encore
en effet en juin 2003 comme en
janvier 2009 à l'entrée dans la
crise des crises, de la sixième
ou septième puissance
économique du monde ( La Chine
vient seulement de passer
devant) support de groupes
industriels d'échelle mondiale
qui localisent encore, dans le
territoire français un tiers de
son salariat ; plus surement
encore c'est le seul État
européen et même
européen, où le vouloir vivre
illustré démographiquement
et à forte composante ouvrière-
est porté et exprimé à la fois
par un taux de fécondité viable
. L'histoire de ce pays - pour
faire vite en concrétisant
l'essentiel : Ancien Régime,
Révolution, Mouvement ouvrier,
civilisation républicaine,
revival résistant et gaullien,
soumission euromondialiste des
"partis de gouvernement"-,
que ses élites de scène tendent
à confiner dans l'identité
négative, reste
contradictoirement référentielle
pour l'immense majorité de son
peuple, ouvriers compris et qui
le font savoir politiquement, et
référentiel, pas seulement par
la francophonie, pour des
multitudes parfois antipodiques
entre l'Europe de l'est et
l'Amérique latine. Ce pays et ce
peuple furent considérés comme
le plus politisés (selon
Marx qui conjuguait dans ce
jugement, révolution
(donc souveraineté du peuple)
et mouvement ouvrier),
jusqu'à ce que son
intelligentsia, ex marxiste et
désormais solidaire des media
mondialisés, ridiculise, selon
elle, ce propos. Cela se passait
d'ailleurs, - et ce n'est
certainement pour ce dont il est
question ici, ni un hasard ni un
détail -, dans le temps où elle
inversait (1984, Vive la
crise ) son regard sur les
mondes ouvriers passant pour
elle, du statut sociétalement
unifié de classe mythique
de la révolution
fétichisée, à une inexistence
d'agrégats nostalgiques amers
pensant et votant mal et
trahissant, s'il fallait résumer
leur naïf propos, le primat de
leurs constructions
"objectives" à vrai dire
plus scholastiques que
sociologiques sur leur réalité
historique incarnée de personnes
vivante, de familles bien liées,
de territoires vécus. La
classe ouvrière, cette forme
historique disparue, n'est un
non-être contemporain que pour
les idéologues (souvent des
sociologues), pas pour les
ouvriers contemporains dont
l'être social et les
possibilités de faire force
sociales s'est redistribue
ailleurs dans des les ensembles
populaires d'une société
(singulière) de la
mondialisation.
Bref le fil du propos et
des interactions critiques avec
le texte de JPM, imposa
corollairement de se situer
aussi sur les grands concepts
unifiant dont les ouvriers
avaient été, selon la conception
théorique que l'on se donne, les
auteurs, les supports
ou l'illustration :
classe ouvrière et en deçà,
problématique de classes
sociales et description,
ici et maintenant de classes
supposées existantes. Une
telle réflexion en chaîne se
confrontait nécessairement,
outre au texte si surdéterminé
de JPM, avec qui l'échange est
ici principal, à ses références
bibliographiques devenues dans
leur exposition, œcuméniques et
consensuelles, (signe évident
chez lui de lassitude
biographique et/ou d'impératifs
politiques), à l'égard des
sociologies majoritairement
dépréciatives et ethnocentrées (classes
parlantes grand-urbaines)
qui se sont avancées dans la
discipline, comme
spécialistes contemporaines des
ouvriers, après le tournant
historique de 1983-1984. Ces
sociologies à prétention off,
apparent progrès sur l'illusion
de la co-immanence dans les
sociologies précédentes
"engagées", rompaient en
fait surtout le pacte solidaire
qui liait modalement, du temps
de l'ethnologie même d’avant la
décolonisation, l'intrus
"observateur" et ce qui était
toujours d'une certaine façon
métonymique ou réelle, le
"peuple" observé. Un des
intérêts de l'article de JPM est
de se situer comme dans un lieu
géométrique exposé entre
d’anciens et de nouveaux regards
dans un certain écartèlement
donc, sinon, comme nous l’a
involontairement suggéré un de
ces regards le plus violent,
d'une situation undercontrol.
Si pour aller plus loin on
considère en épistémologue qu'il
existe un référent réel plus ou
moins également inversé et
occulté par l'idéologie de
chacun de ces regards
sociologiques, et pourtant
éventuellement éprouvé dans
l'expérience, notamment dans la
sienne, la position de
l'auteur étudié ressortit,
quant à l'analyse, de la
triangulation douloureuse du
tripalium, cet engin de
torture entre trois pieux à
l'origine du mot travail. On va
donc considérer dans tous les
sens du terme ce travail,
tourment(s), et dépense de force
humaine dans la transformation
productive de conditions
déjà données. En réalité
comme toujours en sociologie, il
s'agit d'un bricolage dans une
certaine langue -plus ou moins
de bois plus ou moins
de vie-, d’un patchwork
cousu main -de "faits" en
l'occurrence la combinaison de
noms (ouvriers PCS,) et de
nombres chiffrés, qui plus est
modalement liés par l'État ou
des appareils politiques, - et
de textes déjà existants eux
mêmes tissus cousus mains etc.
Mais ce propos de rappel à une
modestie relativement
relativiste ne va-t-il être
exécuté par les locuteurs
labellisés de la novlang
disciplinaire, faciles à
confondre parfois avec le
comique troupier, d'écrits
sociologiques d'avant la
professionnalisation ? (J
R janvier 2009)
* L'article de J P Molinari publié sur ce site en juin 2005, a en septembre 2005 été
également intégré à un livre de
Emmanuelle Dutertre,
Jean-Bernard Ouedrago, François-Xavier Trivière, Exercices sociologiques
autour de Roger Cornu.
L'Harmattan septembre 2005.
Roger Cornu fut une dizaine
d'années membre du Lersco. Il
figure dans ce livre sans autre
commentaire. Sous réserve
d'inventaire exhaustif c'est le
même que celui que nous avions
déjà édité
** Ramsès 2008 ifri, Thierry de Montbrial, Philippe Moreau
Defarges.
***Le Lestamp avait en son temps honoré son départ en retraite
par la publication d'un recueil
de mélanges,
Libre prétexte. Nantes
Lestamp décembre 2001,
disponible aux adresses mails de
ce site. 20
De, Que faire de la classe ouvrière du Lersco
? (Liminaire (Mai
2005) à l’édition posthume
de J P Molinari,
Où en est la
classe ouvrière. Nantes
Lestamp Juin 2003…) à, Les ouvriers de la classe au
peuple, l’après de
l'émancipation, par Jacky Réault -
Octobre 2008 Mars 2009
Les mots pour le dire
De la classe ouvrière aux ouvriers en milieux populaires
:
genèses des idées, histoires de
chercheurs et de laboratoires
dans histoire de la France et du
monde.
Où en est la
classe ouvrière ? Ce
fort texte, livré ci-dessous,
in extenso, après cet essai,
fut donné par Jean-Paul
Molinari, en deux moments, au
Lestamp par la dédicace nominale
de tapuscrits à plusieurs de ses
membres. C'est sa dernière
version qui est ici présentée et
qu'il avait remise
personnellement aux participants
du dernier séminaire du Lestamp
auquel il participa le 28 juin
2003, trois mois avant sa
disparition. Ultime œuvre
majeure
ce copieux article ou plutôt ce
véritable essai, s’inscrit
radicalement dans une filiation
manifeste et remarquablement
insistante de la part d'un
universitaire plus que
chevronné, à l'égard de Michel
Verret qui fut l'inventeur et
longtemps le propagandiste,
d'une Sociologie de la Classe
Ouvrière dont le Lersco
(1971-1994), son Laboratoire
d'Etudes et de Recherches
Sociologiques, aurait dû à
ses yeux être d'une certaine
façon pendant plus de vingt ans
comme la grande fabrique. Il le
fut largement, mais son
développement effectif s'avéra cependant plus
sectorisée et l'axe ouvrier
lui même dut lui-même
s''intégrer dès les
années 80, et à notre
initiative, dans un sous-ensemble
intitulé milieux populaires
localisés, où l'histoire, la
géographie, l'ethnologie
côtoyaient les approches
sociologiques, selon une charte
qui mettait déjà en œuvre sans
l'exprimer explicitement, la
pensée manifeste que le nouveau
Lestamp alternatif diffusa dès
notre introduction-manifeste
lors du Colloque
Les sociétés de la
mondialisation :." Pour un lieu
commun des sciences sociales"(3
décembre 2004 Nantes).
C'est du Lersco en mutation
accompagnant la (relative)
mondialisation du monde, que
procéda d'abord le
premier Lestamp en 1995
intégrant le mot commun et
scientifiquement transversal de milieu(x) déjà avancé par
nous au sein du Lersco, et précisément dans
le fil d'une certaine usure
théorique et de la scission
intellectuelle relative déjà
pré dessinée donc, de son axe
principal - entre
post-classe-ouvriéristes et tenants
d'un élargissement aux
milieux populaires concrets
dans leur hétérogénéité sociale,
leurs cultures territorialisées
en écosystèmes de
reproduction populaire (JR 1989)
et donc leurs
espaces-temps. Dire
d'entrée ici pour la clarté des
choses que JP Molinari, quoique
ayant intégré dans sa thèse
L'adhésion ouvrière au
communisme, des
spatialisations régionales
partiellement traitées dans
l'esprit de ces milieux historiques
que nous avions introduit dès
1977 (La prolétarisation
inachevée, les salariés de
l'aire d'emploi de
Saint-Nazaire, Lersco-CNRS), était le
défenseur verbalement radical du
primat théorique d'un concept et
d'un existant "classe ouvrière" et que
nous (jr) étions porteurs, par
formation, historien et
géographe, et par réflexion de
temps long, de cette
science sociale
transdisciplinaire dont les
totalités concrètes
expérimentées dans des espaces
réels résistants, modéraient
l'idéologisation possible
puisque qu'irréductibles à tout
sens de l'histoire,
nouveau fatum d'une
oligarchie d'intellectuels
adossée à des partis et des
Etats.
Cela ne signifie pas pour cela,
entériner si radicalement « la
péremption du concept de classe
ouvrière » (selon l'expression
d'Alain Bertho appliquée à la
transformation de la banlieue
rouge en banlieue),
avant au moins l'effondrement
moral de la Gauche qui submerge
tout en 1993, et le
mouvement social d'un type
nouveau, à la fois populaire et
national selon l'analyse devenue
classique d'Emmanuel Todd, de
l'automne 1995 ; c’est dans
cette période qu’en un concert
pluriel d’ajustement
problématiques très libres
auxquels participèrent
activement, en dehors de J
Réault, Claude Leneveu et Joëlle
Deniot eut lieu la gestation
théorique du Lestamp d’abord EA
de l’Université de Nantes, puis
du Lestamp-Association, société
savante alternative, notamment
éditrice du site Pour un Lieu
commun des sciences sociales.
·
1992, la scansion
politique et intellectuelle,
1993, la scansion globale :
l’autre année terrible
La scansion
intermédiaire la plus
spectaculaire de cette mutation,
dans la réalité sociétale et
politique avant de l'être dans
note conscience sociologique
exprimant dans l'immédiateté
contemporaine l'obsolescence
morale achevée de la classe
ouvrière avait été
l'année terrible de 1993,
économiquement la
pire du 20° siècle, la
manifestation la plus radicale
du style social de la
mondialisation dans les sociétés
centrales au moins jusqu'en
2009 où tous les records de
l'histoire universelle seront
d'évidence battus. Profitant de la dépression
consécutive à la première Guerre
du golfe, hystérisée en
Europe par le déflationisme
vieux rentier d'une Allemagne
oliganthropique,
scellé dans le Traité de
Maastricht, les dirigeants des
groupes financiers mondialisés
demandent à leurs cadres encore
nationaux de s'éprouver dans -
en globish dans le texte
comme il faut désormais dire,
'- le downsizing (exercice
de réduction drastique des
effectifs, droit d'entrée des
cadres dirigeants dans
l'oligarchie des managers
d'échelle mondialisée selon Denis
Duclos) et -le
reengeenering (exercice de
dislocation de la division du
travail devenant "organisation",
pour briser les coopérations
(Joëlle Deniot 1983, Anthropos) et
groupements traditionnels des
travailleurs). Les collectifs
usiniers réduits et démoralisés
par dix ans de fermetures
d'usines et d'écrémage par les
préretraites socialistes de
leurs militants chevronnés,
désormais sans représentation
politique fiable (le PCF ne
s'adresse plus à la classe
ouvrière, ni même aux ouvriers
mais "aux gens", le PS a tout
livré à l'Europe
multiplicatrice de
mondialisation), furent
traités souvent sauvagement par
des licenciements aussi massifs
que cyniquement ignorés par un
pouvoir socialiste partagé entre
un irréversible effondrement
intellectuel et moral de
parti de gouvernement euromondialisé
et l'abandon de la souveraineté
monétaire et économique par
l'intégration européenne du mark
déflationniste et de la
croissance interdite,
principales clauses du Traité de
Maastricht. Cette fois
ci la crise se résolut par
l'innovation historique
radicale (à ce degré là) d'une
révolte politique exprimée dans
de massifs votes à droite et à
l'extrême droite, suivi du
symbolique suicide le 1° mai de
Pierre Bérégovoy, et non dans
une ultime flambée de
définitivement feus les partis
ouvriers. Dès 1992,
le vote Non au referendum
de Maastricht, essentiellement
ouvrier paysan et sudiste (sur
l'aire électorale séculaire,
désormais partagée avec le Front
National le CPNT, de la gauche
historique abolie, sur la petite
propriété paysanne libre et liée
à la dynamique des villes
depuis l'empire romain), qui avait
failli l'emporte à quelques
milliers de voix près, avait
marqué les nouvelles frontières
de la résistance à la
contradiction principale des
nouveaux rapports sociaux
mondialisés.
1992, du point de
vue de l'histoire des collectifs
de chercheurs engagés sur les
grandes mutations des mondes
ouvriers et populaires, c 'est
l'année même du dernier
grand colloque international du
Lersco que nous avions conçu et
co-organisé J Réault, JP
Molinari Joëlle Deniot, Roger
Cornu.
L'intitulé, Crises et
métamorphoses ouvrières
(Université de Nantes-Lersco,
édité à l'Harmattan à
l'initiative de J Deniot
assistée par C Dutheil). en
avait été plutôt lucide quoique
ayant reculé devant le constat
plus radicalisé de la fin d'une
identité collective et d'un mythe,
les deux faces de
tout grand sujet de
l'histoire, un concept
historiciste peut-être, aux
yeux d'une critique marxiste
mais devenu dans la
chosification générale du monde
par la mondialisation, la
mercantilisation et... le
sociologisme, un concept réactif
d'une grande urgence
anthropologique autant
qu'intellectuelle. Une autre fin
suivit de peu, celle du Lersco
lui-même. Certes son concept
était mort, et probablement
mort-né mais ses dizaines de
membres constituaient encore une
force inventive vigoureuse. Ce
ne fut pas mort
naturelle mais mobilisation
active ou passive de ses anciens
directeurs désormais alliés
entre eux et avec ce qui se
manifestait désormais, à
l'Université et au CNRS dans
tous les domaines (pouvoir
argent postes, recherchés
exclusivement) comme le clan
bourdivin. Cette alliance se
manifesta à Nantes à l'égard du
Lersco et s'obstina contre ses
héritiers fondant le Lestamp EA
de l'Université de Nantes
jusqu'en 2004, comme un vulgaire
et brutal dépeçage accompagné de
multiples spoliations et se
couronna dans le bouquet final
d'un blâme universitaire
à sa directrice qui avait osé
rompre la loi du silence
habituelle sur ce genre d'agissements.
Michel Verret voulait garder un
monopole personnel du propos sur
les ouvriers dans les sciences
sociales et lui qui n'avait de
sa vie mené la moindre enquête
personnellement fit tout pour
que la nouvelle directrice
auteur de la seule grande
enquête usinière devenue thèse,
et d'une thèse d'Etat également
ouvrière, perde tout
pouvoir et moyens sur l'héritage
sociologique nantais qui amorça
une longe décadence et une
inextinguible guerre civile.
Exit le Laboratoire d'Etudes et
de Recherches Sociologiques sur
la Classe Ouvrière.
De la fin du
Lersco était malgré tout surgi
ce Lestamp (1995-2004)
autour de cette nouvelle
directrice, Joëlle Deniot, dont l'œuvre fournissait le
lien manifeste entre les
cultures de recherche qui
s'étaient succédées sans
d'ailleurs s'abolir, de l'usine
à la chanson française en
passant par le décor ouvrier,
Joëlle Deniot ; sa modalité
propre de lieu commun des
sciences sociales
agrégeait à la sociologie,
l'anthropologie, la philosophie,
l'histoire et l'expérience de
l'art. Sans expliciter d'entrée
quelque rupture radicale
(d'ailleurs contradictoire avec
la complexité historique et
inégale des métamorphoses
sociales et notamment
ouvrières), cette fondation
intégrait, sur fond désormais
explicitement perçu de
mondialisation, le programme
d'une ré interrogation
historique et anthropologique du
concept de classe et d'abord de
ce collectif sociétal et
politique inséparablement réel
et mythique, indigène et
accaparé par des appareils de
pouvoir et/ou de savoir, dit
classe ouvrière. Sa
centralité très obsessionnelle
chez le fondateur du Lersco,
était certes définitivement
abolie pour la majorité des
membres du nouveau laboratoire
(mais certes non pour JP
Molinari), comme pour la
majorité des observateurs
mais elle continua
de se reproduire dans la société par le simple
effet de volant de la répétition
scolaire figé en scholastique
par l'institutionnalisation d'un
agrégat de commodité dit
Sciences Economiques et
Sociales, originairement confiné
dans l'enseignement secondaire
mais qui par une de ces
inversions historiques dont la
période est féconde en vint
à devenir une force sociale pesant
sur la recherche universitaire
elle-même. Pour le Lestamp, il
s'agissait désormais d'explorer
dans un cadre théorique ouvert
d'une sociologie pensée comme
ensemble des connaissances que
l'on puisse complémentairement
collecter sur les sociétés dans
leurs espace-temps (et non comme
la discipline homogène avide de
systèmes théoriques achevés et
se réfugiant dans le vide méthodologiste radicalisant sa
clôture exclusive), des univers
redéfinis en concepts plus
souples et plus pérennes à la
fois, fortement dénotés en
extension comme en compréhension
dans le sigle identifiant des Transformations et
Acculturations des Milieux
Populaires, même si
l'institutionnalisation
autoritaire des carrières
obligeant, le nouveau
laboratoire était toujours
affiché Sociologique.
L'éternisation de formes telle
qu'une classe ouvrière, sous
prétexte de maintien de
rapports de production
capitalistes, laissait la place
à une dynamique des
métamorphoses centrée sur les
acculturations tandis que le concept de milieu,
marginal dans le Lersco devenait
le marqueur d'une ambition à
moyenne portée, - quoique
essentiel garde-fou contre une
nouvelle idéologisation, sans
qu'ait pu être réglée
radicalement ni la question de
la perdurance de classes, ni
l'explicitation et donc la
réélaboration théorique si
nécessaire du populaire
dont la polysémie, prétexte à
son abolition, impliquait un
travail théorique neuf adapté à
ce moment de radicalisation du
rapport de la mondialisation
avec les sociétés, les peuples,
les cultures, et jusqu'à la
conception de la personne.
Malgré la pertinence de son
travail de re problématisation,
la valeur et l'expérience d'un
noyau de chercheurs de maturité
autour de J Deniot, le
Lestamp resta un agrégat
relativement indéfini, tiraillé
entre les ambitions parisiennes
d'un normalien qui s'empressa de
déserter et resta l'homme d'une
seule œuvre (Le monde privé
des ouvriers), entre
ethnographie indirecte et
condescendance directe, la clôture
problématique d'un groupe
féministe, et le double jeu du
relai de l'ancien directeur du
LERSCO qui avait dès 1999 décidé
sa disparition et qui en 2003
frappa le grand coup de la mise
au mur de la directrice du
Lestamp, puisque la
qualité du travail fait dans le
premier quadriennat avait induit
une évaluation favorable au
renouvellement.
La conscience de
cette ligne claire et de ce
programme ne put vraiment
s'exprimer que huit ans plus
tard dans la fondation dès
juillet 2004, d'un laboratoire
alternatif, le Lestamp
association, après la
liquidation plus violente encore
de l'EA Université de Nantes et
la fuite éperdue et bienvenue de
qui n'imaginait pas de penser
exister agir sans tutelle
institutionnelle, politique ou
sectaire. Sans argent sans
pouvoir institutionnel, dans des
situations d'interdit
professionnel à diriger des
thèses dans le fil de l'ultime
décret Lang sur les Masters
radicalisé par un usage très
Ouest profond de la
décentralisation, le Lestamp
association épuré de ses poids
morts et libéré de toute
dépendance devint le champ libre
et fécond d'une nouvelle donne
théorique (et le support de deux
mastères quoique
institutionnellement et par
complot tout fut fait pour
saboter). Cette culture de
laboratoire était à fois
héritière de la partie restée
vive de l'histoire antérieure
depuis l'origine (les totalités
concrètes replacées dans
l'emboitement mondial des
contextes, et le refus
corollaire des découpages
spécialisés de la sociologie
disciplinaire), et depuis les années 1980
(les milieux populaires) et
totalement ré élaborée à
l'expérience de la Nouvelle
époque. La mondialisation
envisagée comme broyeuse de
sociétés et de classes et comme
machine folle dé
dédifférenciation des cultures
nations et civilisations voire
des sexes et des âges et
qu'il faut bien enfin nommer
désormais (nous l'avions déjà
mise avec la conclusion d'Ouvriers de l'Ouest, au
centre de nos analyses des
transformations ouvrières dès
1983) ne se trouve jusqu'à
l'acmé épouvantable du 11
septembre 2001 que des
adversaire radicalement inaptes
à devenir une force
antisystémique alternative
malgré la base populaire dans
la première périphérie de
l'islamisme radical
(Burgat). Certes,
des composantes possibles d'un nouveau mouvement social et
politique assez consciemment
orienté autour de cette
contradiction principale (la
mondialisation et non le seul
rapport salarial), avait surgi,
en France même, mais en ordre dispersé et
sans convergence possible, de la
révolte rurale emblématisée dès
1984 par le mouvement chasseur,
de la quasi victoire, en France
dès 1992, du Non à l'Europe
passeur de la mondialisation, de
la révolte du peuple encore
stabilisé de l'automne 1995,
mais il fallut attendre les
années 2000 pour qu'un lien
entre des expressions
politiques pertinentes (2002,
2005) et différentes modalités
d'expression du populaire et
d'un peuple, devint manifeste
sans cependant pouvoir
stabiliser politiquement des
victoires telles le Non au
dépeçage des nations européennes
en avril 2005. C'est dans ce
contexte, ainsi rapidement
brossé, que les travaux des
chercheurs du Lestamp-Association durent
situer leurs travaux en
investissant leur expérience des
mobilisations populaires plus
sur la culture les formes de vie
et les défensives de l'emploi
salarié, que sur un sujet
collectif éclaté après
l'évanouissement historique de
la classe ouvrière.
Ces forces
antisystémiques semblent au
niveau mondial surgir
aujourd'hui avec les grandes
nations-quasi-civilisations dans
la crise systémique mondiale
manifeste dès l'été 2008. Mais,
contrairement à la situation
issue des grandes révolutions du
18° au 20° siècle, aucune des
puissances qui ainsi surgissent
ne peut se présenter avec un
discours universalisable apte à
fédérer les multitudes de
dépossédés qui vont surgir dans
les différentes sociétés, de la crise qui court avec une
sidérante rapidité, quelle que
soit l'importance historique,
toujours sans relai stabilisé
des révoltes populaires,
électorales et pacifiques, des
Présidentielles françaises
d'avril 2002 et surtout des
non à l'Europe mondialisée
de 2005 en Hollande et en
France. Les observateurs les
plus compromis dans la pensée
unique
inaugurée vers 1984, verrouillée
apparemment en 1992 (Traité de
Maastricht) mais déjà bousculée
en France à l'automne 1995, ne
peuvent cependant plus échapper
au questionnement
problématique d'un retour des
peuples, déjà théorisée
aussi avec une brillante
anticipation par Emmanuel Todd
dès l'automne 1994, mais qui en reste à
exprimer des modes de révolte
voire de résistance plutôt qu'un
mode de résolution de la crise
engagée, crise de la
mondialisation, crise du carcan
bureaucratique et
financier qu'est l'Europe, mais
crise plus générale aussi des
horizons civilisationnels et
politiques d'un dépassement par
le haut.
Nouvelle époque, nouveaux
concepts nécessaires, mais pour
le Lestamp continué, ils
s'intègrent dans le fil de ses
propres et anciennes
élaborations que certaines
autorités institutionnelles lui
renvoyaient comme "passéistes"
et qui pourraient s'avérer comme
les plus radicalement
éclairantes des mobilisations
réactives au processus
contemporain. Le Lestamp n'a
t-il pas réintégré autour des
peuples et du populaire
considérés comme des objets
théorico-historiques à jamais
problématiques, hors de toute
dogmatisation, à la fois le
mouvement (processus et surtout
histoire vivante continuée
notamment des salariats, des
paysanneries et peuples ruraux,
des nations et des langues
nationales au sein de la
mondialisation) et les socles
anthropologiques fondamentaux de
la raison humaine et d'une
humanisation différenciée,
pensée comme système de défense
face à la crise violente toujours
latente, immanents aux
formes de vie populaires,
considérées comme mobilisations
viables et cultures activement
performatives. Mais ce
populaire du Lestamp, ne
se réduit pas au
fractionnement d'ainsi nommées
classes populaires
(unifiés par le rapport au
travail et à la famille ?), en
un mot au peuple social,
au sein duquel se sont fondus
les ouvriers, et irréductible à
l'anachronisme méprisant d'une
plèbe. Ce peuple
social est approché en
sociologie trop classiquement
comme l'agrégation supposée
simple des catégories modales de
travailleurs actifs ou
retraités, du salariat (ouvriers
employés), de la petite
production (paysans, artisans),
encore y faut-il ajouter les
dénotations situées soit d'une
pensée stratifiante de
hiérarchisation soit d'une
simple topique héritière du
mouvement révolutionnaire
français où le Tiers-état était
le socle nourricier, - le
mouvement ouvrier se dira dans
ce fil expression des
"producteurs", non le bas.
Dans la sociologie de la culture
émanant de Bourdieu et Passeron,
le mot fut une commodité
pour masquer à l'origine
la pensée violemment
stratifiante qui se
problématisait dans la trilogie
si réductrice, du supérieur du
moyen et du populaire... Ouf on
a évité la crudité anglaise du
lower. Lorsque les intellectuels
se séparèrent du peuple, dans
les années 80 tout se radicalisa
de nouveau dans une sociologie
se prétendant encore "de
gauche", avec le bas
de Verret et les dominés de
Bourdieu. Il reste que ce
populaire du mode majoritaire de
la société se définit à
l'interférence de l'empaysement
la territorialisation est
première), du travail (les
travailleurs) et de la culture.
L'apport
propre du Lestamp, par
élaboration sur ce point
dès les années 90 (par
convergence des réflexions
ou des travaux explicites de
Joëlle Deniot, Jacky Réault
voire Pierre Cam, se définit sur
la nécessité de ne jamais
quitter l'interférence
toujours problématique et
pourtant essentielle du
peuple social et du
peuple politique
(populus),
dit la tradition juridique)
au lieu de les opposer
scolastiquement pour mieux les
déconsidérer comme "populistes",
ou les reléguer par un véritable
racisme de classe doublé d'une
disqualification de la
démocratie même, comme un
bas, d'inculture scolaire,
de mauvaises conceptions de la
vie, et de mauvais votes. Le
peuple nation et le peuple
social ont également été l'objet
de l'antipeuplisme des années
80-90, qui accompagne tant la
mondialisation que la
"construction" oligarchique de
l'Europe. Dans les années 2000,
Le Lestamp développe un
troisième terme qui s'est
élaboré autour d'une conception
autant épistémologique que
sociétale du
commun,
ce
concept dénotant aussi bien un
mode d'existence beaucoup plus
large du peuple et du populaire
(le peuple sociétal,
toute la société en tant que
culture congruente et
identifiante, à l'exception donc
des oligarchies et appareils
séparées solidaires de la
mondialisation appréhendée comme
processus et stratégie centrale
(Guy Bois), qu'une exigence
spécifique de recherche et de
pensée. Le travail
réflexif se fit et se fait, -
peut-on dire ? - sur les mots
de la tribu (Mallarmé). Lieux communs des sciences
sociales, avions nous
programmé dans l'introduction au
Colloque Les sociétés de la
mondialisation de décembre
2004 à Nantes) sans
"rupture" avec la
connaissance ordinaire,
-interférence assumée avec un
autre résistant qu'importe qu'il
soit d'une autre rive, M
Maffesoli- dans le refus des
machineries logomachiques de
terreurs théoriques dont la
reproduction mimétique et
catéchistique de l'héritage
bourdivin manifeste aux dépens
des étudiants mais aussi de la
validité de la sociologie dans
son ensemble, les plus
affligeants effets. Le besoin le
plus crucial dans cette
concomitance de l'accélération
de l'histoire et des mutations
sociétales, et de la crise
théorique et gnoséologiques des
sciences sociales était
organiquement, d'abord de
redéfinir l'ensemble des
rapports sociaux, ce concept
à sauver de Marx, à l'exclusion
de tout retour à la théorie
générale connaissable d'un
nouveau matérialisme
historique ensuite de
profiler d'éventuels nouveaux
collectifs pertinents, classes
ou non classes ou simples forces
sociales à géométrie variable au
regard d'un État délabré et
d'une politique molle, entre
nébuleuses plus ou moins
agrégées, groupes et réseaux et
dans leurs contextes nationaux,
régionaux (européen) et mondial.
Le besoin théorique de
reconstruire sur l'obsolescente
intellectuelle lente mais
continue de la sociologie
universitaire s'imposait
d'autant plus que la scission
revendiquée par les dites
nouvelles élites
(Christopher Lasch, Emmanuel
Todd) - à vrai dire nous
préférons restituer l'opposition
fondatrice du grec ancien qui
dit oligarchie- , à l'égard
du
populaire dans tous ses
états, dessinait comme on l'a
déjà évoqué plus haut, entre
société et politique, et jusque
dans l'expérience commune des
referendums de 1992 et de 2005
et du mouvement social de 1995,
de nouveaux clivages pertinents
à éprouver sans fin sur la seule
aune scientifique qui vaille sur
la longue durée, la
réfutabilité.
Ces rappels
minimaux de l'histoire de
plusieurs unités de recherche au
sein de l'histoire générale du
monde (Braudel), que nous
pourrons ré évoquer plus
succinctement dans la suite de
ce propos, aideront à formuler
ce qui constitue pour nous le
principal faisceau d'
interrogations que nous suggère
le texte de Jean-Paul
Molinari - indépendamment de
ses contenus manifestes qu'il
n'est pas besoin d'introduire
ici exhaustivement pour qu'ils
se défendent d'eux-mêmes. Le
lecteur à ce point de l'exposé
peut selon son intérêt se
brancher sur "Où en est
la classe ouvrière", pour y
collecter un riche corpus
empirique à désintriquer de la
cuirasse anachronique de la
classe, où continuer ce
texte dont le propos plus
abstrait, quoique largement
indexé à celui de JPM, présente
la cohérence propre de sa
critique historique et théorique
autour des concepts qui en
condensent les enjeux mais
toujours dans la référence à la
France réelle, société (plus ou
moins) de, mai |