Ouvriers de Saint-Nazaire
 La Star Ac 2005
 
L'envers du décor
 
De la bricole à l'œuvre
 La passion de l'automobile
 Militer pour exister
 Parlers ouvriers
 Le marché des services
 Militer au féminin
 Europe et main d'
œuvre 
 Le parcours des étudiants
 

 Inter-dit sociologique
 Enjeu d'un dépassement
 Rapport à l'écriture
 Apocalypse à Manhattan
 

 
Les peuples de l'Art
 Libre prétexte
 De Bretagne et d'ailleurs
 D'encre et de lumière
 En bordure de voix
 Compétences relationnelles
 French popular music
 Territoire et profession
 

Retour des peuples: Ré- flexion de premier moment sur le NON à l'Europe oligar- chiste, de la Hollande, de la France jusqu'à l'Ouest euro-catholique reféodalisé ?
 


 Tél :   06 88 54 77 34
 eMail: jacky.reault@wanadoo.fr
T. 08 77 09 37 13



 


 


 
 

1-Où en-est la classe ouvrière ? Jean-Paul Molinari Juin 2003 Edit. juin 2004 in fine      

 

 
 

2 -Jacky REAULT Les ouvriers de la classe au peuple Après l'émancipation  juin 2009                   

Suite  à                       Que faire de la classe du Lersco ? Juin 2005

 Les ouvriers de la classe au peuple. Que faire de la classe du  LERSCO ?Jacky Réaultl 2009 cofondateur du Lersco, ancien directeur du GIRI CNRS, Habiter-PIPS UPJV Amiens

 
 

Que faire de "la classe" du Lersco (JR 2005) refoulée de la ville (Nantes) par la bourgeoisie "culturelle",  périphérisée  donc empaysée et auto-émancipée comme peuple par de nouvelles mobilisations privatives et collectives de milieux populaires hétérogènes localisés et de nation.                                                                          Photo Jacky Réault  Juillet 2003

Résumé des thèses avancées Jacky REAULT mai 2009   

.Pour un travail d'enquête de long cours ou s'ancrent cette réflexion voir J Réault, Ouvriers de l'ouest, in ATP CNRS L'Ouest bouge-t-il Ouvriers de l'Ouest -II- Ouvriers de Saint-Nazaire ou la double vie. www.sociologie-cultures.com. et  sur l'ensemble de la société françaises Formes de vie ouvrière et écosystèmes sociaux de reproduction. Nantes Lersco 1989. (en réédition)

 

Les ouvriers de la classe au peuple, Après  l'émancipation

 Dernière intervention 11 juin 2009 

Après la classe ouvrière historique, dont, dans un ultime texte énigmatique que nous avons édité pour débattre, (www.sociologie-cultures.com juin 2005)Jean-Paul Molinari s'était évertué, sur l'étrange commande de Michel Verret, à pérenniser l'appellation devenue anachronique, les ouvriers réels affranchis d’une séculaire et discriminatoire condition, vivant  au sein de formes de vie socialement variées, participent des cultures et des mobilisations privatives plus que collective, des milieux populaires territorialisés de la France une et diversité (Braudel).

 - Pour d'abord leurs formes de vie, le chez soi (Bachelard et J Réault Amiens H-P, 5 décembre 2008) de leurs emboitements de territoire inégalement appropriables valant  mieux que l'en soi d'une réduction économiste de leur identité ;  le pour soi de leur conscience s'étant  libéré et de l'indexation à un parti politique les liant aux murs d'une usine de surcroît devenue aussi  milieu populaire  de facto différencié. ( J R 1989)

 - Pour et dans la société salariale (M Aglietta, A. Brender) française délaissée par leurs ex-représentants prétendant depuis 1983 (le tournant mitterrandien de l’indexation du franc au mark donc à échéance de l'asservissement de la France à l’appareil européen de la mondialisation) priver ce peuple ré advenu de sa souveraineté politique donc de la garantie d'Etat de l'indexation de la croissance au progrès social, de la normalisation du rapport salarial par la Loi et le contrat, tout cela dénoncé comme défense corporative d'avantages acquis, puis comme égoïsme nationaliste voire pire... (1).

Au sein d'un peuple social trop abandonné au localisme par l'obsolescence des confédérations  syndicales, - sauf lors de ses cycliques mobilisations sauvages (?) inscrites dans le temps long de l'histoire nationale-, périphérisé occultés politiquement disqualifiés dans l'identité négative à  l'instar des rurbains, des ruraux, du mouvement chasseur des grèves perdues de délocalisation, ils sont toujours là, personnes, familles, lignages, voisinages, grand et petits pays. Ils sont virtuellement plus forts d'être (re ?) devenus et plus radicalement travailleurs libres (JR 2003), et normalement peuple dans toutes ses harmoniques, et relativement stabilisés quoique subissant, depuis 1983-1984, comme tout le salariat et la société même, pour autant qu'elle est abandonnée à la mondialisation, de nouvelles formes de prolétarisation, un peu plus cependant quand vient la grande crise. (2009).

Quand elle n'est pas portée par de vivants sujets de l'histoire supports d'un mythe fort, la classe n'est qu'un fétiche de l'intellectualisme scholastique ou de la nostalgie du marxisme stalinien ou trotskiste.  Si l'on peut penser sans doute heuristiquement  comme classes, l'hyperbourgeoisie (D. Duclos) mondiale, ainsi que les classes parlantes et ou culturelles qui la relaient contre leurs peuples dans les grandes villes de l'archipel de la mondialisation, les sujets historiques de la résistance du temps de la mondialisation ( JR, 2004), sont des peuples, non des classes : peuple politique (nation) (Ramsès Janvier 2008), peuples (tissus populaires) immédiats des milieux historiques d'habiter, de travail, d'aires d'emploi, de mémoires (modalités du peuple social), vaste peuple sociétal du socle culturel commun, menacé par l'acculturation centrale programmée (Bastide), et l'injonction d'identité négative (E. Todd) ensembles de peuples au sein d'aires historiques de civilisations (F. Braudel), (exemple, les latino-américains). Tous sont à inscrire dans les rapports sociaux de l'accumulation du capital pour la valorisation de l'inégalité du monde - de l'accumulation primitive continue ( Meillassoux)- à partir d'un centre (Braudel), là où git la contradiction principale donc la première clé d'intelligibilité.

L'ancienne dynamique de classe ouvrière (sans doute plus dissoute par la libre ré identification ouvrière et la conquête, d'ampleur civilisationnelle de la vie privée, que broyée par la mondialisation) peut-elle  cependant rejouer, plus ou moins sur-jouée, autour de mémoires localisées encore vives mais surtout quand la mémoire de l'efficacité nationale pratique revient amorcée par un évènement ou un moment de cycle ? Qu'en est-il par exemple en mars 2009 de la révolte des licenciés de l'usine Continental, comme en février 2009, dans l'aire d'emploi de Saint-Nazaire (cf. Les ouvriers de Saint-Nazaire ou la double vie), et chose étrange avec une majorité de jeunes gens ? Certes c'est le contexte de résurgence d'un vaste peuple social, sociétal mais surtout d'extension nationale dans les manifestations de fin janvier et du 19 mars, que peuvent exister ces résurgences plus ou moins "ouvrières", voire "prolétariennes" (jeunes chômeurs) voire dans des réminiscences d'une culture de  luttes de classes,  La crise générale du monde risque de multiplier ce genre de rejeu et d'interférences aussi bien qu'induire des formes totalement inédites. L'histoire bouscule à jamais les sinistres fata de l'évolution, ce vieux machin du 19° récupéré comme idéologie de la mondialisation comme de la vacuité sociologiste. Si les rapports sociaux de la mondialisation imposent tendanciellement  l'hégémonie du peuple national, c'est à dire politique, dans  toute mobilisation pertinente, il faut se garder de toute prophétie ;  l'histoire, à l'inverse de la zoologique évolution asile de l'ignorance sociologique comme du libéralisme ou de l'ex progressisme sur ce point convergents (Claude Michéa, Impasse Adam Smith, Climats 2002), exclut tout destin adjugé.

L'action directe qui resurgit en cette année 2009 sous forme en juin 2009  d'abstention massive activement politique (après le déni du Non à la constitutionnalisation européenne du libéralisme), de blocages d'usine voire de menaces de sabotages, et surtout de séquestration de cadres à qui l'on impute les licenciements multiples qu'engendrent la cynique gestion financière de la crise, ou plus modestement (donc structurellement)  pour augmenter le pouvoir de marché des salariés dans une négociation réaliste, nous ramène à la grammaire historique de temps long d'une politique du peuple (Roger Dupuy), voire aux jacqueries tout autant et plus qu'à la coutume ouvrière du 20° siècle dominante au niveau national dans les confédérations de syndicats salariés ; il n'en reste pas moins que ce sont des ouvriers bien vivants singularisés dans des milieux et des mémoires spatialisées au sein d'écosystèmes sociaux populaires de reproduction ( J R 1989), qui resurgissent ainsi devant ces écrans d'infamie qui les ont refoulés depuis un quart de siècle. C'est de nouveau l'usine (désormais branchée sur la mondialisation et donc radicalement précarisée) qui engendre de fragiles mais robustes sujets-forces sociales, et qu'ils semblent susciter dans une vaste opinion populaire commune et majoritaire du peuple sociétal plus de sympathique approbation que de rejet. Ne font-ils pas rejouer ce millénaire de révoltes cycliques qui constituent un des axes identitaires de ce que les partis de gouvernement et les classes parlantes se sont tant ingénié à vouloir désymboliser depuis 1984, La France.

                                                                                                    Jacky Réault Lestamp-Association Habiter-PIPS EA 4028 UPJV, (5 décembre 2008 Amiens, extrait de Retour réflexif sur les itinéraires de recherche) revu 13 mars 2009

(1)y compris très précocement par M Verret ( Où va la culture ouvrière Sociologie du travail 1989 -I- et notamment l'étonnante préface, véritable symptôme d'anthropologie régressive, au si Bel ordinaire de Joëlle Deniot),  à qui nous devons pourtant de multiples concepts analytiques avancés du temps des fondations de sa période nantaise au Lersco. Dans son passage des périphéries de la "Basse Louise", (comme il fantasme, par un prodigieux lapsus, la Basse Loire dans son oraison funèbre à J. P. Molinari dans l'Humanité d'octobre 2004), au centre parisien, id est le "haut du haut," ne devint tout à la foi, hiérarchiste radical hanté par la seule verticalité imaginaire des "stratifications" sociales absolutisées , mondialiste, européiste, euthanasiste.

Faute de "classe ouvrière" à diriger "de haut" vers une Union soviétique, (sa grande fascination biographique à ses propres dires à A Madec 2005), il inscrit ses actions et ses œuvres dans une triple défection : - à l'égard du premier Lersco et de ses travailleurs intellectuels associés dont nous fumes, - à l'égard de son primat philosophique matérialiste verbalement revendiqué du réel sur sa connaissance et désormais inversé, - à l'égard surtout des devenus les derniers de la classe, les ouvrier réellement vivant, qui par leurs enfants reproduisent encore un tiers de la nation et face à la trahison de leurs anciens représentants, continuent de fortement peser sur une vie politique dont le spectacle est inversé par les tenants des scènes, en prenant le parti du retrait furieux (abstention, vote Front national cote CPNT, vote extrême gauche, vote non à l'Europe des oligarchies, d'où leur ancien sociologue biographique les disqualifie ou les relègue dans une imaginaire "condition", ou dans l'insulte suprême de la bien-pensance  bobo cuisinée en l'occurrence par Nicole Notat, "la classe raciste".

 Références utilisées de Jacky Réault

- Prolétarisation , Prolétarisation inachevée Prolétarisation achevée dans les mondes ouvriers, la première de nos deux communications au Colloque du LERSCO-CNRS Crises et métamorphoses ouvrières- Université de Nantes LERSCO-CNRS  dans l' Axe  6,  8-10 Octobre 1992. Non publiée faute de place, elle sera disponible sur le site  www. sociologies lors de son ouverture prévue en juillet  2009, sous son  titre de 1992

- Ouvriers de l'Ouest -II-, Les ouvriers de Saint-Nazaire ou la double vie, in - www.sociologie-cultures.com., un texte quasi doublé et actualisé en 2006 et 2009 de Les ouvriers nazairiens ou la double vie ; cette  édition originale plus restreinte in Ecomusée de Saint-Nazaire, Saint-Nazaire et la construction navale. 1993 était depuis longtemps  épuisée. Elle persiste intégrale dans la version développée;

-Les Trente glorieuses de la CGT nazairienne, in Annales de Bretagne et des pays de l'ouest, 1995-3, Tome 102,  La CGT en Bretagne, un centenaire, Dir. Claude Geslin, Presses Universitaires de Rennes, 

- Formes de vie ouvrière et écosystèmes sociaux de reproduction populaire. Lersco-CNRS, Université de Nantes. 1989

- Ouvriers de l'ouest, in ATP CNRS, L'Ouest bouge-t- il ?  Son changement social et culturel depuis 30 ans. Nantes Vivant 1983

- La prolétarisation inachevée, Approches sociographiques de la  classe ouvrière de l'aire d'emploi de Saint-Nazaire. Nantes LERSCO-CNRS Octobre 1977 (ouvrage épuisé réédition envisagée)

- Nantes l'excès -la ville. Texte d'accueil distribué (anonymement) aux congressistes du Colloque Les cultures populaires organisé à Nantes par la Société d'ethnologie française et le LERSCO CNRS en 1983, et publié par la Tribune de Loire-Atlantique. Sur la périphérisation rurbaine des ouvriers de Nantes après  leurs flamboyants excès et sur le bocage mental des sociétés de  l'Ouest.

Les ouvriers de la classe au peuple, Après l’émancipation, - www.sociologie-cultures.com Octobre 2008-Février 2009

______________Autres ouvrages cités

 

 

Que faire de la classe du  Lersco? Du liminaire 2005 à l'essai2009 Jacky REAULT

 

 

 

Avertissement d'édition : Outre l'essai en forme de manifeste qui précède, deux articles dans ce dossier.

Nous présentons dans ce dossier deux textes : d'abord l'édition (juin 2005*) d'un important article posthume Ou en est la classe ouvrière ? de notre ancien collègue et membre éminent de temps long de deux des trois laboratoires dont nous procédons à Nantes, ensuite l'essai à la fois réactif et généralisant qu'il nous (jr) a inspiré depuis lors. L'édition de l'article du 24 juin 2003 ne nous a paru représenter une sorte d'hommage véritablement vivant, - rendu nécessaire par la défection de l’institution universitaire pétrifiée où il avait œuvré trente deux ans malgré plusieurs engagements publics-, qu'accompagné d'une réflexion neuve, réactive et débatteuse à la hauteur de son goût des pensées fortes et au risque, que nous continuons de considérer comme moteur de tout progrès du savoir, du combat d'idées*. D'où ce second article intitulé d'abord Que faire de la "classe" du Lersco ?, en référence l'ancien laboratoire (1971-1995) dont il procédait et qui s'était précisément emblématisé par ce concept.  C'est ainsi que ce qui fut sur le site de sa première édition en juin 2005 (Pour un lieu commun des sciences sociales), une simple et courte introduction au texte de Jean-Paul Molinari, s'est transformé par l'entrainement intellectuel d'une interactivité publique en un essai transversal  sur le devenir devenu problématique des ouvriers qui ne constituent plus une entité sociétale puisqu'ils ont victorieusement aboli, ce qui était une condition discriminante, à côté de la société. Désormais, comme tout le monde ils participent de ce bricolage entre perdurance et métamorphoses au sein des sociétés de la mondialisation. Quant à la validité heuristique du concept de classe envisagée de et dans la société d'où nous parlons, la France, elle ne peut s'adjuger qu'ici et maintenant sous réserve de penser ensemble les nouveaux procès structurants (ou déstructurant) et la fluidifié des formes engendrées dans une conjoncture historique ouverte. On s'arrêtera d'abord un instant sur cette précision qui dans le contexte de la mondialisation des sociétés sinon des savoirs hégémoniques est tout sauf un détail. Les rapports sociaux de la mondialisation passent d'abord par les situations géopolitiques inscrivant les sociétés, économies, civilisations, selon la trilogie braudélienne trop refoulée des Annales d'avant leur banalisante sociologisation, dans les centres, périphéries, centrages et décentrages de l'économie-monde plutôt que le système monde plus édulcoré d'une géographie cédant souvent à l'évolutionnisme.  Point n'était besoin à un historien s'inspirant de Fernand Braudel, d'attendre l'article célèbre qui marque la publication annuelle de données géopolitiques et économiques, Ramsès, au seuil de l'année 2008, celle de la grande crise systémique*, et que Le Monde  avait annoncé comme le retour des nations, pour savoir que l'antinationisme (P A Taguieff, E Todd)  politique et théorique déjà absurde appliqué aux  premières  économies-mondes d'extension planétaires dès les 16° et 17° siècles, s'avérait gnoséologiquement d'une rare sottise du temps de la mondialisation. Ce contradictoire, processus politique de prédation spécifique des nations   implique précisément de penser les résistances relatives dans les quelles elles profilent précisément la possibilité, cybernétiquement nécessaire d'une polarisation antisystémique centrée ou polycentrée. On laisse aux social scientists mondialisés de France, effectivement mondialement uniques en leur genre dans la dénégation de leur appartenance nationale, leur tabou de ce mot emblème d'un sujet historique millénaire plus résistant que leur soumission au vent du centre, pourtant déclinant. 

Le présupposé anthropologique social et politique d’un peuple singulier

Par ailleurs il se trouve que c'est dans le fil radicalement déterminé de la trilogie de Michel Verret, l'Ouvrier français, que JPM a produit cet article sur une  "classe ouvrière" mais dont le titre a abandonné la spécification nationale alors que c'est bien des ouvriers en France en 2003 dont il traite ; on reviendra sur ces proximités et sur cet écart.  Nommer la France, l'Allemagne, etc. c'est du point de vue des sciences sociales que nous voulons rendre de nouveau interférentes et complémentaristes, et sous un seul mot affirmer trois spécifications. D'abord celle de la langue commune, celle la même où nous écrivons, notre principal vecteur d'expression et de diffusion et pour qui ce signifiant relie une multitude de chaînes dénotatives et connotatives de sens et d'émotions également constitutifs d'une connaissance sociale qu'il est absurde de vouloir absolument contre, et non en interaction critique mais respectueuse avec, le (s) sens commun(s). C'est ensuite une spécification  générique, pour en analyser les structurations internes et externes (position dans la mondialisation et dans les rapports de civilisations) de tous faits sociaux quels qu'en soient les contextes, on doit les traiter et les situer dans la formation sociale où, combinés singulièrement, ils font  société et cadrent l'espace du politique, via l'État, entre représentation plus ou moins pacifiée de forces sociales et souveraineté. Le genre société n'en déplaise à A Touraine, a toujours une robuste nécessité anthropologique, version P. Legendre), historique, sociologique même, et plus encore dans la crise de dé(?) mondialisation - Juillet 2007- 2---- ?-. Enfin cette spécification est singulière, ce qui est un autre horizon des sciences sociales refoulé par un sociologisme refusant de penser la singularité, les structures de temps long les mémoires transmises, l'histoire d'un pays-dans-le-monde. La prise en compte des totalités sociales organiques singularisées, virtuellement sujets d'histoire, n'est-elle pas entre l'héritage anthropologique et le meilleur du Marx appliqué au concret réel (celui du 18 Brumaire par exemple) l'exigence absolue de tout discours  de science sociale affrontant l'empirie d'une population territorialisée. Avec la France on considère donc une société nationale au proche bord du centre de l'économie-monde, quoique dans une subordination mouvante, avec les fortes sédimentations internes et externes de son ex empire colonial. Qu'elle soit principalement structurée, - du point de vue des forces sociales (Nikos Poulantzas) tendant à condenser toutes les structures dans un rapport au politique-, en plus ou moins classes sociales à la fois organiques et subjectives, est affaire de (problématique de) sociologie contemporaine appliquée aux moments de cycles mondiaux et à la conjoncture historique. Cette structuration et  cette éventuelle action déclarée, quoique à l'interférence de la conjonction des modes de production et d'échange sous l'hégémonie du capital financier(rapports sociaux de production (exploitation ?) et d'accumulation (prolétarisation) avec les rapports sociaux de mondialisation, centre et périphéries, centrage et décentrage est irréductible à la seule économie même différenciée dans les trois niveaux braudéliens, vie matérielle affrontant l'organicité de la nature, jeux de l'échange (marchés), temps du monde du capital mondialisé. Encore faut-il considérer aussi en interne, les centrages et périphérisation croisant l'antique partition ville -campagne revue et complexifiée (le rurbain) par la mondialisation.

On verra à ce dernier propos -socio-spatial -, qu'une fois de plus le sociologisme abstrait ou même le marxisme recuit et latent qu'imposait à JPM, sa commande parisienne ont occulté la diversité (Braudel encore) des sociétalités et aires civilisationnelles internes à ce pays, alors qu'il avait exprimé dans sa vie de chercheurs son ancrage biographique et intellectuel au sein de ce que nous qualifions de  sociétés de l'Ouest français, et pratiqué, jusque dans sa thèse, nombre de nos travaux personnels au sein du Lersco puis du Lestamp, précisément sur les décalages historiques de l'accumulation primitive continue du capital (Cl. Meillassoux), imposant de   penser les unités ouvrières concrètes (ménages familles lignages), leurs combinaisons en milieux populaires, et l'usine dans sa concrétude à l'instar des Batignolles de J. Deniot. Sauf dans cette épure des rapports sociaux d'avant la grande séparation historique de 1983-4, nos travaux avaient bien mis en évidence que plus qu’en "classe" discrétisée et autonomisable (et en dehors de moments exceptionnels) c'était dans les agrégats de degrés et formes de prolétarisation et au sein d'écosystèmes populaires de reproduction, dans les espaces temps singuliers de milieux, que les ouvriers développaient leur vie sociale privée et même collective. La recherche d'une  intelligibilité singulière (anthropo-historique) d'emboitements d'unités pertinentes réellement (spatialement) quoique relativement, découpées dans le continuum social voire mondial et dans le mouvement du temps du monde, est tout pour le moins désormais plus requise que celle de généralités latentes (sociologiques ?) appliquée à des structures de classifications fixes que requiert seule la paresse sociologique instituée en scholastique.  C'est en quelque sorte une science compréhensive et objective d'universalité concrète, toujours subordonnée à l'espace temps de conjonctures au sein d'une histoire, que nous revendiquons dans ce site, lieu commun des sciences sociales. Qui a dit que parmi celles-ci les sociologues étaient les plus ignorants de leur propre société ? Et par définition puisque la singularité subjectivable est leur tabou ! Ce n'est pas irrémédiable à condition qu'ils sortent de constructions artificielles abstraites closes ou pire dans l'homogénéité mortifère du champ.  Comment donc parler des ouvriers en France, lieu commun référent bien vivant de notre échange intellectuel avec JPM, comme avec tout lecteur, et non "objet" constructible de sociologie disciplinée, sans profiler par quelques grands traits de quoi donc dans quoi, sans oublier d'où, on parle. Avec la France il s'agit encore en effet en juin 2003 comme en janvier 2009 à l'entrée dans la crise des crises, de la sixième ou septième  puissance économique du monde ( La Chine vient seulement de passer devant) support de groupes industriels d'échelle mondiale qui localisent encore, dans le territoire français un tiers de son salariat ; plus surement encore c'est le seul État européen  et même européen, où le vouloir vivre illustré  démographiquement et à forte composante ouvrière- est porté et exprimé à la fois par un taux de fécondité viable . L'histoire de ce pays - pour faire vite en concrétisant l'essentiel : Ancien Régime, Révolution, Mouvement ouvrier, civilisation républicaine, revival résistant et gaullien, soumission euromondialiste des "partis de gouvernement"-,  que ses élites de scène tendent à confiner dans l'identité négative, reste contradictoirement référentielle pour l'immense majorité de son peuple, ouvriers compris et qui le font savoir politiquement, et référentiel, pas seulement par la francophonie, pour des multitudes parfois antipodiques entre l'Europe de l'est et l'Amérique latine. Ce pays et ce peuple furent considérés comme le plus politisés (selon Marx qui conjuguait dans ce jugement, révolution (donc souveraineté du peuple) et mouvement ouvrier), jusqu'à ce que son intelligentsia, ex marxiste et désormais solidaire des media mondialisés, ridiculise, selon elle, ce propos. Cela se passait d'ailleurs, - et ce n'est certainement pour ce dont il est question ici, ni un hasard ni un détail -, dans le temps où elle inversait (1984, Vive la crise ) son regard sur les mondes ouvriers passant pour elle, du statut sociétalement unifié de classe mythique de la révolution fétichisée, à une inexistence d'agrégats nostalgiques amers pensant et votant mal et trahissant, s'il fallait résumer leur naïf propos, le primat de  leurs constructions "objectives" à vrai dire plus scholastiques que sociologiques sur leur réalité historique incarnée de personnes vivante, de familles bien liées, de territoires vécus. La classe ouvrière, cette forme historique disparue, n'est un non-être contemporain que pour les idéologues (souvent des sociologues), pas pour les ouvriers contemporains dont l'être social et les possibilités de faire force sociales s'est redistribue ailleurs dans des les ensembles populaires d'une société (singulière) de la mondialisation.

  Bref le fil du propos et des interactions critiques avec le texte de JPM, imposa corollairement de se situer aussi sur les grands concepts unifiant dont les ouvriers avaient été, selon la conception théorique que l'on se donne, les auteurs, les supports ou l'illustration classe ouvrière et en deçà, problématique de classes sociales et description, ici et maintenant de classes supposées existantes. Une telle réflexion en chaîne se confrontait nécessairement, outre au texte si surdéterminé de JPM, avec qui l'échange est ici principal, à ses références bibliographiques devenues dans leur exposition, œcuméniques et consensuelles, (signe évident chez lui de lassitude biographique et/ou d'impératifs politiques), à l'égard des sociologies majoritairement dépréciatives et ethnocentrées (classes parlantes grand-urbaines) qui se sont avancées dans la discipline, comme spécialistes contemporaines des ouvriers, après le tournant historique de 1983-1984. Ces sociologies à prétention off, apparent progrès sur l'illusion de la co-immanence dans les sociologies précédentes "engagées", rompaient en fait surtout le pacte solidaire qui liait modalement, du temps de l'ethnologie même d’avant la décolonisation, l'intrus "observateur" et ce qui était toujours d'une certaine façon métonymique ou réelle, le "peuple" observé. Un des intérêts de l'article de JPM est de se situer comme dans un lieu géométrique exposé entre d’anciens et de nouveaux regards dans un certain écartèlement donc, sinon, comme nous l’a involontairement suggéré un de ces regards le plus violent, d'une situation undercontrol. Si pour aller plus loin on considère en épistémologue qu'il existe un référent réel plus ou moins également inversé et occulté par l'idéologie de chacun de ces regards sociologiques, et pourtant éventuellement éprouvé dans l'expérience, notamment dans la sienne,  la position de l'auteur  étudié ressortit, quant à l'analyse, de la  triangulation douloureuse du tripalium, cet engin de torture entre trois pieux à l'origine du mot travail. On va donc considérer dans tous les sens du terme ce travail, tourment(s), et dépense de force humaine dans la transformation productive de conditions déjà données. En réalité comme toujours en sociologie, il s'agit d'un bricolage dans une certaine langue -plus ou moins de bois plus ou moins de vie-, d’un patchwork cousu main -de "faits" en l'occurrence la combinaison de noms (ouvriers PCS,) et de nombres chiffrés, qui plus est modalement liés par l'État ou des appareils politiques, - et de textes déjà existants eux mêmes tissus cousus mains etc. Mais ce propos de rappel à une modestie relativement relativiste ne va-t-il être exécuté par les locuteurs labellisés de la novlang disciplinaire, faciles à confondre parfois avec le comique troupier, d'écrits sociologiques d'avant la professionnalisation ? (J R janvier 2009)

    * L'article de J P Molinari publié sur ce site en juin 2005, a en septembre 2005 été également intégré à un livre de Emmanuelle Dutertre, Jean-Bernard Ouedrago, François-Xavier Trivière, Exercices sociologiques autour de Roger Cornu. L'Harmattan septembre 2005. Roger Cornu fut une dizaine d'années membre du Lersco. Il figure dans ce livre sans autre commentaire. Sous réserve d'inventaire exhaustif c'est le même que celui que nous avions déjà édité  

 ** Ramsès 2008 ifri, Thierry de Montbrial, Philippe Moreau Defarges.                                                     ***Le Lestamp avait en son temps honoré son départ en retraite par la publication d'un recueil de mélanges, Libre prétexte. Nantes Lestamp décembre 2001, disponible aux adresses mails de ce site. 20

    De, Que faire de la classe ouvrière du Lersco ? (Liminaire (Mai 2005) à l’édition posthume de J P Molinari, Où en est la classe ouvrière. Nantes Lestamp Juin 2003…)   à, Les ouvriers de la classe au peuple, l’après de l'émancipation, par Jacky Réault - Octobre 2008 Mars 2009

 

Les mots pour le dire

    De la classe ouvrière aux ouvriers en milieux populaires[1] : genèses des idées, histoires de chercheurs et de laboratoires dans histoire de la France et du monde.

Où en est la classe ouvrière ? Ce fort texte, livré ci-dessous, in extenso, après cet essai, fut donné par Jean-Paul Molinari, en deux moments, au Lestamp par la dédicace nominale de tapuscrits à plusieurs de ses membres. C'est sa dernière version qui est ici présentée et qu'il avait remise personnellement aux participants du dernier séminaire du Lestamp auquel il participa le 28 juin 2003, trois mois avant sa disparition. Ultime œuvre majeure[2] ce copieux article ou plutôt ce véritable essai, s’inscrit radicalement dans une filiation manifeste et remarquablement insistante de la part d'un universitaire plus que chevronné, à l'égard de Michel Verret qui fut l'inventeur et longtemps le propagandiste, d'une Sociologie de la Classe Ouvrière dont le Lersco (1971-1994), son Laboratoire d'Etudes et de Recherches Sociologiques, aurait dû à ses yeux être d'une certaine façon pendant plus de vingt ans comme la grande fabrique. Il le fut largement, mais son développement effectif  s'avéra cependant plus sectorisée et l'axe ouvrier lui même dut lui-même s''intégrer dès les années 80, et à notre initiative, dans un sous-ensemble intitulé milieux populaires localisés, où l'histoire, la géographie, l'ethnologie côtoyaient les approches sociologiques, selon une charte qui mettait déjà en œuvre sans l'exprimer explicitement, la pensée manifeste que le nouveau Lestamp alternatif diffusa dès notre introduction-manifeste lors du Colloque Les sociétés de la mondialisation :." Pour un lieu commun des sciences sociales"(3 décembre 2004 Nantes). C'est du Lersco en mutation accompagnant la (relative) mondialisation du monde, que procéda d'abord le premier Lestamp en 1995 intégrant le mot commun et scientifiquement transversal de milieu(x) déjà avancé par nous au sein du Lersco, et précisément dans le fil d'une certaine usure théorique et de la scission intellectuelle relative déjà pré dessinée donc, de son axe principal - entre post-classe-ouvriéristes et tenants d'un élargissement aux milieux populaires concrets dans leur hétérogénéité sociale, leurs cultures territorialisées en écosystèmes de reproduction populaire (JR 1989) et donc leurs espaces-temps. Dire d'entrée ici pour la clarté des choses que JP Molinari, quoique ayant intégré dans sa thèse L'adhésion ouvrière au communisme, des spatialisations régionales partiellement traitées dans l'esprit de ces  milieux historiques que nous avions introduit dès 1977 (La prolétarisation inachevée, les salariés de l'aire d'emploi de Saint-Nazaire, Lersco-CNRS), était le défenseur verbalement radical du primat théorique d'un concept et d'un existant "classe ouvrière" et que nous (jr) étions porteurs, par formation, historien et géographe, et par réflexion de temps long,  de cette science sociale transdisciplinaire dont les totalités concrètes expérimentées dans des espaces réels résistants, modéraient l'idéologisation  possible puisque qu'irréductibles à tout sens de l'histoire, nouveau fatum d'une oligarchie d'intellectuels adossée à des partis et des Etats. Cela ne signifie pas pour cela, entériner si radicalement « la péremption du concept de classe ouvrière » (selon l'expression d'Alain Bertho appliquée à la transformation de la banlieue rouge en banlieue), avant au moins l'effondrement moral de la Gauche qui submerge tout en 1993, et  le mouvement social d'un type nouveau, à la fois populaire et national selon l'analyse devenue classique d'Emmanuel Todd, de l'automne 1995 ; c’est dans cette période qu’en un concert pluriel d’ajustement problématiques très libres auxquels participèrent activement, en dehors de J Réault, Claude Leneveu et Joëlle Deniot eut lieu la gestation théorique du Lestamp d’abord EA de l’Université de Nantes, puis du Lestamp-Association, société savante alternative, notamment éditrice du site Pour un Lieu commun des sciences sociales.   

·         1992, la scansion politique et intellectuelle, 1993, la scansion globale :  l’autre année terrible

 La scansion intermédiaire la plus spectaculaire de cette mutation, dans la réalité sociétale et politique avant de l'être dans note conscience sociologique exprimant dans l'immédiateté contemporaine l'obsolescence morale achevée de la classe ouvrière avait été l'année terrible de 1993, économiquement la pire du 20° siècle, la manifestation la plus radicale du style social de la mondialisation dans les sociétés centrales au moins jusqu'en 2009 où tous les records de l'histoire universelle seront d'évidence battus. Profitant de la dépression consécutive à la première Guerre du golfe, hystérisée en Europe par le déflationisme vieux rentier d'une Allemagne oliganthropique, scellé dans le Traité de Maastricht, les dirigeants des groupes financiers mondialisés demandent à leurs cadres encore nationaux de s'éprouver dans - en globish dans le texte comme il faut désormais dire, '- le downsizing (exercice de réduction drastique des effectifs, droit d'entrée des cadres dirigeants dans l'oligarchie des managers d'échelle mondialisée selon Denis Duclos) et -le reengeenering (exercice de dislocation de la division du travail devenant "organisation", pour briser les coopérations (Joëlle Deniot 1983, Anthropos) et groupements traditionnels des travailleurs). Les collectifs usiniers réduits et démoralisés par dix ans de fermetures d'usines et d'écrémage par les préretraites socialistes de leurs militants chevronnés, désormais sans représentation politique fiable (le PCF ne s'adresse plus à la classe ouvrière, ni même aux ouvriers mais "aux gens", le PS a tout livré à l'Europe multiplicatrice de mondialisation), furent  traités souvent sauvagement par des licenciements aussi massifs que cyniquement ignorés par un pouvoir socialiste partagé entre un irréversible effondrement intellectuel et moral  de parti de gouvernement euromondialisé et l'abandon de la souveraineté monétaire et économique par l'intégration européenne du mark déflationniste et de la croissance interdite, principales clauses du Traité de Maastricht. Cette fois ci la crise se résolut par l'innovation historique radicale (à ce degré là) d'une révolte politique exprimée dans de massifs votes à droite et à l'extrême droite, suivi du symbolique suicide le 1° mai de Pierre Bérégovoy, et non dans une ultime flambée de définitivement feus les partis ouvriers. Dès 1992, le vote Non au referendum de Maastricht, essentiellement ouvrier paysan et sudiste (sur l'aire électorale séculaire, désormais partagée avec le Front National le CPNT, de la gauche historique abolie, sur la petite propriété paysanne libre et liée à la dynamique des  villes depuis l'empire romain), qui avait failli l'emporte à quelques milliers de voix près, avait marqué les nouvelles frontières de la résistance à la contradiction principale des nouveaux rapports sociaux mondialisés.

1992, du point de vue de l'histoire des collectifs de chercheurs engagés sur les grandes mutations des mondes ouvriers et populaires, c 'est l'année même du dernier grand colloque international du Lersco que nous avions conçu et co-organisé J Réault, JP Molinari Joëlle Deniot, Roger Cornu. L'intitulé, Crises et métamorphoses ouvrières (Université de Nantes-Lersco, édité à l'Harmattan à l'initiative de J Deniot assistée par C Dutheil). en avait été plutôt lucide quoique ayant reculé devant le constat plus radicalisé de la fin d'une identité collective et d'un mythe[3], les deux faces de tout grand sujet de l'histoire, un concept historiciste peut-être, aux yeux d'une critique marxiste mais devenu dans la chosification générale du monde par la mondialisation, la mercantilisation et... le sociologisme, un concept réactif d'une grande urgence anthropologique autant qu'intellectuelle. Une autre fin suivit de peu, celle du Lersco lui-même. Certes son concept était mort, et probablement mort-né mais ses dizaines de membres constituaient encore une force inventive vigoureuse. Ce ne fut pas mort naturelle mais mobilisation active ou passive de ses anciens directeurs désormais alliés entre eux et avec ce qui se manifestait désormais, à l'Université et au CNRS dans tous les domaines (pouvoir argent postes, recherchés exclusivement) comme le clan bourdivin. Cette alliance se manifesta à Nantes à l'égard du Lersco et s'obstina contre ses héritiers fondant le Lestamp EA de l'Université de Nantes jusqu'en 2004, comme un vulgaire et brutal dépeçage accompagné de multiples spoliations et se couronna dans le bouquet final d'un blâme universitaire à sa directrice qui avait osé rompre la loi du silence habituelle sur ce genre d'agissements. Michel Verret voulait garder un monopole personnel du propos sur les ouvriers dans les sciences sociales et lui qui n'avait de sa vie mené la moindre enquête personnellement fit tout pour que la nouvelle directrice auteur de la seule grande enquête usinière devenue thèse, et d'une thèse d'Etat également ouvrière, perde tout pouvoir et moyens sur l'héritage sociologique nantais qui amorça une longe décadence et une inextinguible guerre civile. Exit le Laboratoire d'Etudes et de Recherches Sociologiques sur la Classe Ouvrière.

 De la fin du Lersco était malgré tout surgi ce Lestamp (1995-2004) autour de cette nouvelle directrice, Joëlle Deniot,  dont l'œuvre fournissait le lien manifeste entre les cultures de recherche qui s'étaient succédées sans d'ailleurs s'abolir, de l'usine à la chanson française en passant par le décor ouvrier, Joëlle Deniot ; sa modalité propre de lieu commun des sciences sociales agrégeait à la sociologie, l'anthropologie, la philosophie, l'histoire et l'expérience de l'art. Sans expliciter d'entrée quelque rupture radicale (d'ailleurs contradictoire avec la complexité historique et inégale des métamorphoses sociales et notamment ouvrières), cette fondation intégrait, sur fond désormais explicitement perçu de mondialisation, le programme d'une  ré interrogation historique et anthropologique du concept de classe et d'abord de ce collectif sociétal et politique inséparablement réel et mythique, indigène et accaparé par des appareils de pouvoir et/ou de savoir, dit classe ouvrière. Sa centralité très obsessionnelle chez le fondateur du Lersco, était certes définitivement abolie pour la majorité des membres du nouveau laboratoire (mais certes non pour JP Molinari), comme pour la majorité des  observateurs mais elle   continua de se reproduire dans la société par le simple effet de volant de la répétition scolaire figé en scholastique par l'institutionnalisation d'un agrégat de commodité dit Sciences Economiques et Sociales, originairement confiné dans l'enseignement secondaire mais qui par une de ces inversions historiques dont la période est féconde en vint à devenir une force sociale pesant sur la recherche universitaire elle-même.  Pour le Lestamp, il s'agissait désormais d'explorer dans un cadre théorique ouvert d'une sociologie pensée comme ensemble des connaissances que l'on puisse complémentairement collecter sur les sociétés dans leurs espace-temps (et non comme la discipline homogène avide de systèmes théoriques achevés et se réfugiant dans le vide méthodologiste radicalisant sa clôture exclusive), des univers redéfinis en concepts plus souples et plus pérennes à la fois, fortement dénotés en extension comme en compréhension dans le sigle identifiant des Transformations et Acculturations des Milieux Populaires, même si l'institutionnalisation autoritaire des carrières obligeant, le nouveau laboratoire était toujours affiché Sociologique. L'éternisation de formes telle qu'une classe ouvrière, sous prétexte de maintien de rapports de production capitalistes, laissait la place à une dynamique des métamorphoses centrée sur les acculturations tandis que le  concept de milieu, marginal dans le Lersco devenait le marqueur d'une ambition à moyenne portée, - quoique essentiel garde-fou contre une nouvelle idéologisation, sans qu'ait pu être réglée radicalement ni la question de la perdurance de classes, ni l'explicitation et donc la réélaboration théorique si nécessaire du populaire dont la polysémie, prétexte à son abolition, impliquait un travail théorique neuf adapté à ce moment de radicalisation du rapport de la mondialisation avec les sociétés, les peuples, les cultures, et jusqu'à la conception de la personne. Malgré la pertinence de son travail de re problématisation, la valeur et l'expérience d'un noyau de chercheurs de maturité autour de J Deniot, le  Lestamp resta un agrégat relativement indéfini, tiraillé entre les ambitions parisiennes d'un normalien qui s'empressa de déserter et resta l'homme d'une seule œuvre (Le monde privé des ouvriers), entre ethnographie indirecte et condescendance directe, la clôture problématique d'un groupe féministe, et le double jeu du relai de l'ancien directeur du LERSCO qui avait dès 1999 décidé sa disparition et qui en 2003 frappa le grand coup de la mise au mur de la directrice du Lestamp, puisque la qualité du travail fait dans le premier quadriennat avait induit une évaluation favorable au renouvellement.

 La conscience de cette ligne claire et de ce programme ne put vraiment s'exprimer que huit ans plus tard dans la fondation dès juillet 2004, d'un laboratoire alternatif, le Lestamp association, après la liquidation plus violente encore de l'EA Université de Nantes et la fuite éperdue et bienvenue de qui n'imaginait pas de penser exister agir sans tutelle institutionnelle, politique ou sectaire. Sans argent sans pouvoir institutionnel, dans des situations d'interdit professionnel à diriger des thèses dans le fil de l'ultime décret Lang sur les Masters radicalisé par un usage très Ouest profond de la décentralisation, le Lestamp association épuré de ses poids morts et libéré de toute dépendance devint le champ libre et fécond d'une nouvelle donne théorique (et le support de deux mastères quoique institutionnellement et par complot tout fut fait pour saboter). Cette culture de laboratoire  était à fois héritière de la partie restée vive de l'histoire antérieure depuis l'origine (les totalités concrètes replacées dans l'emboitement mondial des contextes, et le refus corollaire des découpages spécialisés de la sociologie disciplinaire), et depuis les années 1980 (les milieux populaires)  et totalement ré élaborée à l'expérience de la Nouvelle époque. La mondialisation envisagée comme broyeuse de sociétés et de classes et comme machine folle dé dédifférenciation des cultures nations et civilisations voire des sexes et des âges et qu'il faut bien enfin nommer désormais (nous l'avions déjà mise avec la conclusion d'Ouvriers de l'Ouest, au centre de nos analyses des transformations ouvrières dès 1983) ne se trouve jusqu'à l'acmé épouvantable du 11 septembre 2001 que des adversaire radicalement inaptes à devenir une force antisystémique alternative malgré la base populaire dans la première périphérie de l'islamisme radical (Burgat).  Certes, des composantes possibles d'un nouveau mouvement social et politique assez consciemment orienté autour de cette contradiction principale (la  mondialisation et non le seul rapport salarial), avait surgi, en France même, mais en ordre dispersé et sans convergence possible, de la révolte rurale emblématisée dès 1984 par le mouvement chasseur, de la quasi victoire, en France dès 1992, du Non à l'Europe passeur de la mondialisation, de la révolte du peuple encore stabilisé de l'automne 1995, mais il fallut attendre les années 2000 pour qu'un lien entre des expressions  politiques pertinentes (2002, 2005) et différentes modalités d'expression du populaire et d'un peuple, devint manifeste sans cependant pouvoir stabiliser politiquement des victoires telles le Non au dépeçage des nations européennes en avril 2005. C'est dans ce contexte, ainsi rapidement brossé, que les travaux des chercheurs du Lestamp-Association durent situer leurs travaux en investissant leur expérience des mobilisations populaires plus sur la culture les formes de vie et les défensives de l'emploi salarié, que sur un sujet collectif éclaté après l'évanouissement historique de la classe ouvrière.

Ces forces antisystémiques semblent au niveau mondial surgir aujourd'hui avec les grandes nations-quasi-civilisations dans la crise systémique mondiale manifeste dès l'été 2008. Mais, contrairement à la situation issue des grandes révolutions du 18° au 20° siècle, aucune des puissances qui ainsi surgissent ne peut se présenter avec un discours universalisable apte à fédérer les multitudes de dépossédés qui vont surgir dans les différentes sociétés, de la crise qui court avec une sidérante rapidité, quelle que soit l'importance historique, toujours sans relai stabilisé des  révoltes populaires, électorales et pacifiques, des Présidentielles françaises d'avril 2002 et surtout des non à l'Europe mondialisée de 2005 en Hollande et en France. Les observateurs les plus compromis dans la pensée unique inaugurée vers 1984, verrouillée apparemment en 1992 (Traité de Maastricht) mais déjà bousculée en France à l'automne 1995, ne peuvent cependant plus échapper au questionnement  problématique d'un retour des peuples, déjà théorisée aussi avec une brillante anticipation par Emmanuel Todd dès l'automne 1994, mais qui en reste à exprimer des modes de révolte voire de résistance plutôt qu'un mode de résolution de la crise engagée, crise de la mondialisation, crise du carcan bureaucratique  et financier qu'est l'Europe, mais crise plus générale aussi des horizons civilisationnels et politiques d'un dépassement par le haut.

Nouvelle époque, nouveaux concepts nécessaires, mais pour le Lestamp continué, ils s'intègrent dans le fil de ses propres et anciennes élaborations que certaines autorités institutionnelles lui renvoyaient comme "passéistes" et qui pourraient s'avérer comme les plus radicalement éclairantes des mobilisations réactives au processus contemporain. Le Lestamp n'a t-il pas réintégré autour des peuples et du populaire considérés comme des objets théorico-historiques à jamais problématiques, hors de toute dogmatisation, à la fois le mouvement (processus et surtout histoire vivante continuée notamment des salariats, des paysanneries et peuples ruraux, des nations et des langues nationales au sein de la mondialisation) et les socles anthropologiques fondamentaux de la raison humaine et d'une humanisation différenciée, pensée comme système de défense face à la crise violente toujours latente, immanents aux  formes de vie populaires, considérées comme mobilisations viables et cultures activement performatives. Mais ce populaire du Lestamp, ne  se réduit  pas au fractionnement d'ainsi nommées classes populaires (unifiés par le rapport au travail et à la famille ?), en un mot au peuple social, au sein duquel se sont fondus les ouvriers, et irréductible à l'anachronisme méprisant d'une plèbe.  Ce peuple social est approché en sociologie trop classiquement comme l'agrégation supposée simple des catégories modales de travailleurs actifs ou retraités, du salariat (ouvriers employés), de la petite production (paysans, artisans), encore y faut-il ajouter les dénotations situées soit d'une pensée stratifiante de hiérarchisation soit d'une simple topique héritière du mouvement révolutionnaire français où le Tiers-état était le socle nourricier, - le mouvement ouvrier se dira dans ce fil expression des "producteurs", non le bas. Dans la sociologie de la culture émanant de Bourdieu et Passeron, le  mot fut une commodité pour masquer  à l'origine la pensée violemment stratifiante qui se problématisait dans la trilogie si réductrice, du supérieur du moyen et du populaire... Ouf on a évité la crudité anglaise du lower. Lorsque les intellectuels se séparèrent du peuple, dans les années 80 tout se radicalisa de nouveau dans une sociologie se prétendant encore "de gauche",  avec le bas de Verret et les dominés de Bourdieu. Il reste que ce populaire du mode majoritaire de la société se définit à l'interférence de l'empaysement la territorialisation est première), du travail (les travailleurs) et de la culture.

 L'apport propre du Lestamp, par élaboration sur ce point  dès les années 90 (par convergence  des réflexions ou des travaux explicites de Joëlle Deniot, Jacky Réault voire Pierre Cam, se définit sur la nécessité de ne jamais quitter l'interférence toujours problématique et pourtant essentielle du peuple social et du peuple politique (populus), dit la tradition juridique) au lieu de les opposer scolastiquement pour mieux les déconsidérer comme "populistes", ou les reléguer par un véritable racisme de classe doublé d'une disqualification de la démocratie même, comme un bas, d'inculture scolaire,  de mauvaises conceptions de la vie, et de mauvais votes. Le peuple nation et le peuple social ont également été l'objet de l'antipeuplisme des années 80-90, qui accompagne tant la mondialisation que la "construction" oligarchique de l'Europe. Dans les années 2000, Le Lestamp développe un troisième terme  qui s'est élaboré autour d'une conception autant épistémologique que sociétale du commun[4], ce concept dénotant aussi bien un mode d'existence beaucoup plus large du peuple et du populaire (le peuple sociétal, toute la société en tant que culture congruente et identifiante, à l'exception donc des oligarchies et appareils séparées solidaires de la mondialisation appréhendée comme processus et stratégie centrale (Guy Bois), qu'une exigence spécifique de recherche et de pensée. Le  travail réflexif se fit et se fait, - peut-on dire ? - sur les mots de la tribu (Mallarmé). Lieux communs des sciences sociales, avions nous programmé dans l'introduction au Colloque Les sociétés de la mondialisation de décembre 2004 à Nantes) sans "rupture" avec la connaissance ordinaire, -interférence assumée avec un autre résistant qu'importe qu'il soit d'une autre rive, M Maffesoli- dans le refus des machineries logomachiques de terreurs théoriques dont la reproduction mimétique et catéchistique de l'héritage bourdivin manifeste aux dépens des étudiants mais aussi de la validité de la sociologie dans son ensemble, les plus affligeants effets. Le besoin le plus crucial dans cette concomitance de l'accélération de l'histoire et des mutations sociétales, et de la crise théorique et gnoséologiques des sciences sociales était organiquement, d'abord de redéfinir l'ensemble des rapports sociaux, ce concept à sauver de Marx, à l'exclusion  de tout retour à la théorie générale connaissable d'un nouveau matérialisme historique ensuite de profiler d'éventuels nouveaux collectifs pertinents, classes ou non classes ou simples forces sociales à géométrie variable au regard d'un État délabré et d'une politique molle, entre nébuleuses plus ou moins agrégées, groupes et réseaux et dans leurs contextes nationaux, régionaux (européen) et mondial. Le  besoin théorique de reconstruire sur l'obsolescente intellectuelle lente mais continue de la sociologie universitaire s'imposait d'autant plus que la scission revendiquée par les dites nouvelles élites (Christopher Lasch, Emmanuel Todd) - à vrai dire nous préférons restituer l'opposition fondatrice du grec ancien qui dit oligarchie- , à l'égard du populaire dans tous ses états, dessinait comme on l'a déjà évoqué plus haut, entre société et politique, et jusque dans l'expérience commune des referendums de 1992 et de 2005 et du mouvement social de 1995, de nouveaux clivages pertinents [5] à éprouver sans fin sur la seule aune scientifique qui vaille sur la longue durée, la réfutabilité.

Ces rappels minimaux de l'histoire de plusieurs unités de recherche au sein de l'histoire générale du monde (Braudel), que nous pourrons ré évoquer plus succinctement dans la suite de ce propos, aideront à formuler ce qui constitue pour nous le principal faisceau d' interrogations que nous suggère le texte de Jean-Paul Molinari - indépendamment de ses contenus manifestes qu'il n'est pas besoin d'introduire ici exhaustivement pour qu'ils se défendent d'eux-mêmes. Le lecteur à ce point de l'exposé peut selon son intérêt se brancher sur  "Où en est la classe ouvrière", pour y collecter un riche corpus empirique à désintriquer de la cuirasse anachronique de la classe, où continuer ce texte dont le propos plus abstrait, quoique largement indexé à celui de JPM, présente la cohérence propre de sa critique historique et théorique autour des concepts qui en condensent les enjeux mais toujours dans la référence à la France réelle, société (plus ou moins) de, mai