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Classe ouvrière et
sciences sociales
(Où en est la classe
ouvrière aujourd'hui ?)
Les ouvriers de la
classe au peuple, après
l'émancipation
Septembre 2009
Jacky Réault
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Après
Que faire de la
classe du Lersco ?
Jacky Réault
Juin 2005
en
contrepoint
de l'édition Lestamp en
juin 2005 de
Où en est la classe ouvrière (
Juin 2004) de
J- P Molinari
(Texte disponible
in fine)
Dernière intervention
6 mai 2010 |
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Photo Jacky Réault Juillet 2003
Ultime Chantier naval de Nantes
après le refoulement
ouvrier.
S'estompant dans l'histoire, la
classe ouvrière ouvre une page blanche- Que faire de "la
classe" du Lersco (JR 2005), refoulés de la ville (Nantes) par la bourgeoisie "culturelle", périphérisés,
les ouvriers empaysée s'auto-émancipent comme peuple par de nouvelles mobilisations privatives
d'abord mais aussi collectives, de milieux populaires hétérogènes localisés,
mouvement chasseur, révoltes
d'usines aux délocalisations, et
inséparablement de nation, nœuds
de la crise politique de la
représentation depuis 1984.
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PRELUDE
Résumé des thèses avancées sur l'usage théorique et historique possible des mots Classe(s) Classe Ouvrière Peuple Milieux populaires.
Prélude à Les
ouvriers de la
classe au
peuple,
Jacky REAULT Mai-septembre 2009
Après la "classe ouvrière" historique, dont, dans un ultime texte énigmatique que nous avons édité pour débattre, (www.sociologie-cultures.com
juin 2005)Jean-Paul Molinari s'était évertué, sur l'étrange commande de Michel Verret, à pérenniser l'appellation devenue anachronique, les
ouvriers réels affranchis d’une séculaire et discriminatoire
condition(1), vivant au sein de formes de vie socialement variées,
participent des cultures et des
mobilisations
privatives plus que collective, des milieux populaires territorialisés de la France une et diversité (Braudel).
- Mobilisations, pour d'abord
leurs formes de vie, le
chez soi (Bachelard et J Réault Amiens H-P, 5 décembre 2008) de leurs emboitements de territoires inégalement appropriables valant mieux que l'en soi
d'une réduction économiste de leur identité ; le
pour soi de leur
conscience s'étant libéré de l'indexation à un parti politique les liant aux murs d'une usine de surcroît devenue aussi milieu populaire de facto
différencié. ( J R 1989)
- Pour et dans la
société salariale (M Aglietta, A. Brender) française délaissée par leurs ex-représentants prétendant depuis 1983-4 (le tournant mitterrandien de l’indexation du franc au mark donc à échéance de l'asservissement de la France à l’appareil européen de la mondialisation) priver ce
peuple ré advenu de sa souveraineté politique donc de la garantie d'Etat de l'indexation de la croissance au progrès social, de la normalisation du rapport salarial, par la Loi et le contrat, tout cela dénoncé comme défense corporative d'avantages
acquis, puis comme
ethnocentrisme nationaliste
voire pire...
(2).
- Au sein d'un
peuple social trop abandonné
à sa défensive localiste, la
seule qu'il peut s'approprier
face à la mondialisation, par l'obsolescence des confédérations syndicales
et leur défection dans la
résistance antimondialiste, - sauf lors de ses cycliques mobilisations
sauvages (?) inscrites dans le temps long de l'histoire nationale-, périphérisé occultés politiquement disqualifiés dans l'identité négative à l'instar des
rurbains, des ruraux, du mouvement chasseur des grèves perdues de délocalisation, ils sont toujours là, personnes, familles, lignages, voisinages, grand et petits pays. Ils sont virtuellement plus forts d'être (re ?) devenus et plus radicalement
travailleurs libres
( JR 2003), et normalement
peuple dans toutes ses harmoniques, et relativement stabilisés quoique subissant, depuis 1983-1984, comme tout le salariat et la société même, pour autant qu'elle est abandonnée à la mondialisation, de nouvelles formes de
prolétarisation, un peu plus cependant quand vient la grande crise. (2009). Cependant elle engendre aussi en France des mobilisations défensives radicalisées, intégrant la
rationalité spéculative des managers du capitalisme financier en impliquant la publicité des media pour négocier des primes compensant au plus près possible leurs licenciements boursiers et
délocalisateurs, fut-ce au prix de prise en gage de cadres, de produits, d'outils de travail voire d'usines. Modernité d'une
antique action directe populaire
au sein de milieux solidaires
localisés (Jean Nicolas, La
rébellion française. Seuil 2002)
et toujours désormais
contre un capital étranger et
mondialisé se mettant en deçà
donc du seuil de la common
decency (Orwell).
Quand elle n'est pas portée par de vivants sujets de l'histoire supports d'un mythe fort,
la
classe n'est qu'un fétiche de l'intellectualisme
scholastique ou de la nostalgie du marxisme stalinien ou trotskiste. Si l'on peut penser sans doute heuristiquement comme classes, l'hyperbourgeoisie (D. Duclos) mondiale, ainsi que les classes parlantes et ou
culturelles qui la relaient contre leurs peuples dans les grandes villes de l'archipel de la mondialisation,
les sujets historiques de la résistance du temps de la mondialisation
( JR, 2004), sont des peuples,
non des classes :
peuple politique (nation) (Ramsès Janvier 2008),
peuples (tissus populaires) immédiats
des milieux historiques d'habiter, de travail, d'aires d'emploi, (modalités du
peuple social), vaste
peuple sociétal
du socle culturel
commun de mémoire et de langue, menacé par l'acculturation centrale
programmée (Bastide), et l'injonction d'identité négative (E. Todd) ensembles de peuples au sein d'aires historiques de
civilisations (F. Braudel), (exemple le retour politique des peuples latino-américains). Tous sont à inscrire dans les
rapports sociaux de l'accumulation primitive continue
(Meillassoux) plus ou moins nationalement valorisable mais surtout de l'accumulation générale du capital financiarisé pour la valorisation de l'inégalité du monde --
à partir d'un centre (Braudel), là où git la
contradiction principale
donc la première clé d'intelligibilité.
L'ancienne dynamique de
classe ouvrière (sans doute plus auto-dissoute par la libre ré identification ouvrière et la conquête, d'ampleur civilisationnelle de la vie privée, que broyée par une mondialisation abusivement fétichisée) peut-elle cependant rejouer, plus ou moins sur-jouée, autour de mémoires localisées encore vives mais surtout quand la mémoire de l'efficacité nationale pratique revient amorcée par un évènement fort ou un moment de cycle ? Qu'en est-il par exemple de la révolte des licenciés d'usines en 2009, du resurgissement d'un esprit offensif lors des mobilisations nationales du printemps finalement étouffées par les confédérations ? Ainsi dans l'aire d'emploi de Saint-Nazaire (cf.
Les
ouvriers de Saint-Nazaire ou la double vie), et chose étrange avec une majorité de jeunes gens disparus depuis si longtemps des mobilisations collectives ? Certes c'est le contexte de résurgence d'un vaste
peuple social, sociétal mais surtout d'extension nationale dans les manifestations de fin janvier et du 19 mars, que peuvent exister ces résurgences plus ou moins "ouvrières", voire "prolétariennes" (jeunes chômeurs) voire dans des réminiscences d'une culture de
luttes de classes dont l'E Todd d'Après la démocratie, Seuil 2008)rêve le retour face à l'ethnicisation mondialiste(2008, op.cit.) que N Sarkozy hésite cependant à instituer au pays de l'Egalité républicaine. La crise générale du monde risque de multiplier ce genre de rejeu et d'interférences aussi bien qu'induire des formes totalement inédites à la fois régressives et/ou inventives. L'histoire bouscule souvent les sinistres
fata de l'évolution, ce vieux machin du 19° récupéré comme idéologie de la mondialisation comme de la vacuité sociologiste pas seulement tourainienne. Si les rapports sociaux de la mondialisation imposent tendanciellement l'hégémonie du
peuple national , c'est à dire politique (voir la constitutionnalisation de son intérêt national par l'Allemagne de 2009 tournant le dos au Monopoly fou de l'Europe fédérale
des régions, c'est à dire des ethnies irréductibles), (ou d'alliances
transnationales circonstanciées) dans toute mobilisation pertinente, il faut se garder de toute prophétie ; l'histoire, à l'inverse de la zoologique évolution asile de l'ignorance sociologique comme du libéralisme ou de l'ex progressisme sur ce point convergents (Claude Michéa,
Impasse Adam Smith, Climats 2002), exclut tout destin adjugé.
D'une part les appareils politiques et syndicaux de représentation populaire voire (post, néo ?) ouvrière, n'ont pas disparu. Jusqu'aux ex partis
ouvriers, moins le PS irréversiblement rendu obsolescent par sa collaboration active au dépeçage d de la
société salariale française, qu'un PCF, certes nanifié mais relayé par une nouvelle extrême gauche, confuse et brouillonne mais dont la somme arithmétique (12 à 13 %) n'est pas si loin des formations très intégrées à l'ordre financier mondial (Verts Ecologie, PS), lors des élections européennes de Juin 2009, où la multitude du
peuple s'est délibérément abstenu. Les confédérations syndicales devenues sauf exceptions régionales, minoritaires n'en gardent pas moins la capacité à se dilater et de faire encore figure lorsque l'ampleur des mobilisations d'entreprise ou de rue les contraint à accueillir l'échelle et le sens national régulièrement réactivés.
En deçà et presque en continu,
cette nouvelle action directe qui resurgit aussi en cette année 2009, sous formes de de blocages d'usine voire de menaces de sabotages, et surtout de séquestration de cadres à qui l'on impute les licenciements multiples qu'engendrent la cynique gestion financière de la crise, ou plus modestement (donc structurellement) pour augmenter le pouvoir de marché des salariés dans une négociation réaliste,
ne nous ramène-telle pas à la grammaire historique de temps long d'une
politique du
peuple
(Roger Dupuis
Fayard 2002), dont nous avons
perçu la vitalité souterraine
jusque, scandaleusement, dans la
victoire de Nicolas Sarkozy (JR
Mai 2010)voire aux jacqueries tout autant et plus qu'à la coutume ouvrière du 20° siècle dominante au niveau national dans les confédérations de syndicats salariés ? Et c'est
peut-être plus une invention rationnelle qu'une régression. Jusqu'aux abstentions massives de juin 2009 qui ne puissent être pensées comme action directe, activement politique (après le déni du Non à la constitutionnalisation européenne du libéralisme et l'imposition tyrannique du traité de Lisbonne), formant lien entre la
politique du
peuple spontanée dans sa tradition réflexive multiséculaire, la politique de scène nationale toujours plus désymbolisée et l'Etat nécrosé et humilié (l'obscène injonction d'août 2009 du remboursement rétrospectif de ses aides aux paysans) par l'appareil oligarchique libéral-européen. Il n'en reste pas moins que ce sont des
ouvriers bien vivants singularisés dans des milieux et des mémoires spatialisées au sein d'écosystèmes sociaux populaires de reproduction ( J R 1989), qui resurgissent ainsi, avec leurs conjointes employées et leurs lignages populaires pluriels, certes fugacement, devant ces écrans d'infamie qui les ont refoulés depuis un quart de siècle. Si pour les media financiarisés
le réel est //toujours plus //reporté à une date ultérieure, - selon la géniale formule de Philippe Muray de juin 2002 lors du sociodrame grotesque de manifestations contre le suffrage populaire, Le Figaro)-, n'est-ce pas toujours le processus réel qui l'emporte sur le temps long ? L'œil du cyclope sera -t-il percé par la métis populaire et le bras ouvrier d'Odysseus ? C'est de nouveau
l'usine (désormais directement branchée sur la
mondialisation et sa crise et donc radicalement désenclavée et précarisée). Mais pas l'usine fétichisée du marxisme. C'est comme condensation d'un milieu territoire et dans son tissu social, qu'elle engendre de fragiles mais robustes sujets-forces sociales qui semblent susciter dans une vaste opinion populaire commune et majoritaire du
peuple sociétal
plus de sympathique approbation que de rejet. Ne font-ils pas rejouer ce millénaire de révoltes cycliques (Jean Nicolas,
La rébellion française, Seuil 2002) qui constituent un des axes identitaires de ce que les partis de gouvernement les
classes parlantes et l'appareil
européen se sont tant ingéniés à vouloir désymboliser depuis 1984, La France.
Jacky Réault Lestamp Association
Habiter-PIPS EA 4028 UPJV,
5 décembre 2008 Amiens,
extrait de Retour réflexif sur les itinéraires de recherche) revu 13 mars 2009 14
aout
2009
Notes de Résumé des thèses avancées dans
Que faire de la
classe du Lersco
et
Les
ouvriers de la
classe au
peuple.
(1)Le stupéfiant et anachronique retour de ce vocable de "condition ouvrière" chez ce qu'il est difficile de ne pas désigner comme les nouvelles dames patronnesses de la sociologie
disciplinaire d'un "haut"
se penchant pour voir un
"bas" et un "fragile"(,
O. Schwartz, A. Collowald), l'invention non moins méprisante par
S Beaud, dans Le Monde) d'une "classe paria," d'une grossière ambivalence sont-ils rien d'autre qu'une tentative politique et idéologique de ligotage historique, en
détail des
ouvriers anachroniquement globalisés, en gros d'un
peuple, refoulé et disqualifié depuis vingt cinq ans par les dites "élites" désolidarisées, sociologues compris, pour ne plus pouvoir se couler dans les catégories recuites de la sociologie d'Etat des années 50, revues par les dispositifs différentialistes (E. Todd, P. A . Taguieff )de la 2° gauche des années 80, enseignée comme un catéchisme immuable et désamorcé, et in fine -puni de ne pas disparaître Pour se faire la décomposition de la deuxième gauche a engendré l'œuvre antipeupliste, hélas diffusé à partir du Collège de France, de Pierre Rosanvallon, la décomposition du marxisme stalinien a engendré cette anti-anthropologie d'apartheid, le regard d'un haut sur un bas (note 2) Les media et sondeurs plus sobres se contentent en général de leurs brutales CSP+ (plus) versus CSP- (moins) mais peuvent aussi basculer dans le regard misérabiliste méprisant et discriminant adjugeant une ainsi nommée
classe modeste retrouvant le vieux fantasme bourgeois du pauvre soumis. La dite Science politique enfin, domestiquée depuis si longtemps, disqualifie les mal votants ou non votants d'un, à leurs yeux, survivant, suffrage universel, pour désymboliser un
peuple décrété "analphabète" pour refuser sa dissolution dans le maelström euro-mondialisateur.en protestant par l'abstention ou le vote tribunicien contre le déni radical de leurs intérêts et de leur conscience nationale
( Sur ce point lire l'invention si pertinente de "la
classe culturelle" de l'Emmanuel Todd de
L'illusion économique Gallimard 1998, liant historiquement avec justesse conscience de
classe et conscience nationale, avec Marx et contre le marxisme. C'était certes avant qu'il ne fasse un pas de clerc un peu confus en prônant un très illusoire "protectionnisme européen" et surtout en désymbolisant radicalement et à juste titre
La Gauche tout en rêvant plus loin son existence miraculeuse y compris pour exonérer les
bobos des centres villes, aliénés à toutes les modes mondialistes dans les
mœurs et le novlang, et noyau idéologique du mépris actif antipeupliste dans
son Après la démocratie, Gallimard 2008) où il continue cependant toujours, rare exception, de continuer à penser.
(2)y compris très précocement par M Verret ( Où va la culture ouvrière Sociologie du travail 1989 -I- et notamment l'étonnante préface, véritable symptôme d'anthropologie régressive, au si Bel ordinaire de Joëlle Deniot). Si nous lui devons pourtant la clarté de certains concepts analytiques avancés du temps des fondations de sa période nantaise au Lersco, dans son passage des périphéries de la "Basse Louise", (comme il fantasme, par un prodigieux lapsus, la Basse Loire dans son oraison funèbre à J. P. Molinari dans l'Humanité d'octobre 2004), au centre parisien, id est le "haut du haut," ne devint tout à la fois, hiérarchiste radical hanté par la seule verticalité imaginaire des "stratifications" sociales absolutisées, mondialiste, européiste.
Faute de "classe ouvrière" à diriger "de haut" vers une Union soviétique, (sa grande fascination biographique à ses propres dires à Bessin et A Madec 2005, (Paysages d'un sociologue de la culture ouvrière ), il inscrit ses actions et ses œuvres dans une triple défection : - à l'égard du premier Lersco et de ses travailleurs intellectuels associés dont nous fumes, - à l'égard de son primat philosophique matérialiste verbalement revendiqué du réel sur sa connaissance et désormais inversé, - à l'égard surtout des devenus les derniers de la
classe, les ouvrier réellement vivant, qui par leurs enfants reproduisent encore un tiers de la nation et face à la trahison de leurs anciens représentants, continuent de fortement peser sur une vie politique dont le spectacle est inversé par les tenants des scènes, en prenant le parti du retrait furieux (abstention, vote Front national cote CPNT, vote extrême gauche, vote non à l'Europe des oligarchies, d'où leur ancien sociologue biographique les disqualifie ou les relègue dans une imaginaire "condition", dans l'insulte suprême de la bien-pensance bobo cuisinée en l'occurrence par Nicole Notat, "la
classe raciste". , ou enfin dérive stalinienne s'il en est dans le refus théorique et pratique d'une vie privée ouvrière ou populaire. Cet interdit de la vie privée a été réitéré, toujours aussi méprisant en 2005( Busson-Madec Art. cit.) , vingt cinq ans après qu'il nous eut disqualifié et refusé un texte qui s'essayait à sociologiser cette hérésie marxiste, comme une positive conquête réussie d'accéder à la protection des formes de vie et modes d'habiter à l'égard de l'intrusion d'Etat comme du contrôle social de voisinage niveleur de comportements. ( J R Essais et Erreurs, La privatisation un acquis et une borne?. Lersco-CNRS Université de Nantes, 1978-1979), annoté par M. Verret. Nous n'en avons pas moins développé une problématique non rééducatrice de la privatisation (et de la
déprivatisation) dans un cours de longue durée sur la sociologie des formes de vie. Mais c'était tout un pan de la thèse qui devenait interdit alors qu'il dessinait la vaste perspective d'une déprolétarisation, concept finalement interdit lui aussi. Nous ne nous en sommes rendu compte que trop tard. Dès 1989, (Les formes de vie ouvrière...LERSCO Nantes),° nous synthétisons notre vision dans le concept de mobilisations privatives, d'égale dignité anthropologique et sociétale à nos yeux que les mobilisations collectives, quoique désormais principales et au moins autant qu'elles , libératrices.
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Sur ce terrible fantasme si violent d'une polarisation de l'humanité entre un haut et un bas on renvoie à l'exergue joyeuse et désabusée que Denis Duclos avait faite à son texte le plus radical et inventif et depuis bizarrement oublié, "Naissance de l'hyperbourgeoisie."
La vie n'a d'autre sens que l'allégresse du réel s'opposant au néant, nous dit le philosophe Clément Rosset. Mais nous autres, humains, supportons mal la joie spinozienne, et nous nous empressons de fabriquer un sens pour tous : tel celui du haut et du bas. L'histoire comme fiction semble être une lutte pour inventer un haut d'où l'on puisse surplomber les autres, comme s'ils étaient en bas; et, s'ils n'y croient pas, les y obliger. (Clément Rosset,
Le Réel et son double, Minuit, Paris, 1976)Cité par Denis Duclos,
Naissance de l’hyperbourgeoisie.
Le Monde diplomatique
Août 1998
Aquarelle
de Anne Réault,
irruption de l'âne aux
yeux rouges. |

Le retour d'un "bas"
dans la sociologie
savante. |
Références utilisées de Jacky Réault
Sur
la dernière configuration
politique scandaleusement
réelle, rigoureusement éclatée
entre ouvriers prolétariens
historique et et ouvriers
oikocentrés et patrimoniaux (prolétarisation
inachevée)::
-Nicolas
et Ségolène 2007 ou le mystère de la
Dame de Vix, in Joëlle
Deniot et Jacky Réault, avec
Léonard Delmaire Espaces, Temps
et Territoires, Cahiers du
Lestamp-Habiter-PIPS ea 4287 de
l'UPJV, Nantes, Lestamp-Edition.
2010.
-
Prolétarisation , Prolétarisation inachevée Prolétarisation achevée dans les mondes
ouvriers,
la première de nos deux communications au Colloque du LERSCO-CNRS
Crises et métamorphoses ouvrières- Université de Nantes LERSCO-CNRS dans l' Axe 6, 8-10 Octobre 1992. Non publiée faute de place, elle sera
disponible
sur le site www. sociologies lors de son ouverture prévue en juillet 2009, sous son titre de 1992
-
Ouvriers de l'Ouest -II-, Les
ouvriers de Saint-Nazaire ou la double vie, in
-
www.sociologie-cultures.com., un texte quasi doublé et actualisé en 2006 et 2009 de
Les
ouvriers nazairiens ou la double vie ; cette
édition originale plus restreinte in Ecomusée de Saint-Nazaire,
Saint-Nazaire et la construction navale. 1993 était depuis longtemps épuisée.
Elle persiste intégrale dans la version développée;
-Mondes
ouvriers et peuples horizontaux, (communication de 1992) in J Deniot, C Dutheil. Métamorphoses ouvrières. L'Harmattan 1995.
-Les Trente glorieuses de la CGT nazairienne,
in Annales de Bretagne et des pays de l'ouest, 1995-3, Tome 102,
La CGT en Bretagne, un centenaire, Dir. Claude Geslin, Presses Universitaires de Rennes,
- Formes de vie ouvrière et écosystèmes sociaux de reproduction populaire. Lersco-CNRS, Université de Nantes. 1989
-
Ouvriers de l'ouest,
in ATP CNRS,
L'Ouest bouge-t- il ? Son
changement social et culturel depuis 30 ans.
Nantes Vivant 1983
-
La prolétarisation inachevée, Approches sociographiques de la
classe ouvrière de l'aire d'emploi de Saint-Nazaire. Nantes LERSCO-CNRS Octobre 1977 (ouvrage épuisé réédition envisagée)
- Nantes l'excès -la ville. Texte d'accueil distribué (anonymement) aux congressistes du Colloque Les cultures populaires organisé à Nantes par la Société d'ethnologie française et le LERSCO CNRS en 1983, et publié par la Tribune de Loire-Atlantique. Sur la périphérisation rurbaine des
ouvriers de Nantes après leurs
flamboyants excès et sur le
bocage mental des sociétés de l'Ouest.
Les
ouvriers de la
classe au
peuple, Après l’émancipation, -
www.sociologie-cultures.com Octobre 2008-Février 2009
Autres ouvrages cités (en cours)
Dessin original
de Anne Réault,
copyright 2006 |
Les ouvriers de
la classe-masse
prolétarienne
puis productive
du stalinisme
au peuple
de personnes
pluriel et
souverain
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Les ouvriers de la classe
ouvrière au peuple
Avertissement d'édition : Outre
l'essai axiomatique en forme de
manifeste qui précède, on
trouvera deux articles dans ce
dossier.
Nous présentons dans ce dossier,
outre l'explicitation
axiomatique du prélude, deux
textes : d'abord (in fine)
l'édition (juin 2005*)
d'un important article posthume Ou
en est la classe ouvrière ? de
notre ancien collègue et membre
éminent de temps long de deux
des trois laboratoires dont nous
procédons à Nantes, introduit
par l'essai à la fois réactif
continu et généralisant qu'il
nous (jr) a inspiré depuis lors.
L'édition de l'article du 24
juin 2003 ne nous a paru
représenter une sorte d'hommage
véritablement vivant,
- rendu nécessaire par la
défection de l’institution
universitaire pétrifiée où il
avait œuvré trente deux ans
malgré plusieurs engagements
publics-, qu'accompagné d'une
réflexion neuve, réactive et
débatteuse à la hauteur de son
goût des pensées fortes et au
risque, que nous continuons de
considérer comme moteur de tout progrès du
savoir, du combat d'idées*. D'où
cette introduction critique Que
faire de la "classe"
du Lersco ?,
en référence l'ancien
laboratoire (1971-1995) dont il
procédait et qui s'était
précisément emblématisé par ce
concept. Ce texte nous l'avons
récemment étoffé à l'écoute des
métamorphoses radicalisées du
monde social par ce qui nous
semble être la grande crise
systémique du capitalisme
financier alias la
mondialisation version Guy Bois
ou la globalisation version
Emmanuel Todd. C'est ainsi que
ce qui fut sur le site de sa
première édition en juin 2005 (Pour
un lieu commun des sciences
sociales), une simple et
courte introduction au texte de
Jean-Paul Molinari, s'est
transformé par l'entrainement
intellectuel d'une interactivité
publique en un essai
transversal sur le devenir devenu problématique
des ouvriers qui ne constituent
plus une entité sociétale
puisqu'ils ont victorieusement
aboli, ce qui était une
condition discriminante, à côté
de la société et qui n'existent
concrètement en cette année 2009
que dans des collectifs ouvriers
rebelles, d'essence populaires dans
croyons nous l'acception
séculaire du terme dégagée par
Jean Nicolas et Roger Dupuy et
élaborée sociologiquement par
nous mêmes dans notre ouvrage de
1989 sur les écosystèmes
sociaux de reproduction
populaire, et notre article
sur les "peuples
horizontaux" publié dans
J Deniot Crise
et métamorphose ouvrière
(L(Harmattan 1995). Désormais,
comme tout le monde les ouvriers
participent de ce bricolage
entre perdurance et
métamorphoses au sein des sociétés
de la mondialisation et
plus modalement dans des milieux
populaireshétérogènes et
localisés qui constituent la
marqueterie française sur le
palimpseste des grandes
partages anthropologiques de la
France labourés depuis le 18°
siècle par l'histoire du
développement. Quant à la
validité heuristique du concept
de classe envisagée
de et dans la société d'où nous
parlons, la France, elle ne peut
s'adjuger qu'ici et maintenant
sous réserve de penser ensemble
les nouveaux procès structurants
(ou déstructurant) et la
fluidifié des formes engendrées
dans une conjoncture historique
ouverte. On s'arrêtera d'abord
un instant sur cette précision
qui dans le contexte de la
mondialisation des sociétés
sinon des savoirs hégémoniques
est tout sauf un détail. Les
rapports sociaux de la
mondialisation passent d'abord
par les situations géopolitiques
inscrivant les sociétés,
économies, civilisations, selon
la trilogie braudélienne trop
refoulée des Annales d'avant
leur banalisante sociologisation, dans
les centres, périphéries, centrages et décentrages de
l'économie-monde plutôt
que le système
monde plus
édulcoré d'une géographie cédant
souvent à l'évolutionnisme.
Point n'était besoin à un
historien s'inspirant de Fernand
Braudel, d'attendre l'article
célèbre qui marque la
publication annuelle de données
géopolitiques et économiques,
Ramsès, au seuil de l'année
2008, celle de la grande crise
systémique*, et que Le
Monde avait
annoncé comme le retour
des nations, pour savoir que
l'antinationisme (P
A Taguieff, E Todd) politique
et théorique déjà absurde
appliqué aux premières
économies-mondes d'extension
planétaires dès les 16° et 17°
siècles, s'avérait
gnoséologiquement d'une rare
sottise du temps de la
mondialisation précisément
broyeuse de peuple pour autant
que ceux-ci ne lui résistent
pas. Ce contradictoire,
processus politique de prédation
spécifique des nations
implique précisément de penser
les résistances relatives dans
les quelles elles profilent
précisément la possibilité,
cybernétiquement nécessaire
d'une
polarisation antisystémique
centrée ou polycentrée. On
laisse aux social
scientists mondialisés
de France, effectivement
mondialement uniques en leur
genre dans la dénégation de leur
appartenance nationale, leur
tabou de ce mot emblème d'un
sujet historique millénaire plus
résistant que leur soumission au
vent du centre,
pourtant déclinant. A parcourir
l'actualité sociale du premier
semestre de l'année 2009, la
rébellion française, selon la
belle expression de Jean
Nicolas, n'est pas près de
s'éteindre quoiqu'elle passe
aujourd'hui, comme depuis mille
ans par des révoltes modestes
localisées isolées et pourtant
inextinguibles et le plus
souvent victorieuses sur leurs
objectifs réalistes d'obtenir le
maximum d'argent des financiers
faillis qui en les licenciant
tendent à désindustrialiser la
France.
Le présupposé anthropologique
social et politique d’un peuple singulier,
Nous avons intitulé l'essai
complété et remanié en 2009 Les
ouvriers de la classe au peuple,
en référence à l'approche
trinitaire que nous proposons
ailleurs (peuple politique,
peuple social peuple sociétal.).Le
peuple national est on le verra
le présent absent de son texte
marqué par l'obligation
d'identité négative nationale
que la séparation de la gauche,
y compris intellectuelle, et du
peuple a induit. C'est pourtant
dans le fil radicalement
déterminé de la trilogie de
Michel Verret, l'Ouvrier français, que
JPM a produit cet article sur
une "classe ouvrière" mais dont
le titre a abandonné la
spécification nationale alors
que c'est bien des ouvriers en
France en 2003 dont il traite,
ouvriers particulièrement
attachés, à l'encontre de leurs
ex-représentants, à la
souveraineté nationale de la
France ; on reviendra sur ces
proximités et sur cet écart. Nommer la
France, l'Allemagne, etc. c'est
du point de vue des sciences
sociales que nous voulons rendre
de nouveau interférentes et
complémentaristes, et sous un
seul mot affirmer
trois spécifications. D'abord
celle de la langue commune,
celle la même où nous écrivons,
notre principal vecteur
d'expression et de diffusion et
pour qui ce signifiant relie une
multitude de chaînes dénotatives
et connotatives de sens et d'émotions
également constitutifs d'une
connaissance sociale qu'il est
absurde de vouloir absolument contre, et
non en interaction critique mais
respectueuse avec, le (s) sens
commun(s). C'est ensuite une
spécification générique, pour
en analyser les structurations
internes et externes (position
dans la mondialisation et dans
les rapports de
civilisations) de tous faits
sociaux quels qu'en soient les
contextes, on doit les traiter
et les situer dans la formation
sociale où,
combinés singulièrement, ils
font société et
cadrent l'espace du politique,
via l'État ,entre
représentation plus ou moins
pacifiée de forces
sociales et souveraineté. Le
genre société n'en
déplaise à A Touraine, a
toujours une robuste nécessité
anthropologique, version P.
Legendre), historique,
sociologique même, et plus
encore dans la crise de dé(?)
mondialisation - Juillet 2007-
2---- ?-. Enfin cette
spécification est singulière, ce
qui est un autre horizon des
sciences sociales refoulé par un
sociologisme refusant de penser
la singularité, les structures
de temps long les mémoires
transmises, l'histoire d'un
pays-dans-le-monde. La prise en
compte des totalités sociales
organiques singularisées,
virtuellement sujets d'histoire,
n'est-elle pas entre l'héritage
anthropologique et le meilleur
du Marx appliqué au concret
réel (celui
du 18 Brumaire par exemple)
l'exigence absolue de tout
discours de science sociale
affrontant l'empirie d'une population territorialisée.
Avec la France on considère donc
une société nationale au proche
bord de ce qui reste le centre
de l'économie-monde, quoique
dans une subordination mouvante,
avec les fortes sédimentations
internes et externes de son ex
empire colonial. Qu'elle soit
principalement structurée, - du
point de vue des forces
sociales (Nikos
Poulantzas) tendant à condenser
toutes les structures dans un
rapport au politique-, en plus
ou moins classes sociales à
la fois organiques et
subjectives, est affaire de
(problématique de) sociologie
contemporaine appliquée aux
moments de cycles mondiaux et à
la conjoncture historique. Cette
structuration et cette
éventuelle action
déclarée, quoique à
l'interférence de la conjonction
des modes de production et
d'échange sous l'hégémonie du
capital financier(rapports
sociaux de production (exploitation
?) et d'accumulation (prolétarisation)
avec les rapports sociaux de
mondialisation, centre et
périphéries, centrage et décentrage est
irréductible à la seule économie
même différenciée dans les trois
niveaux braudéliens, vie
matérielle affrontant
l'organicité de la nature, jeux
de l'échange (marchés), temps
du monde du
capital mondialisé. Encore
faut-il considérer aussi en
interne, les centrages et
périphérisation croisant
l'antique partition ville
-campagne revue et complexifiée
(le rurbain)
par la mondialisation.
On verra à ce dernier propos
-socio-spatial -, qu'une fois de
plus le sociologisme abstrait ou
même le marxisme recuit et
latent qu'imposait à JPM, sa
commande parisienne ont occulté
la diversité (Braudel
encore) des sociétalités et
aires civilisationnelles
internes à ce pays, alors qu'il
avait exprimé dans sa vie de
chercheurs son ancrage
biographique et intellectuel au
sein de ce que nous qualifions
de sociétés
de l'Ouest français, et
pratiqué, jusque dans sa thèse,
nombre de nos travaux personnels
au sein du Lersco puis du
Lestamp, précisément sur les
décalages historiques de l'accumulation
primitive continue du capital (Cl.
Meillassoux), imposant de
penser les unités ouvrières
concrètes (ménages familles
lignages), leurs combinaisons en
milieux populaires, et l'usine
dans sa concrétude à l'instar
des Batignolles de J. Deniot.
Sauf dans cette épure des
rapports sociaux d'avant la
grande séparation historique de
1983-4, nos travaux avaient bien
mis en évidence que plus qu’en
"classe" discrétisée et
autonomisable (et en dehors de
moments exceptionnels) c'était
dans les agrégats de degrés
et formes de prolétarisation et
au sein d'écosystèmes populaires
de reproduction, dans les
espaces temps singuliers de
milieux, que les ouvriers
développaient leur vie sociale
privée et même collective. La
recherche d'une intelligibilité
singulière (anthropo-historique)
d'emboitements d'unités
pertinentes réellement
(spatialement) quoique
relativement, découpées dans le
continuum social voire mondial
et dans le mouvement du temps
du monde, est
tout pour le moins désormais
plus requise que celle de
généralités latentes
(sociologiques ?) appliquée à
des structures de
classifications fixes que
requiert seule la paresse
sociologique instituée en
scholastique. C'est en quelque
sorte une science compréhensive
et objective d'universalité
concrète, toujours subordonnée à
l'espace temps de conjonctures
au sein d'une histoire, que nous
revendiquons dans ce site, lieu
commun des sciences sociales.
Qui a dit que parmi celles-ci
les sociologues étaient les plus
ignorants de leur propre société
? Et par définition puisque la
singularité subjectivable est
leur tabou ! Ce n'est pas
irrémédiable à condition qu'ils
sortent de constructions artificielles
abstraites closes ou pire dans
l'homogénéité mortifère du champ. Comment
donc parler des ouvriers en
France, lieu commun référent
bien vivant de notre échange
intellectuel avec JPM, comme
avec tout lecteur, et non
"objet" constructible de
sociologie disciplinée,
sans profiler par quelques
grands traits de
quoi donc dans
quoi, sans oublierd'où, on
parle. Avec la France il s'agit
encore en effet en juin 2003
comme en janvier 2009 à l'entrée
dans la crise des crises, de la
sixième ou septième puissance
économique du monde ( La Chine
vient seulement de passer
devant) support de groupes
industriels d'échelle mondiale
qui localisent encore, dans le
territoire français un tiers de
son salariat ; plus surement
encore c'est le seul État européen et
même européen, où le vouloir
vivre illustré
démographiquement et à forte
composante ouvrière- est porté
et exprimé à la fois par un taux
de fécondité viable . L'histoire
de ce pays - pour faire vite en
concrétisant l'essentiel : Ancien
Régime, Révolution, Mouvement
ouvrier, civilisation
républicaine, revival
résistant et gaullien,
soumission euromondialiste des
"partis de gouvernement"-, que
ses élites de scène tendent à
confiner dans l'identité
négative, reste
contradictoirement référentielle
pour l'immense majorité de son
peuple, ouvriers compris et qui
le font savoir politiquement, et
référentiel, pas seulement par
la francophonie, pour des
multitudes parfois antipodiques
entre l'Europe de l'est et
l'Amérique latine. Ce pays et ce
peuple furent considérés comme
le plus politisés
(selon Marx qui conjuguait
dans ce jugement, révolution (donc
souveraineté du peuple) et mouvement
ouvrier), jusqu'à ce que son
intelligentsia, ex marxiste et
désormais solidaire des media
mondialisés, ridiculise, selon
elle, ce propos. Cela se passait
d'ailleurs, - et ce n'est
certainement pour ce dont il est
question ici, ni un hasard ni un
détail -, dans le temps où elle
inversait (1984, Vive
la crise )
son regard sur les mondes
ouvriers passant pour elle, du
statut sociétalement unifié de classe mythique
de la révolution
fétichisée, à une inexistence
d'agrégats nostalgiques amers
pensant et votant mal et
trahissant, s'il fallait résumer
leur naïf propos, le primat de
leurs constructions
"objectives" à
vrai dire plus scholastiques
que sociologiques
sur leur réalité historique
incarnée de personnes vivante,
de familles bien liées, de
territoires vécus. La classe
ouvrière,
cette forme historique disparue,
n'est un non-être contemporain
que pour les idéologues (souvent
des sociologues), pas pour les
ouvriers contemporains dont
l'être social et les
possibilités de faire force
sociales s'est redistribue
ailleurs dans des les ensembles
populaires d'une société
(singulière) de la
mondialisation.
Bref le fil du propos et des
interactions critiques avec le
texte de JPM, imposa
corollairement de se situer
aussi sur les grands concepts
unifiant dont les ouvriers
avaient été, selon la conception
théorique que l'on se donne, les
auteurs, les supports ou
l'illustration : classe
ouvrière et
en deçà, problématique de classes
sociales et
description, ici et
maintenant de classes supposées existantes.
Une telle réflexion en chaîne se
confrontait nécessairement,
outre au texte si surdéterminé
de JPM, avec qui l'échange est
ici principal, à ses références
bibliographiques devenues dans
leur exposition, œcuméniques et
consensuelles, (signe évident
chez lui de lassitude
biographique et/ou d'impératifs
politiques), à l'égard des
sociologies majoritairement
dépréciatives et ethnocentrées (classes
parlantes grand-urbaines)
qui se sont avancées dans la discipline,
comme spécialistes
contemporaines des ouvriers,
après le tournant historique de
1983-1984, à l'exception de
l'ultime œuvre Le
décor ouvrier de
Joëlle Deniot, la seule
contribution authentique à la
connaissance de la privatisation
ouvrière comme conquête
civilisationnelle. Ces
sociologies à prétention off,
apparent progrès sur l'illusion
de la co-immanence dans les
sociologies précédentes "engagées", rompaient
en fait surtout le pacte
solidaire qui liait modalement,
du temps de l'ethnologie
même d’avant la décolonisation, l'intrus "observateur"
et ce qui était toujours d'une
certaine façon métonymique ou
réelle, le "peuple" observé. Un
des intérêts de l'article de JPM
est de se situer comme dans un
lieu géométrique exposé entre
d’anciens et de nouveaux regards
dans un certain écartèlement
donc, sinon, comme nous l’a
involontairement suggéré un de
ces regards le plus violent,
d'une situation undercontrol.
Si pour aller plus loin on
considère en épistémologue qu'il
existe un référent réel plus ou
moins également inversé
et occulté par
l'idéologie de chacun de ces
regards sociologiques, et
pourtant éventuellement éprouvé
dans l'expérience, notamment
dans la sienne, la position de
l'auteur étudié ressortit,
quant à l'analyse, de la
triangulation douloureuse du tripalium, cet
engin de torture entre trois
pieux à l'origine du mot
travail. JPM ne doit-il pas
écrire sous le contrôle des
trois puissances instituées de
la sociologie ouvrière vue par
des bourgeois radicalement
antipopulaires ( Michel Verret,
Stéphane Beaud, Olivier
Schwartz) sous l'égide du plus
stalinien d'entre eux
définitivement immobilisé dans
ce que l'on peut qualifier
d'exacerbation de son contre-transfert.
On va donc considérer dans tous
les sens du terme ce travail,
tourment(s), et dépense de force
humaine dans la transformation
productive de conditions
déjà données. En réalité
comme toujours en sociologie, il
s'agit d'un bricolage dans une
certaine langue -plus ou moins de
bois plus
ou moins de
vie-, d’un patchwork cousu
main -de "faits" en l'occurrence
la combinaison de noms (ouvriers
PCS,) et de nombres chiffrés,
qui plus est modalement liés par
l'État ou des appareils
politiques, - et de textes déjà
existants eux mêmes tissus
cousus mains etc. Mais ce propos
de rappel à une modestie
relativement relativiste ne
va-t-il être exécuté par les
locuteurs labellisés de la novlang disciplinaire,
faciles à confondre parfois avec
le comique troupier, d'écrits
sociologiques d'avant la
professionnalisation ? (J
R janvier 2009)
* L'article
de J P Molinari publié sur ce
site en juin 2005, a en
septembre 2005 été également
intégré à un livre de Emmanuelle
Dutertre, Jean-Bernard Ouedrago,
François-Xavier Trivière, Exercices
sociologiques autour de Roger
Cornu. L'Harmattan septembre
2005. Roger Cornu
fut une dizaine d'années membre
du Lersco. Il figure dans ce
livre sans autre commentaire.
Sous réserve d'inventaire
exhaustif c'est le même que
celui que nous avions déjà
édité. Roger Cornu a également
été un critique radical de la
"sociologie de la classe ouvrière"
bureaucratique et un polémiste
caustique contre son initiateur.
** Ramsès
2008 ifri, Thierry de Montbrial,
Philippe Moreau Defarges.
***Le
Lestamp avait en son temps
honoré le départ en retraite de
Jean-Paul Molinari par la
publication d'un recueil de
mélanges,Libre prétexte. Nantes
Lestamp décembre 2001,
disponible aux adresses mails de
ce site. 20
De, Que faire de la
classe ouvrière du Lersco ? (Liminaire (Mai 2005) à l’édition posthume de J P Molinari, Où en est la
classe ouvrière. Nantes Lestamp Juin 2003…)
à,
Les
ouvriers de la
classe au
peuple, l’après de l'émancipation, par
Jacky Réault - Octobre 2008 Mars 2009
Des mots pour le dire
Non dans l'éther
d'une théorie
abstraite mais
des mots datés.
De la classe ouvrière aux ouvriers en milieux populaires : genèses des idées, histoires de chercheurs et de laboratoires dans histoire de la France et du monde.
Où en est la
classe ouvrière ? Ce fort texte, livré ci-dessous, in extenso, après cet essai, fut donné par Jean-Paul Molinari, en deux moments, au Lestamp par la dédicace nominale de tapuscrits à plusieurs de ses membres. C'est sa dernière version qui est ici présentée et qu'il avait remise personnellement aux participants du dernier séminaire du Lestamp auquel il participa le 28 juin 2003, chez Georges Prampart à Racapé au sud de Nantes, trois mois avant sa disparition. Ultime œuvre majeure ce copieux article ou plutôt ce véritable essai, s’inscrit radicalement dans une filiation manifeste et remarquablement insistante de la part d'un universitaire plus que chevronné, et même institutionnellement retraité, à l'égard de Michel Verret qui fut l'inventeur et longtemps le propagandiste, d'une Sociologie de la Classe Ouvrière dont le Lersco (1971-1994), son Laboratoire d'Etudes et de Recherches Sociologiques, aurait dû à ses yeux être d'une certaine façon pendant plus de vingt ans comme la grande fabrique. Il le fut largement, mais son développement effectif s'avéra cependant plus sectorisée et l'axe ouvrier lui même dut lui-même s''intégrer dès les années 80, et à notre initiative, dans un sous-ensemble intitulé milieux populaires localisés, où l'histoire, la géographie, l'ethnologie côtoyaient les approches sociologiques, selon une charte qui mettait déjà en œuvre sans l'exprimer explicitement, la pensée manifeste que le nouveau Lestamp alternatif diffusa très radicalement dès notre introduction-manifeste lors du Colloque Les sociétés de la mondialisation :." Pour un lieu commun des sciences sociales"(3 décembre 2004 Nantes). C'est du Lersco en mutation accompagnant la (relative) mondialisation du monde, que procéda d'abord le premier Lestamp- ea Université de Nantes, en 1995 intégrant le mot commun et scientifiquement transversal de milieu(x).Il avait déjà avancé, on l'a dit, par nous au sein du Lersco, et précisément dans le fil d'une certaine usure théorique et de la scission intellectuelle relative déjà pré dessinée donc, de son axe principal - entre post-classe-ouvriéristes et tenants d'un élargissement aux milieux populaires concrets dans leur hétérogénéité sociale, leurs cultures territorialisées en écosystèmes de reproduction populaire (JR 1989) et donc leurs espaces-temps. Dire d'entrée ici pour la clarté des choses que J. P. Molinari, quoique ayant intégré dans sa thèse L'adhésion ouvrière au communisme, des spatialisations régionales partiellement traitées dans l'esprit de ces milieux historiques que nous avions introduit dès 1977 (La prolétarisation inachevée, les salariés de l'aire d'emploi de Saint-Nazaire, Lersco-CNRS), était le défenseur verbalement radical du primat théorique d'un concept et d'un existant "classe ouvrière" et que nous (jr) étions porteurs, par formation, historien et géographe, et par réflexion de temps long, de cette science sociale transdisciplinaire dont les totalités concrètes expérimentées dans des espaces réels résistants, modéraient l'idéologisation possible puisque qu'irréductibles à tout sens de l'histoire, nouveau fatum toujours mort et toujours exhumé par une oligarchie d'intellectuels adossée à des néo-partis et des post-Etats. Cette complexification entre classes et milieux n'impliqua pas d'entrée d'entériner si tôt et si radicalement que lui, « la péremption du concept de classe ouvrière » avancée dès les années 80 par d'Alain Bertho étudiant la transformation de la banlieue rouge en banlieue. Si a posteriori et de par l'analyse historique nous datons désormais le basculement aux années 1983-1984 c'est subjectivement (pour nous comme personne et pour la majorité de la société) l'effondrement moral de la Gauche qui submerge tout en 1993, et comme un coup de pied au fond de la piscine mouvement social d'un type nouveau, à la fois populaire et national selon l'analyse devenue classique d'Emmanuel Todd, de l'automne 1995 qui profila déjà la nouvelle grille d'analyse politique et sociétale du monde ; c’est dans cette période que s'élabore un corpus conceptuel d’ajustement problématique très libres auxquels participèrent activement, en dehors de J Réault, Claude Leneveu et Joëlle Deniot et qu'eut lieu la gestation théorique. D'abord fragmentairement et sans unité dans le Lestamp EA de l’Université de Nantes, encore plombé par l'immobilisme des regards anciens (marxisme et féminisme d'Etat), puis très librement et systématiquement à partir de 2004 dans le libre Lestamp-Association, société savante alternative, notamment éditrice du site
Pour un Lieu commun des sciences sociales.
1983-1984,
l1992, la scansion politique et intellectuelle, 1993, la scansion globale : l’autre année terrible
L'orwellienne
année 1984,
suite en France
et achèvement de
la grande
rupture des
partis désormais
ex ouvriers
Parti communiste
Parti
socialiste,
abandonnant par
leur
asservissement
au mark allemand
malthusien, la
souveraineté de
l'Etat national
français sujet
historique
présupposé
(Marx, Todd) de
la
classe ouvrière
historique en
France dans
l'entité
institutionnelle
conquise de la
société
salariale,
constitue la
première césure.
Tendanciellement
il n'y a plus de
sujet historique
face à la
mondialisation
inaugurée par la
réaction
thatchérienne et
reaganienne à la
fin de cycle de
1974. La même
année
Joëlle Deniot
publie ce qui
restera la seule
monographie
d'usine
ethno-sociologique,
où la fin de
cycle du
volontarisme
communiste a
fait perdurer
jusqu'au
désespoir une
culture ouvrière
prolétarienne
cependant
accrochée aux
métiers,
La
coopération
ouvrière à
l'usine des
Batignolles
et Jacky Réault
Ouvriers de
l'ouest
où la mise en
espace des
formes de vie et
de mobilisation
ouvrières révèle
l'irréductible
polarisation
entre les
ouvriers de
première
révolution
industrielle
(essentiellement
de l'est de
Saint-Malo-Genève
et dans quelques
îles urbaines à
l'ouest,
prolétariens
étatistes
baignant dans
leur culture
singulière
dépecée par la
désindustrialisation
prédatrice et
les
prolétaires
inachevés
engendrés par
les Trente
Glorieuses sur
les sociétés de
la
dépaysannisation
tardive. Ce
partage plus
large que les
univers
strictement
usiniers
constitue de par
la reproduction
élargie de ses
effets dans les
conjonctures
successives de
la
mondialisation
et de la
désouverainisation,
constitue la
différenciation
principale des
milieux
populaires
spatialisés ou
s'inscrivent les
formes de vie
des peuples
travailleurs
dans la
substitution
d'un Etat social
à celui de
société
salariale. En
2007 ( J Réault
2007, 2010) il
dessine la
principale ligne
de partage
politique de
l'élection de
toutes les
réminiscences.
La fin de
l'Union
soviétique
(1989-1991) mais
surtout sa
désymbolisation
anticipée dès
les années 70
par l'invention
d'emblée
mondialisée de
société du
Goulag,
poursuit son
cours
parallèlement.
Il a sa logique
propre, son
interférence
contribue au
défaitisme des
derniers carrés
communistes
historiques des
ouvriers
prolétariens
politisés, mais
il n'est pas
central sauf à
penser, ce qui
n'est pas
totalement dénué
d'heuristique
que c'est
l'obsolescence
réelle du mythe
communiste et
soviétique qui a
permis la
transformation
du procès
capitaliste de
mondialisation
en politiques
subjectivées et
la réémergence
d'un lieu
central de la
mise au pas des
sociétés et des
travailleurs.
Le thème
schizoïde d'un
retour des
classes en
serait
totalement
ridiculisée si
les sociologues
qui l'évoquent
avaient gardé la
moindre
sensibilité
historique.
S'il faut, après
l'obsolescence
des sociétés
nationales de
classes,
désigner un
concept
englobant pour
donner l'optimum
d'intelligibilité
relative aux
nébuleuses
sociales (Réault
1984) qui
dans une
conjoncture
donnée peuvent
certes devenir
ponctuellement
forces
sociales
(Poulantzas) au
sein d'ensembles
spatialisés
lâches d'attributs
populaires
larges,
interférences
des trois
acceptions du
peuple,
plus
communs
que clivés, on
ne peut
qu'avancer qu'il
s'agit de
positions
(très
surdéterminées)
de
prolétarisation
dans les
processus
d'accumulation
du capital des
sociétés de la
mondialisation.
(J Réault 2004).
La forme de vie
en est plus que
la position dans
les rapports de
production
l'unité réelle,
cette aporie
réelle de l'individuus
divisible.
Elle est dans
des rapports
variés aux
lignages aux
voisinages et à
l'Etat, la base
principale non
seulement
d'attributs
passifs comme
l'étaient ceux
de la propriété
dans la
problématique de
classes, et
d'abord ceux des
possessions et
des liens
d'entretien
mutuel, mais des
mobilisations
privatives
interférant dans
la primatie de
leurs
perspectives,
avec les
mobilisations
collectives
qui perdurent
erratiquement
sans sujet
central, et les
mobilisations
nationales
sauvagement
désymbolisées
par l'invention
oligarchique du
populisme.
Avec ces
dernières, dont
la
contr'offensive
serait la seule
possibilité
d'une résurgence
des cultures de
classe, - Que
réserve la crise
planétaire du
capitalisme
mondialisateur
qui a fait
irruption à
partir du centre
américain en
2007 ?
La scansion intermédiaire la
plus spectaculaire de cette
mutation, dans la réalité
sociétale et politique avant de
l'être dans note conscience
sociologique exprimant dans
l'immédiateté contemporaine
l'obsolescence morale achevée de
la classe ouvrière avait été l'année terrible de 1993, économiquement la pire du 20° siècle, la manifestation la plus radicale du style social de la mondialisation dans les sociétés centrales au moins jusqu'en 2009 à partir de la quelle tous les records de l'histoire universelle seront d'évidence battus. Profitant de la dépression consécutive à la première Guerre du golfe, hystérisée en Europe par le déflationisme vieux rentier d'une Allemagne oliganthropique, scellé dans le Traité de Maastricht, les dirigeants des groupes financiers mondialisés demandent à leurs cadres encore nationaux de s'éprouver dans - en globish dans le texte comme il faut désormais dire, '- le downsizing (exercice de réduction drastique des effectifs, droit d'entrée des cadres dirigeants dans l'oligarchie des managers d'échelle mondialisée selon Denis Duclos) et -le reengeenering (exercice de dislocation de la division du travail devenant "organisation", pour briser les coopérations salariales et surtout ouvrières (Joëlle Deniot 1983, Anthropos) et les groupements traditionnels des travailleurs). Les collectifs usiniers réduits et démoralisés par dix ans de fermetures d'usines et d'écrémage par les préretraites socialistes de leurs militants chevronnés, désormais sans représentation politique fiable (- le PCF ne s'adresse plus à la classe ouvrière, ni même aux ouvriers mais "aux gens", le PS a tout livré à l'Europe multiplicatrice de mondialisation)-, furent traités souvent sauvagement par des licenciements aussi massifs que cyniquement ignorés par un pouvoir socialiste partagé entre un irréversible effondrement intellectuel et moral de parti de gouvernement euromondialisé et l'abandon de la souveraineté monétaire et économique par l'intégration européenne du mark déflationniste et de la croissance interdite, principales clauses du Traité de Maastricht. Cette fois ci la crise se résolut par l'innovation historique radicale (à ce degré là) d'une révolte politique exprimée dans de massifs votes à droite et à la dite extrême droite du Front National, suivi du symbolique suicide le 1° mai de Pierre Bérégovoy, et non dans une ultime flambée de définitivement feus les partis ouvriers. Dès 1992, le vote Non au referendum de Maastricht, essentiellement ouvrier paysan et sudiste (sur l'aire électorale séculaire, désormais partagée avec le Front National le CPNT, de la gauche historique abolie, sur la petite propriété paysanne libre et liée à la dynamique des villes depuis l'empire romain), qui avait failli l'emporter à quelques milliers de voix près, avait marqué les nouvelles frontières de la résistance à la contradiction principale des nouveaux rapports sociaux mondialisés. Toute analyse politique et sociétale qui n'intégrait pas ce nouveau front s'avérerait définitivement un leurre. Des leurres, il en vint beaucoup, de l'imbécile "fin" du travail, par celle du salariat, en passant par l'économie immatérielle et le village mondial des fantasmatiques et réelles à la fois TIC. Certes une révolution schumpétérienne dans la technologie et dans le contrôle social des multitudes, mais rien qui dessine l'ombre d'un dépassement par des rapports sociaux "supérieurs".
1992, du point de vue de l'histoire des collectifs de chercheurs engagés sur les grandes mutations des mondes
ouvriers et populaires, c 'est l'année même du dernier grand colloque international du Lersco que nous avions conçu et co-organisé J Réault, JP Molinari Joëlle Deniot, Roger Cornu. L'intitulé, Crises et métamorphoses ouvrières (Université de Nantes-Lersco, édité à l'Harmattan à l'initiative de J Deniot assistée par C Dutheil). en avait été plutôt lucide quoique ayant reculé devant le constat plus radicalisé de la fin d'une identité collective et d'un mythe, les deux faces de tout grand sujet de l'histoire, un concept historiciste peut-être, aux yeux d'une critique marxiste mais devenu dans la chosification générale du monde par la mondialisation, la mercantilisation et... le sociologisme, un concept réactif d'une grande urgence anthropologique autant qu'intellectuelle. Une autre fin suivit de peu, celle du Lersco lui-même. Certes son concept était mort, et probablement mort-né mais ses dizaines de membres constituaient encore une force inventive vigoureuse. Ce ne fut pas mort naturelle mais mobilisation active ou passive de ses anciens directeurs désormais alliés entre eux et avec ce qui se manifestait désormais, à l'Université et au CNRS dans tous les domaines (pouvoir argent postes, recherchés exclusivement) comme le clan bourdivin. Cette alliance se manifesta à Nantes à l'égard du Lersco et s'obstina contre ses héritiers fondant le Lestamp EA de l'Université de Nantes jusqu'en 2004, comme un vulgaire et brutal dépeçage accompagné de multiples spoliations et se couronna dans le bouquet final d'un blâme universitaire à sa directrice qui avait osé rompre la loi du silence habituelle sur ce genre d'agissements. Michel Verret voulait garder un monopole personnel du propos sur les ouvriers dans les sciences sociales et lui qui n'avait de sa vie mené la moindre enquête personnellement fit tout pour que la nouvelle directrice auteur de la seule grande enquête usinière devenue thèse, et d'une thèse d'Etat également ouvrière, perde tout pouvoir et moyens sur l'héritage sociologique nantais qui amorça une longe décadence et une inextinguible guerre civile. Exit le Laboratoire d'Etudes et de Recherches Sociologiques sur la Classe Ouvrière.
De la fin du Lersco était malgré tout surgi ce Lestamp (1995-2004) autour de cette nouvelle directrice, Joëlle Deniot, dont l'œuvre fournissait le lien manifeste entre les cultures de recherche qui s'étaient succédées sans d'ailleurs s'abolir, de l'usine à la chanson française en passant par le décor ouvrier ; sa modalité propre de lieu commun des sciences sociales agrégeait à la sociologie, l'anthropologie, la philosophie, l'histoire et l'expérience de l'art. Sans expliciter d'entrée quelque rupture radicale (d'ailleurs contradictoire avec la complexité historique et inégale des métamorphoses sociales et notamment ouvrières), cette fondation intégrait, sur fond désormais explicitement perçu de mondialisation (J Deniot, JC Leneveu J Réault), le programme possible d'une ré interrogation historique et anthropologique du concept de
classe et d'abord de ce collectif sociétal et politique inséparablement réel et mythique, indigène et accaparé par des appareils de pouvoir et/ou de savoir, encore dit dans les Universités sinon dans la société, classe ouvrière. Sa centralité très obsessionnelle chez le fondateur du Lersco, était certes définitivement abolie pour la majorité des membres du nouveau laboratoire (mais certes non pour JP Molinari, fidèle expression de M Verret), comme pour la majorité des observateurs mais elle continua de se reproduire dans la société par le simple effet de volant de la répétition scolaire figé en scholastique par l'institutionnalisation d'un agrégat de commodité dit Sciences Economiques et Sociales, originairement confiné dans l'enseignement secondaire mais qui par une de ces inversions historiques dont la période est féconde en vint à devenir une force sociale pesant sur la recherche universitaire elle-même. Pour le Lestamp, il s'agissait désormais d'explorer dans un cadre théorique ouvert d'une sociologie pensée comme ensemble des connaissances que l'on puisse complémentairement collecter sur les sociétés dans leurs espace-temps (et non comme la discipline homogène avide de systèmes théoriques achevés et se réfugiant dans le vide méthodologiste radicalisant sa clôture exclusive), des univers redéfinis en concepts plus souples et plus pérennes à la fois, fortement dénotés en extension comme en compréhension dans le sigle identifiant des Transformations et Acculturations des Milieux Populaires (J Réault), même si l'institutionnalisation autoritaire des carrières obligeant, le nouveau laboratoire était toujours affiché Sociologique. L'éternisation de formes telle qu'une classe ouvrière, sous prétexte de maintien bien réel de rapports de production capitalistes, laissait la place à une dynamique des métamorphoses centrée sur les acculturations tandis que le concept de milieu, marginal dans le Lersco devenait le marqueur d'une ambition à moyenne portée, - quoique essentiel garde-fou contre une nouvelle idéologisation, sans qu'ait pu être réglée radicalement ni la question de la perdurance de classes, ni l'explicitation et donc la réélaboration théorique si nécessaire du populaire dont la polysémie, prétexte à son abolition, impliquait un travail théorique neuf adapté à ce moment de radicalisation du rapport de la mondialisation avec les sociétés, les peuples, les cultures, et jusqu'à la conception de la personne. Malgré la pertinence de son travail de re problématisation, la valeur et l'expérience d'un noyau de chercheurs de maturité autour de J Deniot, le Lestamp resta un agrégat relativement indéfini, tiraillé entre les ambitions parisiennes d'un normalien qui s'empressa de déserte, la clôture problématique d'un groupe féministe, et le double jeu du relai de l'ancien directeur du LERSCO qui avait dès 1999 décidé sa disparition et qui en 2003 frappa le grand coup de la mise au mur de la directrice du Lestamp, puisque la qualité du travail fait dans le premier quadriennat avait induit malgré
lui une évaluation favorable au renouvellement. Olivier Schwartz réintégra les cercles
parisiens du pouvoir disciplinaire en ayant abusivement monopolisé la notion devenue sous son regard paternaliste, d'ailleurs très indirect, de vie privée ouvrière qu'avait pourtant révélée à la fois savamment et de l 'intérieur, et sans aucune idéologisation l'ethnographie de Joëlle Deniot que Michel Verret contraignit à publier sous le vocable, réducteur de Décor. Cependant si Olivier Schwartz resta l'homme d'une seule œuvre (Le monde privé des ouvriers), entre ethnographie indirecte et condescendance directe de plus en plus misérabiliste en convergence avec M Verret et S Beaud, Joëlle Deniot entamait une troisième
œuvre sur la chanson populaire, via la chanson réaliste dont l'emblème lui fut substitué et maints contenus pillés par une comparse qui prit à Grenoble grâce à ce haut fait, le nom et les fonctions universitaires d'Alain Pessin, le théoricien éternisé d'un opportun "mythe du peuple". J Deniot sut une nouvelle fois conjurer ce complot et élaborant dans le Lestamp alternatif, et à partir d'une ethnographie compréhensive et transdisciplinaire du populaire, une nouvelle anthropologie de l'art sans et même contre la besogneuse et stérile sociologie de l'art, modalité universitaire de la mort (au sens d'assassinat) de l'art;
La conscience de cette ligne
claire et de ce programme ne put
vraiment s'exprimer que huit ans
plus tard dans la fondation dès
juillet 2004, d'un laboratoire
alternatif, le Lestamp association, après la liquidation plus violente encore de l'EA Université de Nantes et la fuite éperdue et bienvenue de qui n'imaginait pas de penser exister agir sans tutelle institutionnelle, politique ou sectaire. Sans argent sans pouvoir institutionnel, dans des situations d'interdit professionnel à diriger des thèses dans le fil de l'ultime décret Lang sur les Masters radicalisé par un usage très Ouest profond de la décentralisation, le Lestamp association épuré de ses poids morts et libéré de toute dépendance devint avec l'alliance intellectuelle de Jacky Réault et de Joëlle Deniot, que rejoignirent Pierre Cam, et de plus loin Bruno Lefebvre, le champ libre et fécond d'une nouvelle donne théorique (et le support de deux mastères quoique institutionnellement et par complot tout fut fait pour saboter). Cette culture de laboratoire était à fois héritière de la partie restée vive de l'histoire antérieure depuis l'origine (les totalités concrètes d'espaces-temps populaires, replacées dans l'emboitement mondial - y compris national- des contextes, et de la féconde activité de J Deniot, convergeant dans le refus corollaire des découpages spécialisés de la sociologie disciplinaire), Une anthropologie historique plurielle des milieux populaires) fut totalement ré élaborée à l'expérience de la Nouvelle époque. La mondialisation envisagée comme broyeuse de sociétés et de classes et comme machine folle dé dédifférenciation des cultures nations et civilisations voire des sexes et des âges et qu'il faut bien enfin nommer désormais (nous l'avions déjà mise avec la conclusion de J Réault, Ouvriers de l'Ouest, au centre de nos analyses des transformations ouvrières dès 1983) ne se trouve jusqu'à l'acmé épouvantable du 11 septembre 2001 que des adversaire radicalement inaptes à devenir une force antisystémique alternative malgré la base populaire dans la première périphérie de l'islamisme radical (Burgat) et la résistance active mais occultée (par le vote frontiste et l'abstention), des peuples centraux. Certes, des composantes possibles d'un nouveau mouvement social et politique assez consciemment orienté autour de cette contradiction principale (la mondialisation et non le seul rapport salarial), avait surgi, en France même, mais en ordre dispersé et sans convergence possible, de la révolte rurale emblématisée dès 1984 par le mouvement chasseur (étudié sous cet angle dans la communication de J Réault en 2002 au Lestamp), de la quasi victoire, en France dès 1992, du Non à l'Europe passeur de la mondialisation, de la révolte du peuple encore stabilisé de l'automne 1995, mais il fallut attendre les années 2000 pour qu'un lien entre des expressions politiques pertinentes (2002, 2005) et différentes modalités d'expression du populaire et d'un peuple, devint manifeste sans cependant pouvoir stabiliser politiquement des victoires telles le Non au dépeçage des nations européennes en avril 2005. C'est dans ce contexte, ainsi rapidement brossé, que les travaux des chercheurs du Lestamp-Association durent situer leurs travaux en investissant leur expérience des mobilisations populaires plus sur la culture les formes de vie et les défensives de l'emploi salarié, que sur un sujet collectif éclaté après l'évanouissement historique, et nous le disons désormais clairement, finalement heureux, de la classe ouvrière. Privés d'appareils de représentation dans l'Etat et dans la mondialisation, les ouvriers n'avaient désormais que faire de leur mythe collectiviste étatique et rédempteur de l'humanité. Leur âge positif comme composante de toutes les modalités du peuple (politique social sociétal), s'était inauguré au moment même où leurs représentants les trahissait dans l'antipeuplisme et l'idéologie de l'identité nationale négative. Pour reprendre une de leurs plus inusables formules historiques antérieure, ils savent depuis longtemps qu'ils ne peuvent compter que sur eux mêmes pour s'émanciper dans la vie séparée, d'une civilisationnelle modernité, et dans la vie publique au sein de leurs immédiates ou plus distantes appartenances populaires. A l'exception des grands mouvements sociaux tels celui de 1995, et surtout de leurs votes conséquents mais éclatés, aucune expression politique unifiée n'a pu encore surgir de la nouvelle résistance, à l'exception de l'exceptionnelle victoire du Non au
referendum européen de 2005, et surtout abstraction faite de leur obstination électorale multiforme qui atteint en juin 2009 dans les 60 % d'abstention à la comédie de l'élection à un "parlement européen" où ne s'agitent depuis longtemps, avec des pouvoirs totalement délégués à l'oligarchie financière de la "commission", que les serviteurs de cette oligarchie.
Des forces antisystémiques semblent au niveau mondial surgir aujourd'hui avec les grandes nations-quasi-civilisations dans la crise systémique mondiale manifeste dès l'été 2008. Mais, contrairement à la situation issue des grandes révolutions du 18° au 20° siècle, aucune des puissances qui ainsi surgissent ne peut se présenter, jusqu'à présent, avec un discours universalisable apte à fédérer les multitudes de dépossédés qui vont surgir dans les différentes sociétés, de la crise qui court avec une sidérante rapidité, quelle que soit l'importance historique, toujours sans relai stabilisé des révoltes populaires, électorales et pacifiques, des Présidentielles françaises d'avril 2002 et surtout des non à l'Europe mondialisée de 2005 en Hollande et en France. Les observateurs les plus compromis dans la pensée unique inaugurée vers 1984, verrouillée apparemment en 1992 (Traité de Maastricht) mais déjà bousculée en France à l'automne 1995, ne peuvent cependant plus échapper au questionnement problématique d'un retour des peuples, déjà théorisée aussi avec une brillante anticipation par Emmanuel Todd dès l'automne 1994, mais qui en reste à exprimer des modes de révolte voire de résistance plutôt qu'un mode de résolution de la crise engagée, crise de la mondialisation, crise du carcan bureaucratique et financier qu'est l'Europe, mais crise plus générale aussi des horizons civilisationnels et politiques d'un dépassement par le haut.
Nouvelle époque, nouveaux concepts nécessaires, mais pour le Lestamp continué, ils s'intègrent dans le fil de ses propres et anciennes élaborations que certaines autorités institutionnelles - jusqu'à un président d'Université qui engagea contre J Deniot une procédure de blâme, lui renvoyaient comme "passéistes" et qui pourraient s'avérer comme les plus radicalement éclairantes des mobilisations réactives au processus contemporain. Le Lestamp n'a t-il pas réintégré autour des peuples et du populaire considérés comme des objets théorico-historiques à jamais problématiques, hors de toute dogmatisation, à la fois le mouvement (processus et surtout histoire vivante continuée notamment des salariats, des paysanneries et peuples ruraux, des nations et des langues nationales au sein de la mondialisation) et les socles anthropologiques fondamentaux de la raison humaine et d'une humanisation différenciée, pensée comme système de défense face à la crise violente toujours latente, immanents aux formes de vie populaires, considérées comme mobilisations viables et cultures activement performatives. Mais ce populaire du Lestamp, ne se réduit pas au fractionnement d'ainsi nommées classes populaires (unifiés par le rapport au travail et à la famille ?), en un mot au peuple social, au sein duquel se sont fondus les ouvriers, et irréductible à l'anachronisme méprisant d'une plèbe. Ce peuple social est approché en sociologie trop classiquement comme l'agrégation supposée simple des catégories modales de travailleurs actifs ou retraités, du salariat (ouvriers employés), de la petite production (paysans, artisans), encore y faut-il ajouter les dénotations situées soit d'une pensée stratifiante de hiérarchisation soit d'une simple topique héritière du mouvement révolutionnaire français où le Tiers-état était le socle nourricier, - le mouvement ouvrier se dira dans ce fil expression des "producteurs", non le bas. Dans la sociologie de la culture émanant de Bourdieu et Passeron, le mot fut une commodité pour masquer à l'origine la pensée violemment stratifiante qui se problématisait dans la trilogie si réductrice, du supérieur du moyen et du populaire... Ouf on a évité la crudité anglaise du lower. Lorsque les intellectuels se séparèrent du peuple, dans les années 80 tout se radicalisa de nouveau dans une sociologie se prétendant encore "de gauche", alors qu'elle s'était presque intégralement asservis aux "dispositifs" de dénormalisation de l'emploi, de l'instauration
assistantielle d'un apartheid d'assistés et de dispensés du travail, qu'elle se contenta de légitimer et d'illustrer avec le bas de Verret relayé par Schwartz et Collowald, la nouvelle condition ouvrière de S Beau, et les grotesques dominés de Bourdieu et de ses lamentables épigones.
Il reste que ce populaire du mode majoritaire de la société se définit à l'interférence de l'empaysement la territorialisation est première), du travail (les travailleurs) et de la culture. L'apport propre du Lestamp association (alternatif) , par élaboration sur ce point dès les années 90 (par convergence des réflexions ou des travaux explicites de Joëlle Deniot, Jacky Réault voire Pierre Cam, se définit sur la nécessité de ne jamais quitter l'interférence toujours problématique et pourtant essentielle du peuple social et du peuple politique (Populus dit la tradition juridique) au lieu de les opposer scolastiquement pour mieux les déconsidérer comme "populistes", ou les reléguer par un véritable racisme de classe doublé d'une disqualification de la démocratie même, comme un bas, d'inculture scolaire, de mauvaises conceptions de la vie, et de mauvais votes. Le peuple nation et le peuple social ont également été l'objet de l'antipeuplisme des années 80-90, qui accompagne tant la mondialisation que la "construction" oligarchique de l'Europe. Dans les années 2000, Le Lestamp développe, essentiellement Jacky Réault relayé par Joëlle Deniot, un troisième terme qui s'est élaboré autour d'une conception autant épistémologique que sociétale du
commun, ce concept dénotant aussi bien un mode d'existence beaucoup plus large du peuple et du populaire (le peuple sociétal, toute la société en tant que culture congruente et identifiante, à l'exception donc des oligarchies et appareils séparées solidaires de la mondialisation appréhendée comme processus et stratégie centrale (Guy Bois), qu'une exigence spécifique de recherche et de pensée. Le travail réflexif se fit et se fait, - peut-on dire ? - sur les mots de la tribu (Mallarmé). Lieux communs des sciences sociales, avions nous programmé dans l'introduction au Colloque Les sociétés de la mondialisation de décembre 2004 à Nantes) sans "rupture" avec la connaissance ordinaire, -interférence assumée avec un autre résistant qu'importe qu'il soit d'une autre rive, M Maffesoli- dans le refus des machineries logomachiques de terreurs théoriques dont la reproduction mimétique et catéchistique de l'héritage bourdivin manifeste aux dépens des étudiants mais aussi de la validité de la sociologie dans son ensemble, les plus affligeants effets. Le besoin le plus crucial dans cette concomitance de l'accélération de l'histoire et des mutations sociétales, et de la crise théorique et gnoséologiques des sciences sociales était organiquement, d'abord de redéfinir l'ensemble des rapports sociaux, ce concept à sauver de Marx, à l'exclusion de tout retour à la théorie générale connaissable d'un nouveau matérialisme historique ensuite de profiler d'éventuels nouveaux collectifs pertinents, classes ou non classes ou simples forces sociales à géométrie variable au regard d'un État délabré et d'une politique molle, entre nébuleuses plus ou moins agrégées, groupes et réseaux et dans leurs contextes nationaux, régionaux (européen) et mondial. Le besoin théorique de reconstruire sur l'obsolescente intellectuelle lente mais continue de la sociologie universitaire s'imposait d'autant plus que la scission revendiquée par les dites nouvelles élites (Christopher Lasch, Emmanuel Todd) - à vrai dire nous préférons restituer l'opposition fondatrice du grec ancien qui dit oligarchie- , à l'égard du populaire dans tous ses états, dessinait comme on l'a déjà évoqué plus haut, entre société et politique, et jusque dans l'expérience commune des referendums de 1992 et de 2005 et du mouvement social de 1995, de nouveaux clivages pertinents à éprouver sans fin sur la seule aune scientifique qui vaille sur la longue durée, la réfutabilité.
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Ces rappels minimaux de l'histoire de plusieurs unités de recherche au sein de l'histoire générale du monde (Braudel), que nous pourrons ré évoquer plus succinctement dans la suite de ce propos, aideront à formuler ce qui constitue pour nous le principal faisceau d' interrogations que nous suggère le texte de Jean-Paul Molinari - indépendamment de ses contenus manifestes qu'il n'est pas besoin d'introduire ici exhaustivement pour qu'ils se défendent d'eux-mêmes. Le lecteur à ce point de l'exposé peut selon son intérêt se brancher sur "Où en est la classe ouvrière", pour y collecter un riche corpus empirique à désintriquer de la cuirasse anachronique de la classe, où continuer ce texte dont le propos plus abstrait, quoique largement indexé à celui de JPM, présente la cohérence propre de sa critique historique et théorique autour des concepts qui en condensent les enjeux mais toujours dans la référence à la France réelle, société (plus ou moins) de, mais radicalement dans, les sociétés de la mondialisation du capitalisme historique. Pour ne pas alourdir la lecture nous avons reporté certains exposés définitoires ou historiques dans un certain nombre de notes consistantes dont la lecture constitue un troisième étage de réflexivité, cette nécessité dont nous essayons de diffuser l'exigence très actuelle, sur fond de crise des sciences sociales, au sein d'un second laboratoire instituant explicitement une interdisciplinarité en réseau spatialisé, Habiter-Pips de l'Université de Picardie Jules Verne (Voir journée d'étude du 10 décembre 2008 sur le site sociologie.cultures).
Le double bind de La classe et du Bas, sur fond d'interdit du peuple.
S'il fallait d'une seule formule cavalière résumer les interrogations que suscite ce texte à la fois typique et singulier ce serait celle, paradoxale, de la savante actualisation (2003) d'un anachronisme : la résurrection verbale de cette unité sociale radicalement unique dans l'histoire qui s'était affirmée, (ou en tout cas dont une fraction plus ou moins large et les représentants institués, s'étaient affirmés..) face à la société et/ ou face à l'État, comme classe ouvrièreEn France entre 1831 (révolte des canuts) ou Juin 1848 (insurrection ouvrière parisienne) et 1968 pour le commencement de la fin et 1984 pour la fin de la fin ; les dates étant ici des marqueurs forts et non des couperets. On ne veut évidemment pas ici débattre de tous les avatars de cette appellation historique de leurs enjeux politiques d'une périodisation de sa courbe historique, mais seulement aider à contextualiser un texte qui pourrait sembler se réduire au temps par définition éternisé d'un mythe alors qu'il est aussi passeur de larges faisceaux de connaissances exactes, rarement réunies dans un article de sociologie quoique finalement assez loin de l'impossible ambition de son titre.
Que signifie en 2002, 2003, à l'égard d'une "classe ouvrière", reconnue par ailleurs et dans le même propos, comme éclatée ou plus radicalement historiquement abolie, ce retour tardif du disciple à la réaffirmation verbale d'une vision de nouveau unitaire, autonomisée et conceptuellement univoque des multiples milieux ouvriers réels mais presque toujours mêlés en milieux populaires à large spectre, plus divers que jamais, comme il le montre d'ailleurs dans le prisme de ses critères catégoriels, mais divers sous bien plus de points de vue qu'il n'en évoque ? Vingt deux ans se sont écoulés depuis la fondation du Lersco qui s'était certes auto-identifié avec un mélange de superbe et d'inconscience, à l'instigation de son fondateur, comme son sociologue collectif alors que la classe ouvrière historique se situait en France pourtant déjà dans la phase finale de son cycle symbolique affectif et politique, en un mot (qui contrairement au sot usage qu'en fait le sociologisme, est indicateur d'unité vivante), mythique. Il y avait par ailleurs bien quatorze ans que Michel Verret lui-même avait quasiment renvoyé dans le registre du rêve (Où va la culture ouvrière française ?- 1989 et C-O 1995) (certes ouvert) le devenir politique et même démographique, d'une classe ouvrière française désormais indexée à toutes les modalités d'une "fin": fin de classe, fin d'époque ? (Où va la classe ouvrière française 1989 et 1992, republiée in Chevilles ouvrières (C.O.), L'Atelier, 1995). Là réside le premier faisceau de paradoxes, assorti de cet abandon par JPM de la qualification nationale (?) principale référence pourtant du populaire, ce refoulé ; il y en a un second, beaucoup plus discrètement manifesté dans le texte puisqu'il s'agit d'une contradiction théorique donc de facto pour JPM, personnelle, majeure. Michel Verret fondant le Lersco en 1971 avec une équipe nantaise dans la capitale d'une alors Basse Loire encore très industrielle et très ouvrière, s'était posé dans les sciences sociales comme le héraut sans rival ( en tout cas il fit tout pour cela et par tous moyens) d'une étude scientifique de la classe ouvrière inscrite sur la défense et illustration d'une problématique des classes sociales indexée aux écrits économiques de Marx, et sublimée pour tout lecteur cultivé par la fonction sinon mission historique du prolétariat quoique M. Verret n'alla jamais très au delà de l'indexation purement économique de sa définition distinctive, alors qu'il vécut longtemps au milieu du continent de l'ouest français des ouvriers possédants aux forts et stables lignages largement liés aux paysans, artisans ou professions intermédiaires et profondément chez eux dans leurs territoires historiques y compris ruraux.
De la dictature du prolétariat largement empruntée aux Questions du léninisme, à l'éthologie humaine du "bas" et des "dominés"...
Depuis le milieu des années 80,
peu au prou après l'année orwellienne de 1984, et en tout cas dès sa migration parisienne MV en vient très rapidement, par dépit politique ou par mouvement naturel de sa pensée profonde, à mettre cette problématique historique de classes, en concurrence dans ses écrits et propos, (voire presque à lui préférer, dans nombre de textes publiés dans Chevilles Ouvrières recueil de 1995, L'Atelier ), la redoutable polarisation binaire du haut et du bas, qui s'avéra logiquement dans la suite de ses expressions désormais parisiennes, grosse d'une dévalorisation active assez stupéfiante des ouvriers réels accusés si l'on peut dire, de mal tourner ; jusqu'à devenir "la classe raciste", de la réédition du Travail ouvrier . Dans l'article que JPM avait consacré dans le Mouvement social à La sociologie de la classe ouvrière de Michel Verret, il relève clairement cette glissade, en tout cas dans le registre de la culture, de la classe ouvrière au bas. D'évidence il en est troublé mais n'ose en manifester aucun commentaire. Certes on peut trouver antérieurement au milieu des années 80, un chainon transitoire entre le Verret de la classe et le Verret du bas, cette obsession de ne vouloir décrire l'ouvrier que dans la passivité d'un entrepris, - que relève aussi Roland Pfefferkorn -, littéralement fait marchandise dans le rapport salarial (pourquoi lui et pas les autres salariés ?) et s'affairant dans sa "définition distinctive" seulement sur la matière et sur les choses, indexation aux choses qui le hante et que l'on retrouve dans l'entretien accordé à Annick Madec en 2005 : tu es un peu (beaucoup) chose toi même (non) lecteur ! L'ouvrier de Verret, qu'il n'imagine jamais exister hors de son appartenance de classe et de son indexation à la production, (contrairement au travailleur libre de Marx d'entrée appréhendé comme "personnalité vivante") n'est actif que dans "les luttes", ce syntagme quelque peu usé du verbalisme trotsko-léniniste, qui présupposent toujours l'incorporation à un collectif ; autant dire qu'il n'a pas de vie séparée adéquate à son concept, si elle n'est pas déductible de sa définition distinctive dans la sujétion salariale et l'assujettissement machinal. Ce que nous avons qualifié de mobilisations privatives (JR Lersco 1989 et 1994) notamment inscrites dans des milieux populaires territorialisées, des écosystèmes sociaux de reproduction évidemment transversaux aux plus ou moins post-classes sociales, ou d'hétérogènes peuples horizontaux dessinés par des genres de vie et cultures territorialisées et inscrits dans de singuliers espaces temps n'a pas cours dans son marxisme finalement si sensible en sa phase finale à la pensée radicalement stratifiante de la sociologie anglo-américaines devenue composante idéologique principale de l'esprit de la mondialisation, sur horizon de désymbolisation puis désouverainisation des peuples. Il tend à réduire, dans le fil même de cet esprit, le feuilletage un peu rigolo mais souvent inoffensif des stratifications sociales prises à la lettre upper lower classes etc., à l'hystérisation brutale du binaire : le haut le bas. Dans ses œuvres tardives influencées par la décomposition du droit du travail sous hégémonie de l'OCDE et plus trivialement par les sous-cultures pseudo-scientifiques des "sciences économiques et sociales" (SES), ce catéchisme idéologique scholastique, de ses nouveaux alliés parisiens) il va jusqu'à qualifier le salarié de dépendant (en contradiction radicale avec Marx qui connaissant le sens historique fort, des liens de dépendance) et finit parfois par sombrer dans la mécanique méprisante du dominé retrouvant dans cette régression éthologique de la sociologie, un rival devenu de façon posthume, et en tout cas dans les alliances institutionnelles, un compère, P. Bourdieu.
...jusqu'à l'antipeuplisme enrobant les ouvriers réels.
Ce retournement qui n'est donc pas complètement une inversion n'exclut pas le maintien parallèle et selon les interlocuteurs, de l'ancien langage, mais pour un regard d'historien, il s'inscrit clairement dans un propos de dévalorisation globale des cultures, des votes, des mouvements, des identifications, populaires, en un mot dans l'antipeuplisme qui, comme l'ont fortement montré les travaux d'Emmanuel Todd, de Pierre André Taguieff, fut l'idéologie nécessaire à l'abandon rampant de la souveraineté du peuple et de la référence à la nation de 1789 par les classes parlantes mondialisées des grandes ville, tenants de l'État (Poulantzas) et des appareils idéologiques d'État (un possible concept transférable de ce qui peut-être reste l'apport althussérien ?) Cette rupture eut d'entrée comme corollaire longtemps inexprimée et désormais manifeste une conception tendanciellement oligarchique de la politique qui trouva d'ailleurs comme son refuge naturel dans la dite construction européenne et la disqualification aussi cynique que systématique de tous les votes non conformes aux vues des appareils dirigeants. De la grande classe ouvrière libératrice de l'humanité à un bas de la société de plus en plus douteux et défait quelle pirouette et quelle ingratitude. Comme l'avait écrit lui même Michel Verret à propos des étudiants de Mai 68 rendus à ses yeux totalement transparents par la conjonction également redoutable du marxisme et de la sociologie (Mai étudiant ou les substitutions, La Pensée 1969) : On ne brule bien que ce que l'on a adoré. Les œuvres trop tardives n'ont sans doute plus le temps de se tourmenter de leurs contradictions, la classe, le haut, le bas. Drôle de science : deux épigones périphériques en mal d'inspiration ajoutèrent récemment sans rire - impossible il et elle, étaient deux, l'homme de la vie privée et la femme du populisme, - le "fragile» ! En gros la caisse marquée le camion de déménagement, sommet d'objectivation qui fait bizarrement penser à la mutation de l'œuvre en pièce dans le dit art contemporain. On trouve désormais chez le maître à la fois la terrible sociologie radicalement verticale qui semble issue du Métropolies, de Fritz Lang, et celle aussi des media de masse et des oligarchies mondialistes (Élites versus populisme, comme il convient de dire pour masquer la véritable opposition peuples/oligarchies) et parallèlement la substantialisation et la fétichisation théorique de ce que Marx lui-même n'était pas vraiment parvenu à définir abstraitement (voir l'avortement quasi psychiatrique du chapitre correspondant du Capital), une classe sociale absolutisée que révèle ce vocable strictement idiosyncrasique, appliquée à la seule classe ouvrière, La classe.
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L'intellectuel stalinien ?
Chat saisissant un
oiseau. Picasso.
L'impossible synthèse et euphémisation de cette dérive du fondateur du Lersco par JPM et sa résolution classique par le verbe et la statistique. |
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JPM dans cet ultime texte de commande a donc dû sans pouvoir l'expliciter, affronter ce double double bind anachronique et théorique. Il résout la première contradiction par une pratique commune dans le milieu quand il est interdit de problématiser les problématiques, collecter des données et des références sur un territoire défini à l'avance par l'autorité de référence, quel qu'il soit : le métier de prof qui a un programme hétéronome en quelque sorte. La seconde il ne peut l'exprimer frontalement et la contourne par le haut, si l'on peut dire. Il est lui issu du peuple, instinctivement populaire. Malgré plusieurs demandes de MV, il est vrai contredites par ses alliés locaux, il ne quitta pas le Lestamp pour le laboratoire concurrent fondé pour le détruire. Malgré une longue discipline dans les appareils communistes (il y a une antinomie entre peuple et bureaucratie, entre peuple et État, et c'est une des définitions pertinents du peuple que de l'affirmer simplement), il ne pouvait s'inscrire dans la méprisante pensée du bas issue des métamorphoses du maître. Il ne pouvait que très peu partager, - on le lira sur ce plan là plus opportuniste car il doit négocier sa légitimité avec les puissances disciplinaires de l'ENS ou du CNRS qui monopolisent le propos ouvrier sociologisé actuel (entre les gardiens de prison des ouvriers déchus de de la classe ouvrière disparue, Olivier Schwartz et Stéphane Beaud parachuté à Nantes même pour détruire l'autre tradition de sociologie ouvrière, celle de Joëlle Deniot et de Jacky Réault), toutes les modalités du misérabilisme qui ont fleuri dans l'université en mondialisation accélérée dans l'œil du cyclone nantais de la décentralisation prédatrice. Il reste résistant aux logomachies de la précarité ou de l'exclusion essentialisées, qu'il avait tant dû combattre comme enseignant contre une doxa locale fortement marqué par le confusionnisme assistantiel de la deuxième gauche participant au pouvoir de 1981 à 1984, et exerçant le pouvoir de 1988 à 1991. On le lit plus obligé de faire place aux nouveaux misérabilismes à prétention théorisée mais finalement plus médiocrement malveillant et méprisant du Retour sur la condition ouvrière ou du glissement de la vie privée des ouvriers, déjà indigénisés avec condescendance, à un positionnement entre le bas et le fragile Certes c'est le maintien verbal anachronique d'une unité imaginaire qui lui est imposée dans la commande de cet article qui fait mécaniquement apparaître de facto toutes variations et métamorphoses réelles dans le prisme de la destruction décadente et/ou souffrante, mais, cette latence logique des prémisses, il la ressent ; et s'il n'en rajoute pas ou peu, il ne peut la dépasser sans se taire.
A ce point de l'analyse nous intégrons la seule citation que nous faisons de ce texte de libre et parallèle théorisation indexée à un autre texte mais référée à un réel. Elle s'inscrit dans les ultimes développements du propos de JPM et condense toutes ses contradictions. La première est manifeste. Il doit trouver une nouvelle classe ouvrière quand même et assez contemporaine et sans prononcer le mot de mondialisation, le commode, syncrétique et anachronique libéralisme du post-militantisme gauchiste fera l'affaire.
La nouvelle classe ouvrière du « libéralisme », fait l'expérience lente et contrastée- vieille patience ouvrière -d'un nouvel âge, pièce inédite qu'elle doit jouer avec de nouveaux acteurs historiques qui partagent avec elle la souffrance en France.
La deuxième contradiction n'est pas de même nature elle est, pensons nous radicalement existentielle donc intégrant aussi les contradictions théoriques vécues comme telles et qui plus est hétéronomes. Au terme de l'article il semble donc, contrairement à ce que nous avons développé plus haut, être happé encore plus loin du misérabilisme sociologique projeté sur les mondes ouvriers actuels, dans une sorte de cri doloriste liant la classe éternisée dans l'esprit des sociologues d'école, et souffrance en France, - le syntagme choisi en ce moment de facto doublement testamentaire est par ailleurs le titre d'un ouvrage estimable voire qui fut nécessaire en un moment et dans le désert qu'était devenu la sociologie du travail. Il nous semble cependant, si l'on nous permet ici une interprétation plus personnelle, qu'il manifeste là non un basculement problématique régressif -même par rapport à son économisme marxiste tardif-, mais un véritable désespoir personnel ainsi projeté, ce désespoir est d'abord conscience de la partie absurde de sa feuille de route comme on le développe dans tout cet article, mais aussi celui de sa propre vie qui approche de son terme. Il serait évidemment indécent de ne pas rappeler, au nom de ce tabou de la présence de sujets humains dans les sciences sociales que trois mois plus tard il disparaissait.
Revenons cependant et
définitivement à un propos borné
à la réflexion idéelle sur les
idées et les factualités de son
texte au sein des sciences
sociales plurielles et à
géométrie souple où nous situons
dans ce propos : Toute impasse
historique ou biographique
éprouve le besoin d'un refuge
imaginaire ou tout simplement
verbal, son entrée dans le
propos sera dans cette
contradiction qui le taraudera
jusqu'au bout sans qu'il ose la
résoudre une classe ouvrière éternisée (c'est le présupposé logique absolu du propos) et pourtant défaite qu'il n'ose et ne peut sans abolir tout son travail reconnaître comme disparue et totalement inadéquate au traitement qu'il lui impose post mortem. On le sent plus que mal à l'aise dans cette aporie mais il la résout théoriquement dans les postulats théoriques fondateurs et déjà réducteurs alors, du Lersco, définis par Michel Verret qui, pour mieux la sociologiser, (acharnement sociologiste, forme contemporaine de la thanatopraxie ?) avait réduit la classe ouvrière, d'entrée à ses caractères et déterminants "économiques" supposés univoquement indexés par les critères statistiques de l'État français alias l'Insee, une catégorie, travers normal d'une philosophie sociale, mais devenue plus proche de l'impératif kantien (je maintiendrai) que des robustes abstractions d'Aristote. L'ainsi nommée classe ouvrière de 2003 et de cet essai c'est donc essentiellement tout ce qui a pu être collecté dans cet agrégat administratif, largement construit c'est à dire artefactuel et c'est ainsi qu'il peut se réfugier lui aussi dans ce blockhaus verbal inexpugnable qui se moque de l'histoire réelle ; on peut toujours bureaucratiquement faire l'ensemble des dénommés ouvriers dans les recensements de la population. Et ce sanctuaire c'est pour lui comme pour M. Verret cet hologramme transcendantal, La classe, par la quelle il avait déjà introduit son article sur La sociologie de la classe ouvrière de Michel Verret dans la revue Le Mouvement social. Décidément le syntagme le plus marqueur et quasi exclusif de l'interférence biographique intellectuelle et personnelle de ces deux universitaires communistes qui même défroqués ne purent jamais se défaire de l'âpre goût des vérités apodictiques d'un matérialisme historique réduit à une scholastique. On peut cependant peut-être plus largement y chercher, et il y faudrait les concepts de l'ethnopsychanalyse, un des symptômes de la crise intellectuelle et culturelle des héritiers de la dogmatisation étatique de Marx à laquelle contribuèrent à la fois le marxisme stalinien, condensé dans Les questions du léninisme de Joseph Staline où s'inscrit biographiquement la formation et l'action idéologique de M. Verret au sein du mouvement communisme et, plus bénins pour l'histoire humaine, la paresse théorique et le besoin d'alibi immobiliste de la social-démocratie, et finalement le dogmatisme sectaire des héritiers de Pierre Bourdieu. Qui se souvient encore de cet antihumanisme théorique, pointe extrême du délire chosifiant du structuralisme stalinisé, que Michel Verret présenta, en lisant le texte de Louis Althusser, au Comité central d'Argenteuil de 196x. ?, et qu’il redoubla à sa façon dans les essais intitulés Théorie et politique, seul livre que consentirent de publier les éditions sociales, émanation directe de la direction du PCF, indépendant de l'affligeant factum de guerre froide intitulé Les marxistes et a religion.
Quels sens et quelles fonctions de cette ré affiliation dans un des casiers de l'institution disciplinaire de la sociologie du 21° siècle ?
Au delà de cette collecte dans les tiroirs robustes d'un meuble d'époque, et plus profondément de quel propos nouveau ou ancien, scientifique, idéologique, politique, personnel... a-t-il pu s'agir en 2003 dans ce rapport du maître qui avait de toujours balisé le champ du possible et du disciple de long cours qui n'en était pas moins un savant professeur ? On se bornera ici à quelques élémentaires et objectivables questions ; d'autres seraient ici peut-être indiscrètes et les questionneurs impénitents qui y chercheraient des enjeux plus publics peuvent en induire beaucoup du texte radicalement inouï - une mise au bûcher explicite- que le maître donna aux éditeurs des Mélanges offerts lors du départ en retraite du disciple en décembre 2001 -. A un premier degré de repérage dans la conjoncture des sciences sociales de ce moment on peut expliciter une première série de questions :
- A la décharge de J P Molinari il écrit dans le contexte d'un petit monde de (pas toujours ex-) intellectuels staliniens mal reconverti qui tente un revival des vieilles lunes pour valoriser les fonds de tiroir d'une formation actuelle mal
actualisée ? A-t-on affaire avec cet essai à cet étonnant retour des classes qui s'affirme alors dans un petit milieu ( et pour un court moment que s'empresse de renier l'éditeur, P Bouffartigue, voire infra) qui ne parvient pas à trouver de boussoles neuves pour les nouvelles navigations qu'impose le monde révolutionné par 30 ans de mondialisation ?. N'est-ce pas le titre d'un livre à La Dispute, - queue de comète des ex Éditions Sociales support de la post-orthodoxie marxiste recuite du PCF-, où figura la dernière contribution éditée de JPM ? Dans ce livre qui constitue, si son article est totalement le sien, son ultime engagement public, figurent essentiellement des (plus ou moins) (post néo quasi para ?) marxistes, - étonnant identifiant qui redevient à la même époque un des marqueurs intellectuels fondamentaux de M. Verret dans les échanges oraux. "Deux marxistes nous ont quitté (JPM et CL), petits deuils évidemment" ! - en l'occurrence surtout des ex communistes, alors que dans la fin de sa vie professionnelle JP Molinari s'était souvent porté allié, et d'ailleurs contre ses propres camarades de laboratoire, des épigones de P. Bourdieu ex rivaux en exclusivisme et intolérance intellectuelle sinon en inventivité sociologique. - Au delà de la proximité naturelle d'anciens combats, doit-on analyser ce revival verbal dans une logique institutionnaliste et politique visant à constituer une force de réseau au sein de la sociologie disciplinaire désormais écartelée en clans de reproduction et de pouvoir ? Quoiqu'il en soit l'homme qui l'accueille ne s'embarrassera pas de fidélité.
La pression du maître s'est-elle
désymbolisée ? En tout cas moins
d'un an après
nous voyons Paul Bouffartigue,
l'auteur-éditeur de
l'inénarrable Retour des
classes (La Dispute) où fut
publié le texte remanié de J P
Molinari sous ce vocable de
Musée social nostalgique,
inverser la vapeur reprendre
l'essentiel de nos thèses (en y
ajoutant la bouille
écolo-féministe obligée et
qualifiée sans rire de "niveau
supérieur" et occultant
l'essentiel l'hyperbourgeoisie
mondiale et ses relais
post-nationaux) dans Luttes
des classes sans classes
publié dans la Revue de grand
public étudiant, Sciences
Humaines (2005, via le site Web),
sans nous citer, ce n'est pas
trop grave, les écrits (1984,
1989, 2004, 2005) restent malgré
leur diffusion restreinte par le
milieu où l'orthodoxie règne.
Mais qu'en est-il de
l'incohérence intellectuelle de
sa propre trahison. Nous restons
stupéfaits, moins pour nous et
l'ensemble du Lestamp mais pour
le sens civilisationnel de
cette marque de débandade de la
raison universitaire ou
simplement intellectuelle
quand, sur le mode stalinien
bien connu la thèse antérieure
assénée par un ouvrage
collectif, (dont les auteurs et
pas seulement l'éditeur sont
ainsi en bloc ridiculisés), est
purement passée à la trappe sans
autre forme de justification.
Belle figure d'intellectuel
postmoderne sans doute ou plus
crument décivilisateur. Quant )
JPM, il n'était plus là pour
rectifier le tir à supposer
qu'il l'eut accepté, tant sa
fixation sur la "classe"
s'inscrivait au plus profond de
son pathétique asservissement à
l'esprit d'un autre homme
supermomificateur mondial du
fétiche.
-S'agirait-il, plus modestement de la dernière de ces programmations exhaustives que M. Verret, puisque c'est de lui qu'il s'agit, distribuait sans fin au Lersco disparu et aux étudiants pour parfaire dans une obsessionnelle exhaustivité perpétuelle le monument d'une œuvre pourtant si datée, la sienne, qu’il se serait agi d’actualiser numériquement sinon théoriquement ? N'avait-il pas précocement pour remplir ce programme bureaucratique fait passer, directement ou indirectement, des thèses de "discrimination positive" dont le texte n'aurait pas alors (les temps ont changé) et même peut-être aujourd'hui, passé le cap d'un jury de maîtrise, entre les mathématiques la vieillesse et surtout le meuble...ouvrier, un peu comme il a monté beaucoup plus tard une HDR bidon et plagiaire sur la Chanson réaliste pour placer la radicale nullité d'une vague disciple, récemment remariée à un de ses amis de la bonne bourgeoisie grenobloise ? N''est-ce pas une exigence de temps long sa biographie intellectuelle, (inscrite dans une culture de Gosplan, ignorant la sanction de tout marché intellectuel dans une institution disciplinaire under control, selon l'expressions d'un porte-parole dans une lettre anonyme balancée pour déconsidérer Jacky Réault qui continuait avec Joëlle Deniot, le Lestamp contre la mise à mort verretienne) dont l'urgence narcissique reste entière alors que l'effort requis commence à le rebuter, d'où la délégation de faire poursuivre la biographie de sa classe ouvrière immobilisée en 1990, post mortem. Le sujet du post mortem, (trois possibles), restant pour nous indéterminé ? Nul ne sait absolument sinon désormais le commanditaire, le pourquoi latent de cette demande. Ce que nous a dit (au Lestamp), J P Molinari c'est qu'il avait effectivement répondu à une commande explicite de Michel Verret, en deux temps ou plutôt en deux mouvements asservis, d'abord de relire Marx ( pour quelle réassurance ou en fonction de quel doute ?) et de produire un bilan actualisé de La classe qui d'une certaine façon prolongerait et achèvera, - si l'on peut dire - L'Ouvrier français, la trilogie trop datée de L'espace (1979), Le travail (1982) ouvriers et de la culture ouvrière (1987) abstraction faite des compilations d'articles abordant in fine et à sa façon assez équivoque (entre fascination et dénonciation) la mondialisation (Chevilles ouvrières, l'Atelier). C'est dans des rééditions purement reproductives du corps du livre à l'exception de certaines préfaces (1999) que le regard du bas sourd sous la fiction maintenue de la connivence avec La classe la seule vraie, pour lui, imaginaire mais adéquate à son concept, celle de la théorie, trahie par d'incapables figurants, opposée à la réalité d'une rejet dégouté des personnes réelles et vivantes qui se trouvaient la composer. C'est, empêtré dans ces fils assez emmêlés dont l'acteur n'est pas l'auteur, un auteur fasciné, à ses propres dires par les marionnettes que doit s’engager ce lourd travail de collecte et qu'est rédigé l'essai théorico-sociographique qui suit, au prix d'un effort inouï et alors qu'il est hanté, - comment ne pas le dire ici tant ce texte d'apparente tranquillité théorique, le trahirait lui-même - par le désir de mourir. Quel gage si absolument indispensable devait il donc donner pour trouver une telle force à contre-vie et quelle réception en a t il eu qui ne l'a pas retenu de passer à l'acte ? Tout lecteur un peu instruit des ouvrages de référence y lira non seulement, ce qui n'a en soi rien d'étonnant sinon l'inertie étonnante, la stricte tradition du Lersco des premiers âges et l'habituel référencement dans les ouvrages qui ont été à divers titres et à divers moments de proches ou d'alliés. C'est la règle du milieu. Ce qui devient plus incroyable, c'est chez cet éminent professeur des Universités ayant accompli une œuvre et désormais en respectable statut de retraité, un texte ou fourmillent, en reproductions littérales, les formulations verretiennes des années 60, 70. J P Molinari était un véritable universitaire savamment rompu à ce qui reste toujours une aventure intellectuelle, frayer et glaner l'inédit et l'imprévu dans le monde des livres, ce quasi mimétisme n'est-il pas le massif symptôme d'un tourment où la vraie vie et les identifications idéologiques contrôlées sont organiquement intriqués. Le résultat fut si littéralement formellement homologue aux classiques de facto datés, (et dans la mondialisation le temps a pris le galop) de son maître. Et pourtant, ce dernier, à notre connaissance, n'en a jamais explicitement et publiquement manifesté aucun signe de réception particulier quoique, commanditaire il en ait été aussi et très peu de temps avant la disparition de Jean-Paul Molinari, le récipiendaire. Ce sont deux hérétiques, Roger Cornu et Jacky Réault qui séparément prirent l'initiative de l'éditer.
Triple écarts ?
Écarts au modèle. Écarts au réel. Écart à soi-même ?
Et pourtant qu'elle fidélité au prisme théorique ou idéologique qui unifie systématiquement les ouvrages sociologiques de Michel Verret (et qui se condensent dans une des ultimes expressions du maître, l'interview de 2005 à A Madec, pour Vacarmes) , à plusieurs lourds écarts près. Le premier est peut-être le plus étonnant, si le titre de l'article est mimé des titres verrétiens sa littéralité est empruntée, et c'est pour nous un vrai mystère, au plus farouche ennemi de son laboratoire le Lersco puis le Lestamp, un des auteurs de la scission qui fut menée avec une véritable sauvagerie, jusqu'à la tentative d'épuration totale après le décès de JPM. Qui plus est c'est à lui qu'est adressée la première note de référence. Il est vrai que JPM avait demandé en vain sa propre adhésion au laboratoire concurrent ( Le Cens) et subi l'humiliation du véto de cette même personne. Ultime gage mais donné à qui au Cens à JNR ou à Verret ou au Cens sur ordre de Verret ?
Le second écart par rapport à l'œuvre modèle du maître est qu'il n'est pas du tout question dans l'article de JPM, de la culture - un interdit ou plutôt un impossible -, le dernier et le plus conceptuel, quasi philosophique ouvrage de la trilogie verretienne et qu'il résume dans ses postulats binaires finaux, du haut et du bas et d'une "culture prolétaire" autonomisable, -pourquoi pas ?-, mais scandaleusement tirée vers la pègre sous-prolétarienne, comme expression de la première, voire de la troisième "figure" ouvrière (Où va la culture ouvrière française ? o.c.) . S'il intègre un peu plus, ce qui était resté plus discret chez le modèle, un propos sur des syndicats et de la politique, c'est dans des bornes si étroites et entendues qui ne mettent pas en cause les anciens postulats séculaires d'un lien organique entre classe ouvrière et seulement certaines organisations se réclamant d'une labellisation d'un autre âge. Et pourtant le politique (enseigné et édité) avait été la part personnelle sinon exclusive de J P Molinari dans l'organisation du travail du Lersco quoique sa thèse ne la traite que par un biais finalisé très induit par son directeur, l'adhésion ouvrière au communisme, unique boussole légitime de "la classe", unique dirigeant absolu de ses "luttes. Mais ce qui reste malgré tout d'actions ouvrières identifiables comme telles et qu'il évoque ce qui ne signifie pas actions de classes est a priori disqualifié ou traité en survivances dégradées.
Pas de classes sans rapport à l'État (nation) et sans le maintien d'une centralité problématique dans l'ensemble sociétal, -ce fut le courage d'Emmanuel Todd de le rappeler avant et après le grand mouvement de réveil national et social de l'automne 2005-, et pas de classes désormais sans rapport au centre (politique) du monde et donc désormais mécaniquement subordonné à la défense des peuples contre leur condamnation à mort, ce dont nous traitons ailleurs : les rapports sociaux de la mondialisation font du côté des résistances intervenir non des classes mais des peuples, dans toutes leurs modalités d'existence. La présence ouvrière effective, pour autant qu'elle soit politiquement et socialement isolable (l'usine résistante aux délocalisations et aux licenciements boursiers, ne se réduit pas aux ouvriers), se situe éventuellement bien ailleurs, et décidément plus dans des tissus populaires et territorialisés, ou des complexes salariés, et évidemment au sein de vouloir-vivre nationaux, que dans les organisations patentées survivantes de l'époque classique du mouvement ouvrier, qui au mieux suivent en se désolidarisant de l'action directe politiquement incorrecte, au pire feignent d'unifier les flammes convergentes pour mieux les éteindre en bloc (1° semestre de 2009). Là où il faut la chercher c'est entre l'abstentionnisme (JPM avait joliment écrit sur ce point) actif, si l'on peut dire, - et cela est bien vu - mais rien n'est dit par exemple de ce prodigieux mouvement ruralo-chasseur du CPNT, à dominante ouvrière mais invisibilisée comme rurale (double périphérisation !) Quant au long vote (1984-2007) parfois relativement majoritaire pour le Front national, quant aux asyndicalismes voire antisydicalismes de toute configuration, et toute une diversité des pratiques résistantes et ou révoltées qui captent au sein de milieux complexes, la grande majorité de 'la classe" réduite à la catégorie opérationnelle mais toujours mêlée à d'autres catégories, il sont radicalement mis hors propos ; la réalité s'avérant en l'occurrence selon une expression hégélianisante éminemment significative de l'oligarchisme théorique du maître, inadéquate à son concept. Que l'essentiel des mobilisations privatives ou collectives des ouvriers réels, dans leurs formes de vie, leur travail, leur associativité nouvelle ayant déserté les partis et presque les syndicats, se situe dans des complexes populaires spatialisés dont la culture unifiante de temps long constitue le principe unificateur et la référence anthropologique, dans les mondes ruraux et périurbains, tout cela n'entre pas dans les grilles de La classe réduite à la CSP. Cette mise entre parenthèse de toute cette contribution à l'œuvre du Lersco que nous avions développée et qu'il avait largement butinée (dans des doubles parfois littéraux tel son article sur La prolétarisation nazairienne pour les Cahiers de l'OCSC) jusque dans sa thèse, se trouve ici comme frappé d'interdit.
Ce miroir tardif trop ou pas
assez fidèle - mais à quoi ?-
n'aurait-il pas été finalement
mal venu ? Dans le texte de La
Dispute ne conclut-il pas, se
référant à MV dans une ultime et
ahurissante chute, et comme s'il
s'agissait de la découverte du
siècle, que Les ouvriers
pensent, expression dont
M. Verret se vante d'être
l'auteur. Dans ce texte
ici édité, ce n'est d'évidence
pas de cette illumination ultime
mais surtout grotesque, qu'il
s'agit, mais, pour reprendre un
des vocables classiques du
premier Lersco, d'une partie des
seules "conditions matérielles
d'existence", et des modes
canoniques de représentation,
approchés à vrai dire presque
exclusivement par le chiffre
- cette obsession des
sciences sociales
bureaucratiques comme des
demandes médiatiques -
d'État et de bureau. La formule
par ailleurs assez opaque et par
trop peu interrogée du temps
même du Lersco, ne vaut
d'ailleurs que sous réserve de
ne pas trop s'inquiéter sur ce
qui en constitue, à nos yeux, à
égalité avec le travail
(et désormais scindé par les
politiques de la
mondialisation), l'emploi, le
premier socle, les formes de
vie. La famille ayant été
sous-traitée par MV lui-même,
bien loin des problématiques
ouvrières et du temps même du
Lersco, à un vicomte mondain, et
n'ayant été réintroduite que par
nos travaux sur les formes de
vie territorialisées
irréductibles à l'idéologie
classiste, on comprendra,
non sans étonnement cependant,
l'absence dans le texte de JPM
de tout ce que sous-tendent
les formes de vie :
lignages, alliances, parentés,
communautés, familles, groupes
domestiques, vicinalités,
territorialisations, réseaux.
La classe perpétuée par JPM
à la demande de MV n'est-elle
pas nécessairement sans
famille. De Marx à Hector
Malot ! C'est que dans cette
empoisonnante réalité qui
prétend résister à l'objet
construit, il n'y quasi
empiriquement plus de "famille
ouvrière» : seulement des unités
milieux, de facto populaires
(concept repoussé),
ouvrier-employée,
ouvrière-paysan,
ouvrier-institutrice etc. ;
encore ne tient on pas compte
ici de la présence d'étudiants à
avenirs assez divers dans grand
nombre de ces familles. Exit
donc cette irritante réalité. En
revanche, et à l'actif de JPM, il
s'abstient de suivre, sauf
quelques normales marques de
désarroi, le contre-transfert
Verretien passé aux aveux. Il
laisse au maître le propos
commun avec la
post-intelligentsia parisienne,
non seulement sur la classe
fantôme, coupable
d'inconsistance historique mais
sur ces ouvriers qui pensent
mal, seraient devenue à leurs
yeux, racistes. Il est
vrai que JPM ne pouvait
radicalement pas s'envelopper
dans le manteau chic de la
bien-pensance intello-urbaine
vertueuse et dénonciatrice; il
connaissait, lui
existentiellement et avait
pratiqué beaucoup
d'ouvriers réels, - latents dans
ce texte, même si leur présence
réelle est refoulée - et pouvait
en parler autrement que ce
qu'on pouvait en apprendre -
dans les livres de référence de
MV eux-mêmes exclusivement
livresques, faits d'ouvrages de
sciences sociales, du corpus
massif de la statistique
d'État collectée pour lui par
Paul Nugues et Joseph Creusen,
et nourris des écrits
conventionnels de partis
communistes et des œuvres
culturelles de l'ex
socialisme réel. Cet
ensemble à l'exclusion de tout
terrain vivant, constituait le
seul viatique de chercheur de
Michel Verret, auquel il faut
ajouter, et à son honneur, une
culture littéraire revendiquée
comme composante légitime de
l'écriture sociologique.
Heureusement pour lui et pour
nous tous, à l'époque où
il écrivait, on ne faisait pas -
y compris à son instigation avec
d'autres mandarins lyncheurs et
jaloux -, des pétitions de
chasse aux sorcières contre les
sociologues décrétés "sans
terrain" ou, pire, trop pourvus
d'idées (et baptisés de ce fait
essayistes) Cela se passe un
peu plus tard, à l'heure d'une
professionnalisation, -
selon l'expression vaguement
ridicule de bon nombre des chefs
de clan de l'actuelle
discipline instituée, - qui
réduit la connaissance sociale
permise à la reproduction des
dogmatiques closes et à la
fétichisation de la
méthodologie cette
grammaire du vide.
Entre littéralité fidélité,
voire prise de liberté entre
l'auteur, le commanditaire et la
vulgate du Lersco de 1972, on
laisse chacun s'armer à son gré
d'exégèses en spirales, pour
nous borner à quelques remarques
: Après l'exergue de
l'inévitable citation de MV, où
l'on ne bizarrement lit déjà
que déréliction pour une unité
sociale dont la nomination et
l'agrégation, tout au long du
texte postule pourtant sans fin
le présupposé du lien, le
titre renvoie quasi
mécaniquement à des articles de
M Verret : Où en est la
culture ouvrière aujourd'hui ?,
paru dans Sociologie du travail,
1989-1, comme à trois autres
titres utilisant le même
trope d'une interrogation de
finalité en mouvement excluant
toute problématisation sur son
transhistorique "objet".
Il n'est jusqu'aux formules même
de la conclusion qui ne
renvoient mimétiquement à des
œuvres anciennes de MV, telle la
forme rhétorique
largement factice de l'appel au
lecteur. Quand aux nombres de
références au maître on en
abandonne le comptage et le
chiffre au lecteur décidément
professionnalisé ou jouant à
l'être.
En deçà d'un fétichisme de la CSP PCS
6,
... le leurre
objectiviste de la classe
ouvrière en soi ?
|
Quant au fond qu'est-ce que le lecteur actuel peut y trouver. Beaucoup. Il présente sur les données accessibles les plus récentes alors, cet idéal d'une somme de sociographie statistique et bibliographique déjà mise en en œuvre de façon impressionnante et de surcroît en très singulière stylisation (chercher sinon réussir, à bien écrire est devenu un autre interdit de notre époque sociologique et d'abord des petits clans qui monopolisent l'édition patentée), dans le triptyque de l'Ouvrier français complété Chevilles ouvrières. Tout cela n'est encore possible au troisième millénaire que parce que la distribution s'effectue, on l'a noté plus haut, dans l'évidence que la classe en soi, définie par la position dans les seuls rapports sociaux de production, du Marx hégélianisant dont on aurait oublié le pour soi, est supposé valider ; ce qui n'apparaîtra à tout lecteur exigeant ni marxiste ni même marxien. On peut exprimer ce parti pris de façon finalement très simple et familière puisque banalisée par l'école depuis un demi siècle. C'est celui de la fiabilité théorique maintenue de l'agrégat d'État et de manuels scolaires, - la bible des dites SES (Sciences économiques et sociales) pourrait-on dire, - et finalement peu modifié depuis 1954 quand fut enfin éclaircie la polarisation à son compte/salarié) et 1962 (quand la qualification ouvrière est enfin définie) qu'est la catégorie dite socioprofessionnelle qui tend à devenir, malgré certaines commodités descriptives de certaines pratiques, le pont-aux-ânes de la sociologie qui ne pense plus ce qui pourrait devenir - si un sursaut ne se décide pas vite alors que ce sont les vagues épuratrices qui resurgissent sans fin-, une pure et simple tautologie.
Il est utile ici de repérer particulièrement une double fonction, étatique et sociétale d'une part, et statistique d'autre part, dans l'usage routinisé de la CSP (1954-1982), devenue (pourquoi cette inversion des positions de Profession et de catégorie?) la PCS , depuis 1982 année où les contremaîtres furent arrachés à l'ensemble ouvrier en même temps qu'étaient abolie en son sein la perception des manœuvres, -par euphémisation ?- et de l'ensemble des mineurs marins et pêcheurs, comme par anticipation d'une épuration européenne, celle là bien réelle, à l'égard de secteurs entiers de l'économie nationale.. Elle constitue un des plus spectaculaires fétiches scolaires et médiatiques, momifié donnant toute réponse avant d'avoir formulé la moindre question. La réduire à la modestie serait de première urgence pour former des sociologues restant affamés de connaître les véritables processus (plutôt que structures) opérants de la société actuelle. Que nous occulte telle, pour aller au plus lourdement problématique au sein du réel sinon l'historicité continue des sociétés dans la mondialisation, le positionnement dans les espaces-temps du monde (relativement) mondialisé, les variations transversales aux classes des effets de l'accumulation du capital (prolétarisation), les mobilisations, privatives individuelles ou collectives, séparées ou politiques, ancrées pour l'essentiel dans des tissus populaires singularisés. La première fonction, étatique et sociétale de cette nomenclature, évidemment toujours précieuse, renvoie (renvoyait) aux normalisations (contractuelles et étatiques) de la société salariale (M. Aglietta, A Brender Calmann-Lévy 1984) et à ce qui en subsiste après vingt cinq ans de consensus politiques des grands partis libéralisés pour la réduire. La seconde fonction, statistique, (compter des grands nombres dans des nomenclatures univoques pour les rendre appropriables par la pensée et pour les grandes fonctions sociétales), est à la fois plus réaliste et dépourvue de toute poésie (les grandes ponctions fiscales ou autres et les redistributions) et pourtant plus métaphysique, permettant l'apparence de la fameuse requête d'exactitude, -obsession du maître- alias le nombre et ses chiffres, marqueur principal commun aux postmarxistes et aux bourdivins, de la science, au sein de ce qu'ils appellent sans rire, dans une inlassable incantation, "la sociologie comme science".
Sous le vocable déjà
anachronique et tendant à un
usage emphatique, de classe ouvrière mais désormais réduite à l'en soi qui constituait la commande de MV, il ne faut finalement s'attendre à trouver rien d'autre que l'a priori nominaliste de la CSP-PCS6 parlée dans le langage plus technique que savant d'un vague marxisme administratif, très analogue à celui qui régnait si lourdement dans les ainsi nommés pays de l'ex "socialisme réel". Cette classe ouvrière réduite aux acquêts théoriques comme on l'a déjà évoqué du marxisme stalinien plus ou moins pérenne et à ceux de feu la social-démocratie du 20° siècle, a cependant de quoi étonner un historien ou simplement un citoyen lambda quelque peu réflexif mais également un lecteur de Marx, cet inventeur impénitent malgré sa tentation de l'immobilisation de la théorie pour lui donner les allures d'une science instituée. Nikos Poulantzas, reprenant une analytique devenue classique, qualifiait justement d'économisme ce réductionnisme théorique ; c'est fort juste mais nous semble-t-il insuffisant, en tout cas pour son usage stalinien et post stalinien, comme dans la forme abâtardie, scolaire et pourtant fanatique qu'en diffusent les affiliés du bourdivinisme ; quant à la social-démocratie elle justifiait son réformisme et son recul devant la révolution telle que profilée par les léninistes, puisqu'il suffisait finalement de laisser faire le processus réel qui était supposé, à l'époque des croyances progressistes, aller dans le bon sens (de l'histoire), celui de la socialisation des moyens de production. Mais dans un cadre totalitaire qu'il soit théorique et/ou étatique, on ne peut éviter d'interroger les fonctions de cette réduction de l'identité ouvrière au seul travail pensé d'ailleurs de façon réductrice comme condition matérielle de l'existence mais à partir d'indicateurs désincarnés. Cet économisme fonde la légitimité de l'objectivation, ce fétiche verbal de la sociologie ossifiée dont la principale fonction est de donner à celui qui parle les autres hommes à leur place, la possibilité de les considérer réellement comme des choses ; la formule, espérons le, purement posturale de Durkheim mutant en jugement de réalité et en légitimité de tous les terrorismes théoriques et politiques. Procès sans sujet écrivit à propos de l'histoire humaine Louis Althusser, le maître du maître. De fait nul n'a mieux que ce philosophe conséquent, exprimé, dans l'innocence, il est vrai, de sa propre aliénation mentale, la vérité latente des présupposés d'une des errances principales de la sociologie relais en l'occurrence du marxisme stalinisé. L'économisme intégré à un pouvoir ou simplement à une pensée totalitaire est un des modes pseudo scientifiques principaux de dénier l'existence des sujets ce tabou désormais de la connaissance sociologique, qu'ils soient individus personnalisés ou sujets de l'histoire.
Dans les cadres de l'économisme et/ou d'ailleurs du sociologisme qui lui doit beaucoup, il n'y a strictement rien d'inattendu dans l'exposé dit scientifique, -et un grand nombre des thèses actuelles n'ont de ce point de vue désormais de thèses que le nom- tout est déjà donné dans la nomenclature éternisée et dans la clôture du champ. La science véritable n'est-elle pas, a contrario, une frontière mobile et inquiète à jamais questionnant, en l'occurrence tout ce qui est désormais à peu près éradiqué des institutions disciplinaires de la sociologie d'État. L'heure de la classe pour soi ne saurait jamais sonner pour les pensées de la reproduction, rebelles à toute singularité spontanée du mouvement social échappant à l'avant-garde organisée porteuse de la théorie. Qu'importe que celle-ci (le marxisme d'État) ait sombré depuis longtemps avec son État fantoche et meurtrier, on trouvera encore aujourd'hui des prophètes se pensant comme vigies dans les millénaires, ou comme temples de la vraie gnose, qui continuent de penser écrire et agir comme s'ils en étaient les sanctuaires quasi vivants.
Le travail de JPM, pour ce qui le concerne semble transmettre, pour qui veut en faire une lecture symptomale, plus d'inquiétude que de certitude ; probe ouvrier de la sociologie ouvrière - et nous disons cela sans ironie- du Lersco, d'avant le Lestamp, il ne peut être réduit au propos strictement obligé qu'il était supposé tenir dans la gageure impossible d'exprimer à la fois la déréliction historique de la classe ouvrière et sa pérennité conceptuelle, projet délirant et réalisation hétéronome qui plus est sans la gratification finale ; on a vu dans quelle contradiction l'avait ligoté la commande de M. Verret et dans cette nécessité insurmontable il fait ce qu'il peut faire de mieux, son travail de lecteur insatiable, d'ordonnateur, de synthétiseur pédagogique et de référencement en un mot son travail de professeur, mais pas de chercheur, (et on ne reviendra pas sur ce qui rendait cela impossible) ; mais ce travail là il le fait parfaitement, et on n'ira pas jusqu'à dire que c'est devenue dans la profession une rareté. Il entre souverainement dans l’ouvrage par le mot Ouvrier, dont il propose rapidement la fameuse définition distinctive (?) - étonnante précision, de quoi que fallait-il donc se distinguer ?- qui constitue le noyau dur, quasiment la pierre noire de l'objectivisme verretien, ce dont à ses yeux et dans doute son œuvre tout découle, le bas comme la classe, la culture, la conscience, jamais nommée puisque supposée résultante de la position dans les rapports de production (classe en soi) éclairée par la juste théorie des intellectuels marxistes, ou sinon invalide, et en tout cas certainement pas, la personne comme forme individuelle humanisée d'existence. Cette définition distinctive trouve jusqu'à nos jours les données chiffrées plus ou moins cycliquement - L'Europe impose son nivellement productiviste de la connaissance- abondées et actualisées par les administrations du comptage d'État et utilisées par l'école les media et le quasi sciences sociales, comme catégories transcendantales univoques. A peu près tout ce qui se distribue dans ces taxinomies (?) se retrouve dans ce texte, ainsi que ce qui peut s'indexer cavalièrement comme certaines données politiques, mais rien d'autre. Chercher ailleurs, en l'occurrence hors de l'État, d’autres pratiques de la vie, n'était pas au programme, faute de temps ou par ce que la définition distinctive ne permettait pas d'y collecter des données homogénéisables.
Cet essai entérine donc apparemment sans mégoter, ce qui, de ces ouvriers dont l'agrégat est dit "classe ouvrière", peut-être pensé quand même dans ce vocable organique à vocation totalisante et qui garde de ce fait une fécondité virtuelle au moins marginale, même s'il fonctionne ici, sans cultures et sans milieux concrets donc complexes, économiquement, politiquement en un mot socialement impurs, de vie... Était-ce la stricte commande de Verret qui ne voulait pérenniser que l'univoque transparence vide économiste, de la classe en soi, tout le reste irréductible à la théorie, ne devait pas encombrer le propos sinon pour dénoncer, ce qui est très peu fait. Est-ce simplement un état intermédiaire ? Lorsqu'il nous distribua son papier rien d'indiqua dans ses paroles, pas plus que dans con texte qu'il ne le considérait pas comme achevé sous éventuelles réserves de corrections mineures, ou majeures, sans doutes espérées de M Verret et qui ne seraient pas venues malgré une ultime entrevue entre les deux hommes au cours de l'été peu de temps avant son passage à l'acte. Ce qui nous est donné et ce nous diffusons se présente à l'encontre de son titre hors sujet comme une morphologie sociale, " chère à MV admirateur de Maurice Halbwachs, - le plus "matérialiste" des durkheimiens -, arrimée à un économisme tempéré cependant par l'idée plus historique de la déréliction d'une histoire fourvoyée échappant à ses penseurs patentés, qui dans la mer tempétueuse de la mondialisation se chercheraient quelque navire transhistorique dans la nostalgie de l'idée d'un port sinon d'une destination alors que son concept seul n'indique plus comme par surcroît avec le premier prolétariat et la mythographie du Manifeste communiste, une mission. Le mot plus modeste, mais ce n'est pas une critique, de "redéploiement" avancé dans l'article confié parallèlement à La Dispute (mais quand et par qui ?) indexé (malgré lui ?) à la fantasmagorie d'un (éternel) retour des (mêmes) classes, ne suffit pas pour trancher sur le fond de sa pensée en termes plus prospectifs. En tout cas on dispose avec cet essai si densément chiffré, d'un travail systématique de collecte critique raisonnée et synthétisée selon ces prémisses et d'un savant instrument de transmission de connaissances qui affronte, mais sans vraiment le briser, ce qui est devenu l'interdit des totalisations concrètes, problématique anthropologique, ethnographique et historique. L'utopie théorique nécessaire mais toujours à réinterroger d'une totalisation possible de l'expérience sociale humaine, constitua pour une partie de ceux qui furent mêlés à l'aventure initiale, dont nous sommes, le meilleur de l'ambition trop vite dite sociologique du Lersco ; sous réserve cependant de ne pas oublier que cette vision concrète et ouverte de la connaissance des sociétés était dès l'origine, écartelée entre un sociologisme qui détruisait l'ambition gnoséologique radicale de Marx, et un marxisme qui idéologisait plus ou moins radicalement les résultats anticipés.
Les inventions et les diversités des "ouvriers recomposés" - à l'instar des familles.- en milieux populaires ont besoin de sociologues qui ne soient pas plus qu'eux nostalgiques de feue "La classe" mais qui aient la décence de ne pas les disqualifier parce qu'ils n'ont plus rien à voir avec les fantasmes d’une classe éternisée par certains bien vivants idéologues, se disant sociologues.
A supposer que ce vocable ait encore un sens en dehors de mobilisations partielles et situées, la classe ouvrière nous a semblé dans ce remake très professionnel, doublement absente : absente et méta-absente ; pourtant nous pensons que le mode de pensée en acte refusant la chirurgie mortifère des champs homogènes, et les disciplines découpées en tiroirs, et qui tentent d'indexer pour une heuristique ouverte sous réserve de réfutation, des pratiques hétérogènes les unes aux autres sans préjuger de causalités a priori, restait et reste nécessaire et fécond, après la disparition, en tout cas dans la plupart des sociétés du monde, des grandes entités purement ouvrières, nationales ou internationales hypostasiées à partir d'une vision chirurgicale des rapports de production opérationnalisés par le lien entre des chiffres et une abstraction.. Pour rester dans le cadre français d'après le tournant de 1984, on comprend le refuge des pensées bureaucratiquement classistes dans la classe en soi de la statistique économique. Comment en effet intégrer dans un néo marxisme de la chaire que les deux votes les plus ouvriers de la politique, sont le CPNT des ruraux et le Front National des banlieues et de la France de la grande industrie du 20° siècle, des périphérisés en quelque sorte, à l'instar de la structure mondiale, et le silence embarrassé des sociologues en rajoute une lourde couche dans le confinement de périphéries ! Comment inscrire l'attachement culturel et politique des mondes ouvriers les moins déstructurés (la majorité) aux fondamentaux anthropologiques des cultures populaires et comment le rendre compatible avec l'effort privatif pour la promotion scolaire substitué à une culture usinière qui fut la matrice à la fois réelle et imaginaire d'une unité ouvrière perdue, pour autant qu'elle ait jamais majoritairement existé ? Comment décrire l'impur mélange des classes, qui s'évaporent en simples classements, et des cultures dans le couple "ouvrier" modal, c'est à dire socialement hétérogène, homme ouvrier, conjointe employée, institutrice, agricultrice etc. et encore nombreuse dans le Nord-est prolétarien, "au foyer" ? Comment rendre compte des solidarités sociales et culturelles à géométries variables d'une diversité ouvrière liée à la géographie anthropologique et historique des écosystèmes sociaux de reproduction (J Réault Nantes Lersco, 1989), de la polarisation assez radicale des villes et des campagnes toujours agissante quoique complexifiée par la rurbanisation, comment abolir l'écartèlement des ex cultures ouvrières entre un néo collectivisme assistantiel et un individualisme moderne cherchant dans l'école une promotion privée ? Comment oser, contre l'injonction néo-intellectuelle de l'identité française négative, nommer l'attachement ouvrier, non à un mondialisme abstrait ou à un européisme que les post (?) marxistes prétendent héritiers de l'internationalisme, mais à une souveraineté nationale dont pourtant Emmanuel Todd a si brillamment montré dans sa conférence de 1994 à la Fondation Saint-Simon ( Aux origines du malaise politique français) qu'elle était organiquement solidaire de ce qui pouvait éventuellement se pérenniser et resurgir (lors d'évènements historiques singuliers non déductibles et non dans le ciel des éternités marxistes), comme plus ou moins fugace et partielle conscience de classe. Et la crise immense qui vient de surgir (2007-8) comme étant à la fois celle de la mondialisation et de la dé mondialisation pourrait encore de ce point de vue réserver quelques surprises.
L'impossible impasse sur les espaces-temps des sociétés de la mondialisation.
La mondialisation telle que nous l'avons analysée au sein du Lestamp, (J. Réault, Les sociétés de la mondialisation, Appel à communiquer et "Pour un lieu commun des sciences sociales", introduction au colloque Les sociétés de la mondialisation, Nantes, Edition Lestamp juillet 2005) d'une part comme processus global et comme politique centrale étatsunienne jouant comme prédation des sociétés des classes et modalement de tous collectifs modernes associatifs au profit d'un retour des communautés primitives, et d'autre part comme rapport social dans lequel les sociétés contradictoirement menacées, restent plus ou moins et toujours contradictoirement des sujets dans et contre elle, la mondialisation donc est étrangement abstraite sinon absente de cet texte écrit un quart de siècle après son imposition centrale à toute une planète. Est-ce parce que MV a muté son l'internationalisme verbal de l'ère soviétique en euromondialisme spécifique des néo-bourgeoisies bobos des grandes villes, ce qui est effectif mais pas forcément déterminant ici ? Est-ce plus profondément parce que la prise en compte des nouveaux rapports sociaux que la mondialisation structure mettrait en pièce toute tentative de faire survivre l'ancien système de classes indépendamment et corollairement à la dé subjectivation idéologique et culturelle, subie et volontaire, de la classe ouvrière par les ouvriers eux-mêmes au sein de leur expérience bien réelle de ces processus ? Et pourtant s'il y avait en 2003, et il y a toujours, un héritage à sauvegarder des apports marxiens et de l'expérience historique ouvrière des rapports sociaux ce serait dans la recherche des nouveaux fronts dans de nouveaux rapports sociaux induits par les processus et la politique mondialisante. Ces fronts de rapports contradictoires virtuellement champs de mobilisations de forces se situent d'abord - et chacun peut en faire le constat empirique - entre sociétés-nations (voire ensemble civilisationnels?) et prétention violente de domination centrale, entre peuples dans toutes leurs modalités et territorialisations et appareils centraux visant à les néantiser inséparablement comme peuples sociaux affrontant le capital mondialisé, et comme peuples nationaux, indispensables unités de résistance pour qu'en ce processus et face à cette politique de dédifférenciation régressive des sociétés en unité biologique de marché, l’histoire humaine soit encore possible car peuplée de sujets. Souverains. JP M semble avoir au, delà des réponses pondérées à apporter aux deux questions ici posées, intégré l'interdit, passé depuis 1984 par les gauches de gouvernement libéralisées dépopularisées et de facto mondialisées, de considérer encore la souveraineté des peuples sans laquelle, il est parfaitement oiseux de chercher des subjectivations collectives de classes qui requièrent - ce que la classe en soi de Verret avait par avance neutralisé - l'instance politique de l'État nation pour se présenter à la fois comme consciences et comme luttes. Les ouvriers en France qui avaient concomitamment perdu,- avec la financiarisation du capital relayée par leurs propres représentants dans leur État de société salariale leur pouvoir de négociation du salaire pour eux et pour le salariat, -leurs appareils de combats organisés détruits dans et par la désindustrialisation des années 80, l'appui mythifié mais précieux de l'intelligentsia d'après 1984 (Vive la crise ! de Libération, Y Montand etc.), et seulement in fine leur propre auto-identification comme acteur épico-historique autonome et/ou indexé à l'URSS; ont cependant perpétué leur existence sociale dans les nouvelles unités composites revitalisées et métamorphosées à la fois par la mondialisation.
Loin de se dissoudre dans la légitime privatisation de leur genre de vie ils perdurent avec des effets pertinents dans des unités populaires, à la fois nationales - d'où la captation conséquente de leurs votes par ceux qui osaient encore se revendiquer du peuple souverain, fussent-ils portés par J M Le Pen, et par ceux qui se présentaient comme résistance populaire, la plus précieuse et charnelle, territorialisée au niveau des formes de vie et d'habiter réelles, comme le mouvement rural emblématisée par le révolutionnaire (du printemps 1789) droit de la chasse dont le vote fut souvent proportionnellement le plus ouvrier pendant le dernier quart de siècle. Cette double myopie à l'égard de l'inscription socio spatiale des rapports sociaux qui n'est pas neuve mais dont l'intensité et la centralité structurante est spécifique de la mondialisation, se résout finalement en une seule. En deçà de l'analyse qui reste en procès, des restructurations sociales dans et contre la mondialisation, il y a le refoulement, actif chez MV qui le connaissait bien, plus latent et mimétique chez JPM, de l'apport braudélien que nous avions développé au sein du Lersco.
Depuis les premières
économies-mondes, le
capitalisme historique
se présente comme un emboitement
d'espaces temps
multiples dans Un espace
temps à prétention totale, en
procès à la fois résistible
constant et dépassable
(recentrages), celui du temps
du monde. Dans la
mondialisation stricto sensu
(telle qu'elle s'induit comme
nouvelle forme d'adaptation (Guy
Bois) à la
crise survenue après1974, la
convergence d'un processus
devenu planétaire et d'un centre
de violence sans contrepoids
systémique, la résultante tend à
devenir non seulement totale
mais totalitaire de par la
désubstantialisation de la
démocratie corollaire de la
prédation (relative) des nations
et (donc ?) des classes. S'il y
a encore des logiques de
classes à invoquer pour
l'intelligibilité des sociétés
encore faut-il les rapporter à
cette structure globalisante et
en interférence avec le rapport
social principal que constitue
le rapport des peuples au
processus et à la domination
centrale revendiquée. Ce ne sont
plus des bourgeoisies nationales
qu'affrontent les peuples
travailleurs (unités des peuples
nationaux et des exploités de la
financiarisation dont les
ouvriers ne sont qu'une des
composantes, minoritaires dans
les sociétés péricentrales). A
plus forte raison, ce ne sont
pas les grotesques
classes sup (en réalité le
salariat le plus expert plus ou
moins artificiellement séparé
statutairement du reste et en
voie de prolétarisation)
recuites par le sociologisme
bureaucratisé et notamment
bourdivin, mais l'hyperbourgeoisie
mondiale profilée par Denis
Duclos,
et ses relais idéologiques,
classes parlantes,
avons-nous formulé en 2004-
- restes bureaucratiques des ex
partis, ex ouvriers
compris- monopolisant le
discours légitime unique de
scène politique culturelle et
médiatique des capitales et
grandes villes de l'archipel
de la mondialisation,
l'industrie, le peuple, les
ouvriers les familles du
salariat expert, se trouvant en
de multiples modes
périphérisés dans
les espaces opacisés et occultés
par les media, du périurbain, du
rurbain et du rural.
L'orthodoxie poststalinienne où
doit régresse JPM pour remplir
son contrat avec l'intellectuel
qui en fut probablement
l'idéaltype doublé d'un croyant,
refoule ces réalités dont il n'a
certes pas l'intelligibilité
claire mais dont il a
l'expérience partielle pratique
et théorique. Elle le met dans
l'impossibilité de penser même,
(ce qui serait la continuation
féconde d'une sociologie
ouvrière non idéologisée qui
reste une des ambitions du
Lestamp, dans le fil des œuvres
"ouvrières" notamment de Joëlle
Deniot et de Jacky Réault voire
même par son matériau empirique
spatialisé sur des enquêtes
inédites sur l'adhésion
ouvrière au communisme, de J
P Molinari lui-même, une
sociologie contemporaine des
mondes ouvriers réels dans leurs
communalisations populaires
spatialisés où l'on se soucie
désormais comme d'une guigne de
l'ex classe ouvrière,
concept d’identification
historique qui a été dès le
début des années 80, et sous le
règne de ses ultimes
représentants (le PC et le
PS de 1981, en 1984 c’est
terminé ?) , comme frappé de
péremption
Pourtant JPM a introduit dans
son article une complexification
de la CSP 6, introduite en 1982
à l'orée même de la
mondialisation, qui aurait pu
ouvrir la voie à cette analyse
concrète socio-spatiale des
rapports sociaux dans la
mondialisation comme elle avait
été éprouvée dans l'analyse plus
générale que nous avons menée
sur le temps long des degrés
et formes de prolétarisation.
Il s'agit de la distinction
entre ouvriers de travail
artisanal et ouvriers de
travail industriel,
dont nous avions montré en
1989 la pertinence analytique
Au delà du marquage productif
c'est le maintien, de tonalité
très braudélienne, de modes de
production hétérogènes sous la
dominante capitaliste
financiarisée, que pouvaient
indiquer cette partition à forte
composante spatiale de surcroît
donc virtuellement supports de
communalités populaires
différenciées, urbaines,
rurbaines, rurales et évidemment
de formes de prolétarisation,
le seul concept pouvant perdurer
sur le temps long des
métamorphoses du capitalisme.
Nous les avions systématiquement
éprouvées dans ce travail de
1989, sur les formes de vies
ouvrières dans les écosystèmes
sociaux (populaires donc) de
reproduction. Tous les pluriels
y étaient déjà de même que la
problématique dominante de la
mondialisation dans les rapports
sociaux affrontés par les
ouvriers était déjà
explicitement affirmée dans
notre Ouvrier de l'Ouest
publiés à la fin et dans le fil
de la dernière recherche à vaste
ambition nationale, de l'ATP
CNRS Observation du
changement social et culturel,
Jacques Lautmann, Henri Mendras.
La régression sur ce point
marxiste orthodoxe, de
la pensée tardive de M Verret a
éloigné JPM de cet héritage
qu'il connaissait
comme participant tardif mais
réel à l'ATP et parce que les
œuvres citées avaient été
conçues en radicale autonomie
personnelle certes mais dans le
cadre de notre commune
appartenance au Lersco. Ainsi
l'idéologie économiste
stalinienne - où l'expérience
humaine réduite à la
chosification des forces
productives - (ou social
démocrate, sur ce point assez
proches) l'emporte, et, des deux
indicateurs cruciaux ouvriers
de l'industrie, ouvriers de
l'artisanat, n'est fait
qu'un usage réducteur sous la
rubrique du travail productif
alors qu’ils renvoient à des
univers sociétaux différents, ne
serait-ce que par le lien des
modes de production de la petite
production avec les mondes
ruraux qu’ignore radicalement
JPM.. Ainsi les virtualités
théoriques malgré tout accrues
de la CSP revue PCS de 1982,
sont étouffées dans l'œuf, cuit
et recuit du fossile théorique
de la classe en soi. Si
reste quelque chose à sauver de
la thèse qui fait des ouvriers,
(à intégrer désormais d’une part
dans des ensembles de salariés
requis par la production au sein
des sociétés nationales
affrontant la mondialisation,
d’autre part dans des milieux
socio-spatiaux populaires) ceux
qui affrontent en première ligne
le capital mais dans son
actuelle forme financiarisée,
c'est d'évidence dans ce
contexte qu'il faut les analyser
dans la double médiation des
deux modalités spatiales du
populaire, le territorial
qualifié et le national. Au delà
le concept n'a plus aucun sens
comme l'idée d'un peuple
transnational, une absurdité.
Dans ses limites qui sont celles
de l'économisme mais aussi
de son meilleur corollaire le
goût de la précision
statistique, par sa probité
descriptive y compris
lorsqu'elle gène la théorie (l'ouvrier du tertiaire ?), par certaines inquiétudes qui osent s'y manifester marginalement et par le souci permanent d'introduire des successions datées sinon strictement de l'histoire, parce que donc irréductible au vide idéologique du champ, gardant, ne serait-ce que dans son nominalisme, la nostalgie d'une totalité concrète intelligible, ce texte pourra faire référence sociographique et sous réserve de contextes plus larges, historique. Son édition sur ce site du Lestamp Association est à lire comme un hommage à un auteur et une personne, que son institution universitaire, département et UFR de sociologie de Nantes, s'avéra incapable de lui rendre, trop atteinte qu'elle était déjà, il y a déjà cinq ans, par le mal autophagique et épurateur dont elle ne finit pas de mourir et qui l'empêche à jamais se donner le miroir de son inexistence dans la fête (la célébration en est une) impossible. Le propos est hélas généralisable à beaucoup d'autres sites de la post-université. Comme l'a évidemment constaté le lecteur qui nous aura suivi jusque là c'est à propos d'une pensée inquiète donc vivante, qui méritait et mérite toutes les joutes de la disputatio intellectuelle dont JPM fut si friand et parfois dans une dureté de parti et d'époque durant sa vie, que nous avons esquissé cette exégèse sans complaisance qu'appelait le contexte d'une école intellectuelle survivante dont l'histoire reste à écrire. Et c'est dans cet esprit que ce qui n'a été au début qu'une brève médiation (y compris sur ce site) est devenu d'une certaine façon, comme son objet-sujet même, un autre essa. Il fut un membre actif et parmi les plus éminents des collectifs de chercheurs, le Lersco, le Lestamp EA Université de Nantes, dont nous procédons, comme toujours dans les identifications vivantes, par héritages et par ruptures. Ceux qui se prétendent encore gardiens d'une tradition théorique plus féconde que ses pétrifications dogmatiques, en l'occurrence la pensée de Marx, - et parmi eux le maître d'ouvrage même de l'essai de Jean-Paul Molinari l'inspirateur adulé de ses postulats-, n'ont pas cru devoir manifester leur réception de leur travail littéralement sous-traité, ni encore moins le publier. Le Lestamp association, laboratoire associatif qui n'a d'autre ligne théorique que son goût de la liberté et de la profusion des idées et sa quête des unités vivantes contre le côté mortifère du construit sociologiste, se devait de mettre ce texte comme réprouvé par son inspirateur, à la disposition butineuse et critique de tous ceux qui restent en faim insatiable de connaître, et même si c'est (peut-être ?) dans des catégories antérieures à leur gestation, les sociétés de la mondialisation.
Jacky REAULT
Lestamp-Association (Que faire de la classe du Lersco ?) Juin 2005. Revu et très largement augmenté entre le 11 novembre 2008 et février 2009. Lestamp-Association, Habiter-PIPS EA de l’Université de Picardie Jules Verne, sous le titre Les ouvriers de la classe au peuple. L'après de l'émancipation
Note sur les notes
Certaines
des notes ici fournies
constituent de brefs essais et
notamment les exposés théoriques
concernant le devenir
contemporain et les limites
d'une heuristique de classe
ainsi que la genèse du concept
historique organique de classe
ouvrière. Ils sont pour
l'essentiel élaborés dans le fil
de J Réault, De l’en soi au
pour soi, le chez soi.
Communication à Bilan
réflexif d’itinéraires de recherches en
sciences sociales ;
Journées d'Habiter-Pips. Axe III
Amiens 5 décembre. une
préédition web (
epublication)est
disponible à J Réault (Editeur)
Bilan réflexif d'itinéraires de
recherche en sciences sociales,
in
www.sociologie-culture.com Pour
faciliter la lecture des notes autonomisables on a choisi la
couleur bleu.
C'est
de loin la plus importante et la
plus nourrie des trois œuvres
posthumes qui sont désormais
avec celle-ci accessibles, avec
l'article Retour à Mauss, parue
in Y Guichard-Claudic, Ph
Lacombe, C. Papinot, De
Bretagne et d'ailleurs.
Université de Brest 2004,
(Mélanges offerts à Anne
Guillou), et Ouvriers classe
ouvrière : entre déclin et
redéploiement, sa contribution à
P. Bouffartigue. Le retour
des classes sociales,
inégalités, dominations,
conflits, La Dispute 2004.
Signe de liens et de
reconnaissance fort, es auteurs
et éditeur ont dédié leur livre
à JPM. Ce qui est un élément de
réponse à une de nos questions.
Ce qui est d'ailleurs
tautologique car le mythe est
l'attribut organique de tout
grand sujet historique (ou
biographique d'ailleurs) et non
une sorte de maladie archaïque
que traitent avec mépris les
sociologues qui en se drapant
dans quelque parti de la raison
évolutive se montrent
radicalement inaptes à rendre
compte de l'épaisseur complexe
d'un réel humain non
modernisable sous peine de
ne plus l'être
J Deniot, J Réault 2006 sur
www.sociologie-cultures.com
Emmanuel Todd, Sur le malaise
politique français.
Fondation Saint-Simon. 1994. Et
l’illusion économique, essai sur
la stagnation des sociétés
développées. Gallimard 1998
D'autres couples antinomiques et
interrogatifs peuvent peut-être
plus dialectiquement l'exprimer
: - Cet essai constitue-t-il
comme un retour aux sources ou
un retour en arrière ? Un reflux
dans l'imaginaire ou une
résurgence du réel ? L'avenir
d'une illusion ou un repentir de
l'histoire qui vit s'effacer
dans les sociétés centrales
les classes sociales
issues des deux premières
révolutions industrielles et qui
étaient encore plus ou moins
constituées politiquement à
l'orée de la mondialisation
(1974-1984) ? Ces formulations
ne sont pour nous exclusives ni
dans leur successions ni même au
sein de leur polarisation.
Pourquoi faudrait-il répondre
dans l'univocité tant à la
complexité d'une pensée qu'à
celle du réel ? Pour ce faire
point n'est besoin de s'inscrire
dans un métalangage théorique
radicalisé par la sauvage
fétichisation d'une "rupture", -
sommet de la schizoïdie
althussérienne-, notre épistémè,
autour des concepts de
milieux, commun, populaire,
etc., se résume autour de la
formule fédérative de lieux
communs des sciences sociales,
une "sociologie" véritable a
besoin de toutes les sciences
sociales donc d'un langage
transversal qui participe,
certes, sous réserve d'une
exigence de rigueur
particulière, des mots de la
tribu, ( Mallarmé). Il y a
dans cette démarche une
interférence avec d'autres
réflexivités critiques des
sciences sociales dont celle de
Michel Maffesoli autour de la
connaissance ordinaire
(Méridiens 1985) qui reconnait
une dimension de connaissance
dans toute expérience sociale,
sous réserve peut-être,
d'ajouter, pour ce qui nous
concerne que c'est chaque fois à
éprouver en termes de forme et
de degré de connaissance
Les contemporains de la
genèse des ouvriers modernes
selon l’expression classique
des Marx et Engels du Manifeste,
dans l'Angleterre du dernier
tiers du 18° siècle les
appréhendèrent comme une unité
historique nouvelle à
l'interférence de trois
déterminations théoriquement et
réellement différentes et dont
la confusion est jusqu'à nos
jours source de confusion jusque
dans la sociologie la plus
contemporaine, - 1°) la
prolétarisation abusivement
absolutisée en prolétariat
(formule savante et/ou
assistantielle à l'origine, puis
idéologique), mais dont le
succès s'ancra dans les
caractères particuliers de
l'accumulation primitive
anglaise qui avait effectivement
engendrée, avant
l'industrialisation, un
prolétariat. La prolétarisation
en revanche reste un concept
non idéologique si on en cherche
les indicateurs de formes et de
degrés, mais ce qu'il dénote et
pondère est transversal à toutes
les sociétés agies par
l'accumulation du capital et non
à un sous-ensemble fut-il
ouvrier. -2°) le
travail intégré aux
machineries de la naissante
grande industrie de la
première révolution
industrielle, définissant
des producteurs (parmi
d'autres, artisans, paysans,
composantes à un autre niveau de
largement dé dans la société)
inséparablement de valeurs
d'usages et de survaleur - 3°
la stricte situation
hiérarchique et statutaire
d'exécutants pour l'immense
majorité, ce qui n'exclut pas de
grandes variations dans
l'autonomie pratique, objet
notamment de la belle sociologie
ouvrière de Pierre Dubois, un
des rares sociologues à avoir
sociologisé l'usine de
l'intérieur avec Joëlle Deniot
(autour du concept ouvrier de
coopération). Ces deux auteurs
mettent à l'avance en pièce la
tardive définition verticale de
M. Verret (salariés
d'exécution), une de ses
transitions, en y réfléchissant
de la "classe ouvrière" au
"bas". La seule
identification indigène
et la plus auto revendiquée
(ouvriers, working classes,
Arbeiter,) fait référence à
la seconde détermination,
inégalement solidaire de la
troisième et c'est dans la
fabrique (usine, factory...)
matrice de nouveaux collectifs
justement soulignée par ce qu'il
y a de sociologie transférable
dans le Manifeste communiste,
surgit l'identification
nominale dans un mot qui en
français reste, on l'oublie
trop, une perception sublimée et
non dévalorisée de leur activité
Œuvre, ouvrier, et à un niveau
de conscience de soi interactive
avec la conscience sociale
générale, classe ouvrière,
furent, au cours des
développements des révolutions
industrielles dans l'espace du
monde, universellement le
principal principe
d'identification collective au
point que dans la plupart des
sociétés centrales le mot de
travailleur
fonctionna comme quasi synonyme,
alors que, tant dans la réalité
que dans la conscience de soi la
prolétarisation, d'ailleurs
lentement surmontée jusqu'à la
veille de la mondialisation, ne fut jamais un critère principal et il ne pouvait évidemment pas être un critère exclusif. Quant au terme de
prolétariat il était devenu le marqueur principal de l'idéologie marxiste et pire, des États qui prétendirent s’en inspirer, et fut privilégié comme principe massifiant de perception que se donnèrent les partis et les états communistes.
Du travailleur libre au travailleur libre, la classe ouvrière comme parenthèse ?
Deux révolutions industrielles avaient tendanciellement permis leur -toujours relative-
constitution en classe, comme
classe ouvrière, unité de pratiques d'institutions et de sens cependant toujours partiellement hétéronome pour les ouvriers existants parce que disputée entre des fractions ouvrières plus ou moins durablement organisées inégalement autonomes, les appareils politiques et syndicaux toujours ambivalents, voire les États (?), qui s'étaient proclamés leurs représentants, différentes fractions de l'intelligentsia dans ou hors l'Université. Après l'abandon quelque peu dans un autre ordre de cette
représentation pratique (grèves, mouvements sociaux) et/ou instituée, d'un sujet historique qui fut toujours et par définition de son lien organique ( là le Marx de la section VI du Capital est indépassable), à l'accumulation du capital, à géométrie variable donc toujours inégalement réalisée, la mondialisation accéléra
la transformation des ex - appartenant (?) de tous degrés de toutes positions centrale ou périphériques, de toutes formes d'action et de "consciences" à une
classe ouvrière- en ouvriers, personnes familles lignages. Des sujets modernes en l'occurrence ?
Ne peux-ton dire, au vu de la démanuélisation du travail ouvrier et de la mécanisation du travail employé voire expert, et en considérant l'homogénéisation populaire sociale et/ou populaire commune des modes de vie, que l'appellation ouvrier est, y compris pour les intéressés (sans négliger l'effet interactif des appellations maisons) est en recul et pas nécessairement par un effet de rapport social subi. Pour passer à un niveau théorisé d'une telle hypothèse, en inversant d'une certaine façon le propos tenu dans l'ordre d'exposition du Capital qu'avec la mondialisation les ouvriers sans classe ouvrière font
retour au statut générique de travailleurs libres, salariés parmi d'autres ?
Ils vivent normalement d'abord une vie privée durement conquise quoique sans doute plus intensément impliqués que les salariés à statut hiérarchique ou d'expertise scientifique, et de toute façon spatialement séparés, au sein de tissus populaires variés unifiés spatialement. Dans ces milieux fortement
empaysés (ancrés dans un territoire immédiat), ils s'inscrivent dans et s'identifient modalement de façon tenace et contraire à l'idéologie prolétarienne des marxistes, comme peuples national en même temps que partie principale d'un peuple social. Le local serait ainsi par ce biais de l'expérience populaire vécue, médiateur plus qu'opposé au national. C'est dans cette référence qu'à partir environ de l'année charnière orwellienne et symbolique de 1984, en majorité, contre la majorité de leurs anciens représentants politiques et ex alliés intellectuels, mais au sein de leurs hétérogènes milieux de vie, ils s'engageront parmi les plus tenaces résistants à la désouverainisation, cette pointe aigüe des processus et des politiques de la mondialisation. Libérés du double mythe stalinien de la "dictature du prolétariat" par l'effondrement symbolique de l'URSS et l'obsolescence intellectuelle morale et politique de leurs
représentants qui les renient jusqu'à oublier leur nom, c'est dans des résistances doublement
empaysées, localement et nationalement qu'ils se sont principalement situés. Loin de s'évanouir, selon la description aussi myope que malveillante qu'en donnera la fraction de la sociologie qui continue à invoquer leur passé pour déconsidérer leur présent, dans une passivité sociale et politique, une démoralisation « populiste » etc., ils intègrent dans leurs mobilisations le dense faisceau des déterminations contemporaines qui constituent autant des contributions actives à... que des effets de..., la mondialisation. On citera pour mémoire et sans aucune exhaustivité - La rupture par leurs organisations politiques du contrat scellé jusqu'en 1983-4 avec l'État nation qui avait imposé au capital l'indexation de la croissance
au progrès social (Aglietta, A Brender, Les métamorphoses de la société salariale. Calmann-Lévy 1984)
dont la hausse continue de salaires, -la désolidarisation active et très vite méprisante des intelligentsias mutant en
classe culturelle (E. Todd L'illusion économique)
mondialisées, la constitution d'un nouveau bloc historique adverse (des partis de gouvernement et des intellectuels euromondialisés), unifiée, selon les auteurs, par
la pensée unique, la pensée zéro, qui leur barre tout espoir généralisé de hausse des salaires interdites par l'asservissement par Fr Mitterrand du franc au mark-rentier déflationniste, tant au niveau largement dé monnayé de leur établissement de travail, qu'au niveau national à l'issue de mouvements sociaux. Entériner, avec ce réalisme historique qui constitue un élément structurant de temps long des cultures populaires, paysannes artisanales et rurales d'abord mais aussi largement ouvrière, ce qui dans une conjoncture historique
dépend d'eux et ce qui n'en dépend pas, ne signifie pas bien au contraire, s'enfermer dans cette amère nostalgie auquel les réduisent l'ethnocentrisme de classe et de scène de la sociologie post-classe ouvrière des années de la mondialisation.
Une théorie générale de la mobilisation (la société est contre nature,(Moscovici),
la crise est première (R. Girard, P. Legendre, la culture est (d'abord) un
système de défense, G
Devereux, voire Marcel Maget)
A partir du colloque du GIRI (1984,
Les processus de la mobilisation sociale) que nous avions personnellement proposé et directement organisé (et dont seules les communications d’historiennes sont éditées, d’autres le seront par nos soins), la culture du Lersco (sa composante sociologique, intégra avec des variantes personnelles le concept de mobilisation pour faire pièce à ce que nous pensions être une tendance logomachique dans l’utilisation de celui de
stratégie, que ce soit dans sa variante économiste rationaliste ou dans sa variante bourdivine cumulant tous les désavantages du dogmatisme de l’habitus et de l’idéalisme idéologique. Le texte de JPM revient en deçà de cette critique après que MV se soit rapproché du clan disciplinaire des descendus de P. Bourdieu. A l'encontre de la réduction passéiste et un tant soi peu condescendante du soi-disant monde privé des ouvriers vus par Olivier Schwartz nos travaux et ceux de Joëlle Deniot avec son
Décor ouvrier, la seule socio-ethnographe conséquente de l'intimité ouvrière, convergent dans ce postulat que penser concrètement les ouvriers réels passe par la prise en compte des mobilisations au sein même des formes de vie ; leur mobilisation principale est devenue leur forme de vie, ce qui les a mis finalement dans le lot commun des hommes et a fait sortir ceux qui en étaient englués, de la condition prolétarienne ; mais cette irruption de réalités brise le caractère exhaustif et le caractère exclusif de la définition distinctive d’une « classe ouvrière » par . On rappelle pour mémoire(dans le fil de notre ouvrage
de 1989 , Formes de vie ouvrière et écosystèmes sociaux de reproduction, Nantes, Lersco, o.c. les éléments principaux d’une grammaire générale d’une telle approche. C'est à travers elle que l'on peut penser -les -mobilisations lignagères familiales territorialisés en tissus populaires restreint, - les mobilisation territorialisées en tissus populaires larges, suburbaines rurbaines rurales, - les mobilisations économiques nationales, l'hégémonie des services matériels face à l'Etat, - les mobilisation d'établissements essentiellement défensives, virtuellement trans-salariales, et même - les mobilisations syndicales et politiques où se condense l'unité dialectique des écosystèmes de reproduction populaire et du national. C'est sans doute dans la mobilisation la plus sociétalement requise, pièce maîtresse du roman social de ce pays mais en même temps structuration de sa reproduction, l'ambition à s'instruire, les mobilisations scolaires, que la survivance d'une vision de classe unifiable des ouvriers se trouve le plus radicalement mise en défaut. Les fonctions de cette scolarisation, à la fois transmission virtuellement égalisant et marquage statutaire très intense en ce pays sont d'entrée devenues radicalement ambivalentes : vertueuses tant que l'école transmit, elles deviennent perverses par la disqualification sociale de l'absence de diplôme, qui, instrumentalisée par les media et les
classes parlantes françaises, voire plus largement les classes culturelles triturées par la presse des années 80-90 ont induit, (sur ce point E Todd de l'illusion économique) est irremplaçable),
l'antipeuplisme et son instrumentalisation politique, pour tenter de promouvoir encore leur descendance par l'accès à l'Université, dans lesquelles ils se trouvent ; la possibilité d'y pourvoir les met dans une assez radicale inégalité selon leur qualification et leur degré de prolétarisation
et plus relativement au sein de tissus territoriaux hétérogènes selon les
écosystèmes sociaux populaires de reproduction
où ils sont insérés. Certes tous, mais ils ne sont pas les seuls subissant les effets de l'abandon par l'institution scolaire puis universitaire et largement là aussi à l'initiative de leurs ex représentants, de la transmission d'un haut niveau de savoirs à l'échelle de multitudes. Dans les années 80-90, derrière les plumes venimeuses de la presse des bourgeois maoïstes de 68, avec S July, H Le Bras, A Lipietz, etc., l'attribut populaire historique de l'absence de diplôme devient un marqueur de leur sous humanité de peuple indigne au vote déshonorant. Ignoble retournement du handicap relatif en pêché originel pour le plus grand profit du parti socialiste, jusqu'à ce que l'histoire leur renvoie la pichenette vengeresse de l'éviction de
Lionel Jospin, ce grand liquidateur de l'école du peuple en avril 2002.
1999. L’Harmattan.
J Réault,
Formes de vie ouvrière et écosystèmes sociaux populaires de reproduction. Nantes Lersco
1989.
In, J Deniot, avec C Dutheil,
Crises et métamorphoses
ouvrières. L’Harmattan 1994.
E Todd, L’illusion économique, o.c. et P A Taguieff, Résister au bougisme.
Mille et une nuits 1998.
Cet antipeuplisme est d'abord l'expression et l'injonction du
haut des scènes médiatiques et des oligarchies
monopolisatrices des centres, bobos
qui titrait le Monde des 24 et 25 juin "font passer les villes à gauche", - Gauche ? Tendance mondialisation-. Il trouve son complément apparemment paradoxal dans le verbalisme gauchiste universitaire de dénonciation du peuple et du
populaire, méprisés réduits à l'abjecte
domination sans appel et sans espérance de la vulgate bourdivine dont le succès, jusque sur les ondes de BFM (Business FM) tient au mélange de simplisme théorique, une pensée binaire non contradictoire à connotation éthologique, et d'une langue confuse et ampoulée qui impressionne naturellement l'inculture. . Et ce n'est pas le seul terrain où les deux anciens rivaux (les marxistes orthodoxes irréductible ex communistes et le clan bourdivin) se sont, dans cette nouvelle période, profondément rencontrés- le
bas et la misère mêmes appas, - jusqu'à ce que leurs héritiers mêlés forment le l'appareil de pouvoir le plus cynique et cruel de la lutte pour le pouvoir les places et l'argent dans la sociologie instituée. Leur dénonciation du dit
populisme reste cependant embarrassée voire confuse, comme celle de l'Alain Pessin du
mythe du peuple, tentant avec Bruno Péquignot, lors du colloque
Les peuples de l'art (Octobre 2002 Nantes, Lestamp) d'imposer un brulot à prétention définitivement abolitionniste en propos liminaire normatif. L’édition des actes a ironiquement repondéré leur tentative en la reléguant en fin d’un tome sous la rubrique « déconstruction ». En revanche il n'y a aucun état d'âme, sur des scènes légitimes et de la bien-pensance dénonciatrice du
populisme, chez Pierre Rosanvallon, l’idéologue principal - le plus haineux en tout cas - de ce mouvement d'abolition scientifique
des peuples. La cohérence est radicale de celui qui fut de surcroit un des inspirateurs de la CFDT rompant avec le mouvement ouvrier du premier recentrage de 1978 jusqu'à l'effondrement de 2003 et qui signa dans
les lieux de Mémoire de Pierre Nora l’article qui prétendait désymboliser la souveraineté du peuple obsession de toute son œuvre. Mais c'est avec
La nouvelle question sociale. (Seuil 1995) que la clé de cette pensée se livre avec une théorie d'une raison sociale réductible à la supposée transparence darwinienne des gènes prétendant annexer la théorie de la justice de Rawls et prôner cette
inversion de l'égalité républicaine en équité alias inégalité,
fondatrice d'un nouvel ordre social totalitaire, comme l'avait lumineusement montré Luc Boltanski dans le célèbre article
misère de la philosophie sociale
(Le Monde 7 fév. 1995)L'antipeuplisme théorique a dans les sciences sociales également une dimension de guerre civile
contre toute sociologie qui la récuse : les héritiers du Lersco non marxiste et radicalement autonome à l'égard de tout appareil politique dans le Lestamp et d'abord la plus illustre, l'auteure de deux des références les plus achevées d'une sociologie et d'une anthropologie ouvrières, La coopération ouvrière à l'usine des Batignolles (Anthropos 1984), Le décor ouvrier (L'Harmattan 1996), l'éprouvèrent pratiquement sur eux-mêmes et sur leurs entreprises de recherche avec une violence qui alla croissante entre la mise au mur publique à Nantes (28 janvier 2003) au nom du fondateur du Lersco et de quelques comparses, en janvier 2003, la privation de tout moyen de recherche et de direction de thèse, et le détournement, matériellement découpé par ce même fondateur, vers une
récupération Grenobloise de tout un pan d'œuvres au profit d’un personnage médiocre et creux devenu la nouvelle épouse du maître du lieu en 2004, puis son successeur en passant par une HDR ad hoc.
Classes et problématiques de classes : Marx est le théoricien et plus modestement l'annaliste, historien du présent, des
luttes de classes pas des
classes dont toute sociologie s'inscrit dans un fixisme bureaucratique, latent dans les classes du Lersco et manifeste dans sa dégénérescence en
reproduction et habitus dans la vulgate bourdivine dont la responsabilité est radicale dans le déclin intellectuel de la sociologie instituée. Si l'on veut se donner une approche à la fois extrêmement élaborée, profonde et prudente de la fécondité relative d'une
problématique de classes et non de
classes entités nominalistes, il faut lire et relire, des historiens d'avant une stérilisante sociologisation mais, pour faire vite et fort et sans trop se soucier de la forte coloration structuraliste d'un discours partiellement daté, l'un des plus savants interprètes contemporains de Marx, pour qui la connaissance des sociétés ne saurait se réduire à une conception disciplinaire bornée de la sociologie, Nikos Poulantzas (Pouvoir politique et classes sociales Maspero 1975). Une détermination de classe se manifeste par
l’effet global des structures d'une formation sociale,
(complexe singulier et historique de modes de production, d'institutions de langue d'ordre sociétal, etc.)
dans le domaine des rapports sociaux. Sachant que cet effet se manifeste (ou pas) spatialement et historiquement dans des
actions (virtuellement ou manifestement, politiques) déclarées de quasi groupes dont le degré d'existence réelle, ne s'adjuge que dans des pratiques réelles manifestant l'effet pertinent de la
position dans les rapports de production, dans le domaine politique, comme
forces sociales, parmi d'autres forces sociales. Cet effet global manifesté en effet pertinent ne s'adjuge pas
a priori dans les agrégats économistes d'une classe en soi, pur artefact de statisticien se disant sociologue, mais dans des
actions déclarées et des déterminations éventuelles sur l'ensemble des pratiques (hypothèse de totalisation).
Le tournant de la mondialisation (1974-1984) et la fin du cycle
ouvrier ( R Debray) et socialiste
qu'entérina l'effondrement de l'URSS
avec un retard dû à l'inertie des rapports sociétés-États, ne signifient pas que de tels
effets tendanciellement tous azimuts et
les actions déclarées de forces sociales
soient devenus inexistants. Il est notamment indispensable d'éprouver heuristiquement
une problématique de classe à l'échelle de la mondialisation (Guy Bois, Une nouvelle servitude. Essai sur la mondialisation
F-X de Guibert 2003), c'est à dire pensant l'interférence contradictoire du processus mondialisateur et des sociétés réelles modalement nationales. Les configurations-actions de classes continuent de s'adjuger d'abord, ce qu'avait d'ailleurs fortement affirmé le Marx du
Manifeste, au sein des États-nations affrontant les processus et les politiques, internationales en 1848, mondialistes en 2008. C'est cette approche qu'a esquissée, par exemple Denis Duclos avec le repérage d'une l'hyperbourgeoisie mondiale
(Monde diplomatique Août 1998), à base évidemment principalement centrale (américaine) reléguant les bourgeoisies nationales dans la même subordination que les mondes populaires (plèbe travailleuse et ensembles de communalités culturelles et politiques transclasses) et les peuples (populi). De la même façon on ne peut penser désormais en termes de sciences sociales (expression plus fiable que l'étriquée
sociologie) sans intégrer le développement au sein des sociétés nationales mais en plus ou moins grande fusion mondialisée entre elles) de
classes relais de l'hyperbourgeoisie mondiale : les bourgeoisies intellectuelles médiatiques et institutionnelles des grandes capitales travesties dans une bien-pensance
de gauche, les bobos
de David Brooks. Sous réserve d'en étudier les attributs plus larges que le repérage purement culturel de D.B., liés aux conjonctures et situations nationales, ces nouveaux complexes de classes constituent un objet d'étude indispensable, adossées en France non seulement aux media et à la monopolisation de toutes les scènes sociétales, mais à l'État culturel, avec une plus ou moins grande hégémonie sur une plus vaste (et conceptuellement plus floue) classe culturelle, telle que l'a définie Emmanuel Todd dans l'Illusion économique. Dans l'analyse de Poulantzas les
classes qui ne sont que des ensembles dynamiques entre virtuel et réel et à géométrie variable, ne sont qu'une des manifestations historiques de l'ensemble logique plus large de
forces sociales trouvant hors l'économie, dans la religion, les cultures territoriales, etc. d'autres bases à leur mobilisations sociétales et ou politiques. Loin de nous l'idée que la fécondité qu'une telle problématique
de classe, dans un sens à la fois rigoureux et souple, soit totalement épuisée, sous réserve de toujours la situer dans une conjoncture historique et spatiale (les
économies-mondes de Fernand Braudel, l'actuelle et singulière
mondialisation), singularisée. Mais cette posture intellectuelle ne saurait ressusciter les formes abolies. Les ouvriers, pour autant que l'on puisse les appréhender unitairement, s'inscrivent désormais au sein du travail de l'emploi et surtout des formes de vie modalement hétérogènes, dans de vastes ensembles transclasses que la qualification de
populaires nous paraît le mieux approcher, sous réserve d'inventaires sans fin (c'est cela une science sociale : à jamais inachevée). Supplémentairement à cette approche théorique abstraite, un indice politique fort de la pertinence d'une telle conceptualisation nous en semble donné par la disqualification du
populaire, des peuples et évidemment de leur constitution politique comme nations souveraines, de la part des classes mondialisées et de leurs relais (post ?) nationaux. Cette disqualification est active et manifeste depuis le tournant de 1984 avec le
Vive la crise ! , des autoproclamées élites ex
de gauche voire ex communistes ou
gauchistes, version soixante-huitarde. Elle vaut pour les peuples et cultures populaires. Elle vaut pour ceux qui, dans les sciences sociales s'inscrivent dans une problématique qui refuse de disqualifier à la fois les concepts et la réalité charnelle vivante des personnes dont les attributs participent des trois acceptions du populaire, la plèbe travailleuse (l'essentiel du salariat), les symbolisations et valorisations relativement communes transversales à de multiples ensembles sociaux, les peuples nations à vocation souveraine dans l'anthropologie qui s'origine dans le printemps de 1789. (Extrait de J Réault, Documents pour servir à la communication aux journées d'Habiter-Pips Axe III Amiens 5 décembre 2008.
Selon l’expression devenue canonique et le livre de H. Hamon et P. Rottman. Ramsay Mac-Donald. 1984.
Voir sur ces concepts nos
articles
Retour des peuples ?-I- Les milieux populaires du Non français
d'avril 2005
Analyse au vif des composantes du NON français au referendum de l'Europe des oligarchies.
Retour des peuples II-
Peuple politique Peuple social Peuple sociétal, pour un lieu commun des sciences sociales Essai
de sociologie politique
Février 2009,
www.sociologie-cultures
Relaté sur des documents de première main par François Matheron - site web
Dir. J Deniot,
Libre prétexte. Disponible.
Où va la classe ouvrière française ?
, Où va le mouvement ouvrier français ?, Où va la culture ouvrière française ?
(Sociologie du travail 1989 -I-). La façon de titrer est verretienne, - mais le rival de la très officielle Documentation française, Olivier Schwartz et l'adversaire (J N Rétière), n'avaient-ils pas déjà donné l'exemple du mimétisme ?-, à ceci près qu'une salubre modestie, peut-être leur a fait abandonner la prétention prophétique attribut divinatoire du, seul, maître. JPM se range à cette modestie conforme. On est passé du devenir prophétisé à la présentification quasi tautologique. Mais de ce fait il se coule, et tout aussi littéralement dans une référence, très officielle (éditée en 1994 par la Documentation française, après l'effondrement socialiste de 1993, mais commandé en un temps où la présence socialiste dans l'État croyait encore utile de se justifier par la
conscience philosophique d'autrefois) sous les plumes conjuguées J-N Rétière et O. Schwartz, se disant avec chacun leur modalité de distance, hérétiques mais restant fascinés par le fondamentalisme de M. Verret. L'anachronisme de l'expression était déjà radical et l’année même de l'édition, E Todd l'avait magistralement montré dans son
essai sur le malaise politique
français (Fondation Saint-Simon) ; c'était désormais ce nouvel ensemble pertinent "les classes populaires" qui constituait la forme et le pôle pertinent de la contradiction sociétale principale face aux dites "élites" et dans les rapports sociaux de la mondialisation. Peut-être la
classe ouvrière réduite
au minimum du mot, trouve t elle
là dans cette illusoire survie
insufflée par des intellectuels
d'État, son ultime mention
Il est vrai que son commanditaire travaillait parallèlement et très activement à la disparition intellectuelle et matérielle du Lestamp de sa directrice (qu'il fit coller sur une liste de proscription dans sa propre Université) et de l'auteur de ce texte et que son action visible s'était déjà manifestée à deux reprises Par une tentative de disqualification solennelle du populaire du Lestamp dans le colloque du GDR Opus (Les peuples de l'art
octobre 2002; Edition J Deniot A Pessin L'Harmattan 2004) ), à Nantes même, en ayant exigé la communication inaugurale, menée par son
complice et éditeur Bruno Péquignot et le nouveau mari de sa dernière entreprise de découpage dans le vif (de l'œuvre de Joëlle Deniot), Alain Pessin. Nous avons (comme membre du comité de lecture du livre, soigneusement conservé ce texte d'anthologie dans l'édition sous la rubrique
Déconstruction). Et comme cela n'avait pas suffi l'hallali fut tenté par une mise au mur du lynchage public de la directrice du Lestamp le 26 janvier 2003, avec la bénédiction écrite de Michel Verret et de ses amis. Jean-Paul Molinari était encore vivant et membre du Lestamp. Après la délicate suggestion de devenir cendre qui lui avait personnellement été faite dans ses Mélanges, et cet autre exercice
in vivo de la scène capitale, l'effroi qu'il nous manifesta était tout sauf feint. Il n'en termina pas moins son texte et le remis à son commanditaire, trois mois avant de disparaître.
Outre les références déjà données supra, voir pour l’exhaustivité de ces titres l’article précisément écrit par J P Molinari dans le Mouvement social et intitulé
La sociologie de la classe ouvrière de Michel Verret.
Le désastre scientifique des SES. L'invention de cette formation finalisée sur l'enseignement secondaire et très scolaire qui par une dérive de l'institution devint une vivier de recrutement d'universitaires très formatés devrait être interrogée comme une des composantes de la crise des sciences sociales puisqu'elle donne un statut sanctionné d'éminence scientifique à des
enseignants encore supposés chercheurs qui se réclament à la fois de l'histoire, de l'économie, de la sociologie, alors qu'ils n'ont dans aucune de ces matières une formation fondamentale achevée dans le sens et les exigences où on l'entend au sein de chacune de ces disciplines, et dont le recrutement favorisé par la clôture idéologique fascinante de leur propos, passe par les réseaux de pouvoir des sciences sociales des ENS et des IEP, d’où semble avoir disparu le critère scientifique de la réfutabilité au profit de la clôture systémique d’un savoir supposé achevé, à l’instar de l’illusion requise dans un manuel d’enseignement secondaire, mais épistémologiquement désastreux pour l’invention au niveau de la recherche fondamentale.
Allons plus directement à notre cible ici : l'immobilisation mentale de ceux qui prétendent encore vif ce qui est mort, et les classes sociales d'hier transférables dans les sociétés de la mondialisation ne signifient pas forcément l'obsolescence définitive d'une heuristique
de classe. Nous en traitons largement dans la communication pour la Journée
Retour réflexif sur des itinéraires de recherche
de l’EA de l’Université de Picardie Jules Verne, d'Habiter-Pips, Axe III
Amiens 5 décembre 2008.
J Réault, L’en soi, le pour soi, le chez soi…
Ainsi
les ouvriers nazairiens
(de l'aire d'emploi de Saint-Nazaire) ou en meilleure rigueur, y compris marxienne certaines de leurs actions collectives déclarées, pourraient passer, comme "de classe ouvrière". Il n'y a pas pour contredire cela encore d’anatopisme
(Michel Tournier, Vus de dos.
Gallimard.) : Saint-Nazaire, le jour en tout cas, reste une des rares villes
authentiques, c'est à dire microcosme relatif de toute la société, avec Saint-Etienne et Marseille, tant que des peuples œuvrant mais aussi,
ouvriers se retrouveront dans ses chantiers et qu'elle ne sera pas ridiculisée par le "sur mer" dont veut l'affubler, pour singer du Nantes bobo de J Blaise et J Marc Ayrault, la réduction spectaculaire marchande à l'image, son maire post-chevènementiste. Quant à l'anachronisme, la mythique matrice, la
fourme comme on dit en Auvergne, des paquebots des petits vieux mondialisés mais aussi des tankers d'un demi kilomètre, si braudélienne dans sa civilisation matérielle
méprisant Le temps du monde (A Colin), n’a t elle pas la force titanesque de son propre temps ? Peut-être même existent aussi (mais dans quelles modalités spécifiques) comme une "classe ouvrière" coréenne, brésilienne en tout cas de Sao Paulo ?) ? Quant à "nos"
Ouvriers de l'Ouest de 1984, ils étaient au bord du basculement mondialisateur et déjà on ne pouvait les décrire que d'un côté ou de l'autre du versant ; ceux que leur conscience mobilisée tirait encore vers l'être, c'est à dire l'éternité, glissaient tout aussi réellement , et en toute -tragique-
conscience, (contrairement à toute définition distinctive
univoque), vers le non être, dont tout admirateur du Poème de Parménide, sait aussi, et pour la consolation de toutes les nostalgies, qu'il est et qu'il n'est pas, et que la connaissance ( y compris philosophique), loin de se définir exclusivement par la rupture et la dénégation, puise dans le mythe et dans la
poésie ?
Consulter les sites, www. sociologie-cultures.com, et
www.lestamp.com.
I Wallerstein, La Découverte.
Une nouvelle servitude. Essai sur la mondialisation. François-Xavier de Guibert. 2003
Monde Diplomatique
Une nouvelle classe s’empare des leviers du pouvoir mondial. Naissance de l’hyperbourgeoisie. Août 1998. Bizarrement, pusillanimité ou lissage politique, Denis Duclos n’a jamais repris et valorisé son invention, qui nous paraît pourtant capitale, sous réserves d’adaptation contemporaine sans fin.
JR De l’antimondialisme à l’altermondialisme, la question d’une servitude. In Guichard-Claudic, Lacombe, Papinot, De Bretagne et d’ailleurs. UBO. Brest 2004
Pour reprendre l'expression d'Alain Bertho. C’est à nos yeux un des rares sociologues qui aient échappé aux paroles gelées ou tordues concernant les ouvriers perdurant au sein de milieux populaires. Il a intégré d'entrée la territorialisation, solide garde-fou contre
le déréalisme idéologique. Son propos concerne l’étonnante mutation de la
banlieue rouge en banlieue, pont-aux-ânes de beaucoup de déversements pseudo-savants le plus souvent induit par la demande politique et médiatique depuis le début des années 80.
Jacky Réault,
Formes de vie ouvrières et écosystèmes sociaux de reproduction. Nantes Cahier Lersco 1989.
ATP CNRS, L’Ouest bouge-t-il ? Son changement social et culturel depuis 30 ans. Nantes, Vivant 1983.
Mais qu’il avait interdit de
citer à l’auteur de la thèse
qu’il dirigeait et qui alla
jusqu’à emprunter littéralement
notre titre « ouvriers de
l’Ouest » (son livre est édité
par l’Harmattan sous le titre,
Sociologie politique d’ouvriers
de l’Ouest), sans la moindre
citation de notre ouvrage
pourtant devenu classique et
référentiel. (cf. Y. Lacoste, M.
Phliponneau, Bernard Kayser,
Gérard Noiriel, J.R. Tréanton,
Pierre Naville, etc. Michel
Verret lui-même quand il n’en
fait pas en acte
manqué « paysans de l’ouest »).
Le plagiat est devenu si banal
dans certains placards de la
disciplinesous l’autorité de
nos anciens camarades que
nous avons trop longtemps
intériorisé sa fatalité. La dame
qui a ainsi capté ce titre et ce
découpage d’objet s’est réfugiée
à l’extrémité la plus
occidentale de l’Eurasie sous
l’inspiration d’on ne sait quel
Tournesol. A l’ouest,
toujours à l’Ouest ! (Hergé,
Le trésor de Rackham Le Rouge)
Colloque international des 3, 4,5, décembre 2004, évènement fondateur public du Lestamp-Association, libre société savante associative que conquirent avec leurs seules forces et revenus privés les chercheurs refusant de briser leur coopération intellectuelle toujours féconde lors de la liquidation autoritaire de l'ex laboratoire d'Université en 1984, Le Lestamp. Édité en cdrom par J Deniot et J Réault,
The societies of globalisation. Nantes Lestamp 2007 et disponible sur le site sociologie-cultures.com
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Anne Réault Etude de mains
d'après l'autoportrait de Dürer
(Le Louvre) 2009. La main
humaine ou l'unité
anthropologique
totale(Leroi-Gourhan) des
arts, artisans, ouvriers,
paysans, artistes. Arts
Cultures et Sociétés
Habiter-Pips Projet quadriennal
2010 ne peut rester emblématique
du travail ouvrier si souvent
démanuélisé, ou de multiples
travaux supposés non ouvriers
remanuélisés et mécanisés, que
si on pense cette unité
intelligente cultivée qui
spiritualise toute pratique
humaine et que pourraient
symboliser ces mains de
Dürer.
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Où en-est la classe ouvrière ?
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Par Jean-Paul MOLINARI
Professeur de Sociologie
« On ne voit pas que le mouvement
d'époque puisse inverser les tendances
la déstructuration, à la désolidarisation
à la désorganisation, qui dès à présent
mettent la classe au point critique.
Michel Verret,
« Où va la classe ouvrière ? », 1992.2
Toujours moins d'ouvriers « désouvriérisation », moins d'ouvriers dans le secteur secondaire de l'industrie mais toujours plus dans le secteur tertiaire, « tertiairisation » : au seul vu du nombre la classe ouvrière offre le prime constat d'une déclinaison , amorcée il y a trente ans, de son poids démographique dans la société française, tout autant que celui d'une restructuration sectorielle concomitante. Ce que les premiers nombres indiquent recouvre un complexe de transformations affectant les structures et les individus de la classe. En 2003 la classe ouvrière n'est plus ce qu'elle était à l'apogée de son nombre (1975 ) comme de sa puissance sociale, de même qu'elle n'est plus ce qu'elle n'a jamais été3, dans les temps où l'illusion de son essence valait science de sa réalité et foi en son avenir. Reste qu'il existe toujours des millions d'ouvriers en France (autour de sept ) et que l'ensemble social qu'ils forment pose en termes renouvelés la question de savoir comment il constitue une classe ouvrière.
Sauf à suivre la courte vue individualiste d'une atomisation absolue des classes , il semble plus objectif et plus fécond de marquer la pérennité de l'existence sociale d'un ensemble d'hommes et de femmes dont l'inscription dans les rapports de travail, et corrélativement, pour une large part, dans les autres rapports sociaux, demeure distincte de toute autre, fut-ce de manière à la fois plus mouvante, plus diverse ou autrement diverse, et en partie plus floue et plus incertaine, que dans les passés historiques, y compris le plus récent, celui de la période 1945-1975.
Ouvrier : « Un salarié d'exécution . Il peut, poursuit la définition proposée par l'INSEE , travailler dans l'industrie, dans l'artisanat ou dans l'agriculture. Il produit ou transforme souvent un bien matériel. ». Salarié d'exécution producteur ou transformateur d'un bien matériel : triple indexation distinctive nette, tout autant que nuancée , qui renvoie, le plus souvent car aujourd'hui la référence à la transformation peut désigner de nouvelles zones de flou, aux réalités d'un type de travail différent de celui des autres salariés, des autres exécutants, des autres producteurs . Au total une inscription spéciale dans les rapports sociaux de travail, grosse d'autres modalités spéciales de vie, qui configure comme un groupe social tendanciel mais aussi toujours en même temps un ensemble de catégories sociales 4, n'était le fait, celé ou euphémisé par le concept INSEE, de la productivité ouvrière, qui fait de ce groupe potentiel-réel avec ses-ces catégorie une classe au moins en-soi, en le/les positionnant dans des rapports sociaux de production.
Productif en effet l'ouvrier, et seul travailleur de cette espèce, si l'on tient ensemble ses deux qualités de salarié et de producteur, car il ( en réalité elles et eux ) produi(sen)t, dans les conditions de l'achat capitaliste de sa force de travail et de la mise au travail de celle-ci dans les conditions choisies et imposées par les employeurs du Capital, ce bien qu'est la valeur du produit matériel, et, en elle, la valeur que son travail a ajouté à celle des moyens consommés dans la production et celle de ses propres moyens de reproduction , toutes deux reproduites par le travail des ouvriers : cette survaleur ou plus-value dont le Marx du Capital invente la théorie.5 Sous ce point de vue l'ensemble-groupe ouvrier existe comme classe sociale.
Décrypter l'actualité du complexe des restructurations d'une classe ouvrière, dont l'existence ainsi réaffirmée, aux seules fins d'en réinterroger le degré de réalité, sera examinée sous divers angles, à travers des mesures appropriées, tel est ici le propos.
DESOUVRIERISATIONS
Dans la dernière décennie du vingtième siècle, le mouvement de l'emploi ouvrier dans le monde6croît en valeur absolue ( 17,3 millions en plus ) alors que le taux de représentation ouvrière dans la population active mondiale décroît de 11,1%. Selon les aires nationales-étatiques et les espaces historiques-économiques ces mouvements s'avèrent très contrastés, voire même contraires. Dans l'Europe capitaliste classique, celle de la CEE et des pays hors CEE ( hormis la Turquie ), le mouvement combine une double baisse : du nombre des ouvriers et du taux d'actifs ouvriers dans la population active.
En 1975 , en France, l'INSEE recense 7.778.600 ouvriers ayant un emploi, et, en 1998 , 5.794.000 : en vingt-trois ans le taux d'ouvriers a décru, en quasi-continu structurel ( il y a des regains conjoncturels de croissance en fin de siècle ), de 10,7% ( 37,2 à 26,5% ), à l'instar du taux mondial. Par d'autres mesures, celles de son Enquête Emploi annuelle, l'INSEE précise l'approximation. En 1975 on comptait ainsi 7.643.408 ouvriers occupés et, en 2002 ,6.202.045, soit 400.000 de plus qu'au recensement de 1998 , indice que pendant cinq années de reprise de croissance économique, le chômage ouvrier s'est réduit. Comptabilisé selon les critères du Bureau International du Travail il se chiffre à 346.076 en 1975 pour croître jusqu'à 980.509 en 1993 : en 2001 il n'est plus que de 779.792 , mais dès 2002 la tendance structurelle le resitue à 797.168.
Au bout de ces comptes il apparaît que le nombre ouvrier français s'est réduit d'un million en vingt-sept ans : de 7.989.484 ( actifs occupés ou chômeurs ) en 1975 à 6.999.213 en 2002. Le tout et le détail des mesures autorisent à penser que ce constat correspond à la réalité de tendances structurelles à l'œuvre dans les sociétés capitalistes développées. Les nomenclatures qui leur servent de base en France ont certes été modifiées en 1982 (les contremaîtres ne sont ainsi plus comptés comme ouvriers), mais l'évolution même des statuts professionnels, entre autres données d'évolution, le commande. Reste que nomenclatures et mesures ne sauraient enserrer et saisir à elles seules la vive dynamique des évolutions du travail.
L'affaire ne se réduit pas à des enjeux comptables. Des enjeux théoriques, et avec eux, ou en même temps qu'eux, des enjeux sociaux, se redessinent. Moins d'ouvriers ? : oui, mais concomitamment des évolutions des postes d'employés ont pu permettre d'affirmer, plus que par métaphore, que nombre d'entre eux tendaient à se rapprocher de certains postes d'ouvriers spécialisés caractéristiques du travail taylorisé7, sinon même à s'y identifier . A l'inverse d'autres postes renvoyant par définition de tradition à des actifs ouvriers font l'objet de nouvelles interrogations : ainsi en est-il par exemple des conducteurs d'autobus urbains8.
Ces brouillages de frontière9 remettent sur le chantier théorique les concepts d'identification d'un statut socioprofessionnel d'ouvrier, « travaillé » par d'incessantes modifications fonctionnelles et organisationnelles, dont les initiatives managériales se saisissent - les catégories lexicales disent à leur manière ces évolutions tout autant qu'elles recèlent des enjeux sociaux - pour nommer autrement que par le passé l'ouvrier, devenu opérateur, ou l'ouvrière, métamorphosée en technicienne de surface . « D'une manière générale, sont ouvriers les emplois proches de la production, jusqu'à ce qu'une différence qualitative dans la fonction ou les caractéristiques des titulaires les mettent en position d'être classés en employés » .10
Ces oscillations et incertitudes renvoient en partie à des réalités présentes depuis toujours dans le travail ouvrier, et aussi à des transformations plus récentes et actuelles. Aucune détermination du statut d'ouvrier ne peut en être oubliée:
... ni l'exécution, dans certaines formes du travail « participatif» à plus fort degré d'autonomie, ou du travail « relationnel »
... ni le contrat de travail, éclaté à partir des nouvelles segmentations des marchés de l'emploi ouvrier, et renvoyant à de nouvelles distributions des modes, des montants et des compositions des salaires ouvriers
... ni la production de valeur, qui distingue l'ouvrier de la carrosserie de Peugeot de l'ouvrier carrossier d'une entreprise artisanale
... ni la production matérielle, si l'on pense à l'évolution de formes de la dépense ouvrière à coefficient plus intellectualisé qu'auparavant, ou à l'expansion, dans la classe ouvrière, des catégories employées dans le secteur tertiaire, par où la « transformation » matérielle prend le pas, eu égard au nombre d'ouvriers impliqués, sur la production matérielle directe caractéristique des ouvriers des secteurs secondaire et primaire.
En l'état, celui qu'enregistrent les séries statistiques avec leurs limites d'approximation et d'objectivation, la désouvriérisation de la société française se lit donc moins comme un seul processus démographique que comme un mouvement complexe de restructuration sociale qui étend ses effets dans toute la classe, dans les individus, les catégories et les groupes qui la composent, et dans la société nationale. Au plan démographique cependant le développement historique du salariat re -pondère la population active de telle sorte que, désormais, la dominance ouvrière s'efface derrière celle des employé(e)s alors que la croissance numérique des professions intermédiaires se confirme:
- en 1975, pour 21,7 millions d'actifs ayant un emploi, on compte 37.7% d'ouvriers, 17.6 d'employés, 12.7 de cadres moyens.
- en 1982 , 1990, et 1999, respectivement, la part ouvrière diminue ( 32.8 ,29.4 , 25.4 ), celle des employés la dépasse dans les années 1990 ( 25.6 , 26.5 ,28.9 ) , et celle des nouvelles professions intermédiaires tend à bientôt l'égaler (17.6, 19.9, 23.1 ).
La désouvriérisation de la société salariale en expansion abonde une armée de réserve peuplée en 2002 de 797.168 ouvriers en quête d'emploi (parmi les employés : 820.557 dont 633.521 femmes, et 292.779 parmi les salariés intermédiaires). Ainsi, alors que l'on recense en cette même année 299 employés sur 1000 actifs occupés ou chômeurs, on constate que les ouvriers sont 266 quand les salariés des professions intermédiaires, dont le chômage reste moins fréquent, ne sont que 207: la désouvriérisation de l'appareil productif gonfle le chômage dans une classe dont les sans-emplois, à l'instar de ceux et celles qui peuplent l'archipel des employé(e)s, avec lesquels ils ont souvent en commun une faible qualification , représentent, bon an mal an, un huitième de l'effectif. Elle atteint des dizaines de milliers de familles ou de ménages dans lesquels coexistent, et souvent donc doivent continuer de cohabiter, deux générations d'ouvriers, et (ou) d'employé(e)s, de chômeurs, voire même trois lorsque le ménage, parfois le proche voisinage, inclut des retraités, ouvriers (2,9 millions en 2002) ou employés ( 3,14 millions ).
Ces récents remodelages de la démographie des actifs déporte donc le centre de gravité, jusqu'alors ouvrier, des classes salariées . Reste qu'en raison des flux réciproques de passage individuel entre emplois d'ouvrière et d'employée u et des liens familiaux ( par le mariage ou les autres formes de mise en couple, par la filiation12 ), fussent-ils précarisés, ainsi que par des liens de proximité - au minimum relatifs et différentiels, eu égard à l'ensemble des rapports inter-classes , dans les statuts et les dépenses de travail, dans l'habitat aussi - entre les actifs ouvriers et employés, un nouveau centre , élargi, des classes salariées se reconstruit dans la recombinaison des rapports d'une classe ouvrière en déclinaison numérique et d'un ensemble composite de catégories d'employés en expansion numérique et à dominante féminine ( 75% d'employées, pour 21% d'ouvrières ) . Au total, l'ensemble de classe des ouvriers occupés, chômeurs ou retraités comprend (en 2002) 9,9 millions d'individus ( 75% d'hommes), celui des employés 10,9 millions ( 77% de femmes ), soit respectivement 30% et 33.3% de l'ensemble des salariés actifs ou retraités.
Mais la désouvriérisation renvoie à d'autres restructurations sociales.
La dynamique historique du couple « tertiairisation de la classe »- « transformations industrielles de l'appareil productif» entraîne ces processus structurels, régulés pour l'heure, de façon hégémonique, par les stratégies entrepreneuriales du Capital et les politiques de l'État et des États associés dans l'Europe officielle, sans que des luttes sociales puissent imposer d'autres correctifs que partiels et défensifs.
RESTRUCTURATIONS OUVRIERES
Au cours des quatre dernières décennies du vingtième siècle ta part du secteur primaire dans la population active passe de 22 à 4,3 % alors que celle du tertiaire bondit de 42 à 73% , celle du secondaire - industrie, énergie et bâtiment -déclinant de 36% (en 1960 ) à 22.7% . Les premiers effets de ces évolutions sectorielles13 sur la composition interne de la classe ouvrière sont anciens. La nouveauté ne tient pas à la décroissance du nombre des ouvriers agricoles : entre 1876, date à laquelle 51.9% des ouvriers travaillent dans l'agriculture et la pêche, et 1975 où, un siècle plus tard , ils ne sont plus que 4,4% dans ce cas, leur poids n'a cessé de s'amenuiser. En 2002 avec quatre ouvriers agricoles sur cent ouvriers la tendance se confirme, alors que s'accentue l'internationalisation de cette fraction diminuée : on y recense 12,8% d'ouvriers étrangers en 1993 et 15,2 aujourd'hui.
Pendant la même période centennale la part des ouvriers d'industrie (bâtiment et transports compris) semble promise à devenir la composante principale de toute la classe : massive, voire écrasante, évoluant de 42,2 à 76,6 %. Aujourd'hui, alors que la statistique verse les transports dans ses comptes du tertiaire, la proportion des ouvriers du secteur secondaire dans l'ensemble ouvrier s'élève à 49,5. Elle atteignait encore 55,5% il y a dix ans.
Deux moments historiques d'inflexion donc : entre 1876 et 1906 la classe ouvrière cesse d'être de majorité agricole ( de 51,9 à 34,9% ), et, sous nos yeux, elle cesse d'être à majorité industrielle, ce qu'elle fut de la fin du dix-neuvième siècle jusqu'au début du vingt et unième, pour devenir, sur les assises d' un néo-quadripode « tertiaire » , une classe dont les emplois désormais les plus fréquents se situent dans le commerce ( près de 500.000 ouvriers ), les services marchands ( plus de 900.000 ), les services non marchands ( plus de 400.000 ), les transports ( 477.000 ) . Le nombre des ouvriers d'industrie stricto sensu (2.210.624) n'y représente plus que 35,6% de l'ensemble ayant un emploi, , les ouvriers de la construction ( bâtiment et T.P ) 13,9 , les ouvrières et ouvriers du tertiaire 46,1.
L'extension des emplois productifs caractéristique des années 1954-1974, période où l'industrie gagne plus de 900.000 emplois et le BTP, un million I4, s'inverse dans les années suivantes jusqu'à nos jours, alors que l'emploi tertiaire ne cesse d'y croître. En conjoncture de reprise de croissance, l'emploi salarié ne progresse que de 1,7% dans l'industrie manufacturière de 1999 à 2001, celui du « tertiaire essentiellement non marchand » (en majorité dans le service public administratif) croît à peine plus (2,2%), quand celui du « tertiaire essentiellement marchand » augmente du quadruple (6,9%).
Dans les activités productives seule la construction (le bâtiment, avec un fort taux ouvrier- 58% des emplois, 78 % de l'emploi salarié, plus fort taux - 16,8% - d'étrangers hommes salariés, toutes activités économiques considérées) atteint ces rythmes de progression (6,7%), mais dans le secteur de l'énergie, largement désouvriérisé (19% d'ouvriers en 2002) au fil des fermetures des mines, la régression de l'emploi se chiffre à moins 0,8%. La morphologie ouvrière se restructure en se tertiarisant, dans une période de stagnation de sa population industrielle.
Ouvriers de l'industrie et ouvriers des services
«Ainsi la figure de l'ouvrier s'est-elle resserrée,
unifiée et fixée sur le type de l'ouvrier d'industrie»
Michel Verret, L'ouvrier français,
Le travail ouvrier, 1982.
Ce double mouvement génère une concaténation de transformations dans les processus de reproduction de la classe ouvrière. Si les ouvriers de l'industrie occupent encore en 2002 une majorité des emplois de ce secteur d'activité ( 52%), les nouveaux ouvriers du tertiaire - majorité numérique de la classe désormais - ne représentent que 16,6% des actifs occupés en ce secteur, au sein d'établissements dans lesquels travaillent en majorité des employés ( services marchands et non marchands avec, respectivement, un emploi ouvrier pour deux d'employés et un pour cinq ) à l'inverse des univers industriels ( de 4 à 8 ouvriers pour un employé ), voire ( mêmes secteurs des services ) des majorités d' employées ( 100 employées pour 60 ouvriers et ouvrières dans l'un, 30 dans le second ) quand les milieux de travail des ouvriers de l'industrie restent à dominante masculine, à l'exception ancienne des usines du textile, de l'habillement et de quelques autres activités des industries des biens de consommation.
Alors que les uns (2,2 millions) se distribuent entre 302.732 établissements industriels (usines, chantiers, autres unités locales de groupe, moyennes et petites « boîtes »...), soit une moyenne de sept ouvriers par unité productive de site , les seconds (2,8 millions ) se dispersent dans près de 1.100.00015 établissements de services marchands ( aux entreprises principalement, avec un développement accéléré des ouvriers de maintenance des équipements , y compris non industriels : ascenseurs, guichets, distributeurs automatiques, et de ceux qui abondent les professions de l'emballage ,de l'expédition , du nettoyage ), de commerce (restauration et hôtellerie en croissance forte avec un progression rapide du nombre de cuisiniers ), de transports de marchandises mais aussi de voyageurs de toutes sortes ( scolaires, touristes, chalands et ambulants urbains et ruraux pour le travail ou non , avec une progression rapide des effectifs de conducteurs de bus, de car, et des agents d'exploitation des transports. ) , et, en moindre part relative mais dans des parts numériquement plus grandes que par le passé, dans les services, le plus souvent publics, de l'éducation, de la santé, de l'action sociale, de la Poste ( avec une augmentation des ouvriers du tri )16, et des administrations de l'État ou de collectivités territoriales ( 26% des salariés y sont ouvriers ).
Soit une moyenne de 2,5 ouvriers par établissement, masquant certes de fortes disparités de taux, mais l'industrie manufacturière en présente de semblables : « Les services demeurent une activité où l'emploi est très peu concentré 17». Ces premiers ratios se fondent sur une autre dispersion, celle des tailles des établissements. Les entreprises peuvent compter de nombreux salariés, leurs agences ( intérim , banques, immobilier, location,...) en occupent peu : ainsi en va-t-il pour celles qu'on nomme de «sélection et fourniture de personnel » ( la gestion de l'intérim ) dont le taux de salariés par entreprise, le plus élevé, dans une activité où quatre entreprises regroupent 80% des emplois, culmine à 24218. Et 95% des entreprises du tertiaire se confondent avec de petits ou moyens établissements (ceux des PME et des TPE , « très petites entreprises » de moins de 10 salariés).
Une nouvelle diaspora ouvrière apparaît là, contribuant à l'invisibilisation 19des ouvriers, confortant les verdicts « à vue » de disparition de la classe, et, plus structurellement, déconcentrant une classe dont l'un des attributs affirmés, parfois jusqu'à l'aveuglement, résidait dans la concentration de ses forces. Vérité de 1982 , autre vérité vingt ans plus tard : la figure de l'ouvrier s'est desserrée, multipliée, sans plus pouvoir se fixer sur un seul type. Non qu'elle n'ait jamais été multiple20, mais ses reconfigurations récentes en bouleversent les proportions et en brouillent la netteté, de même qu'elles révèlent les matrices de nouvelles proliférations qui affectent l'unité de la classe tout comme son identité ouvrière.
La nébuleuse ouvrière des services
L'ancien et le nouveau se mêlent ici sous la rythmique des réorganisations du capital. Sur son versant tertiaire la classe offre le tableau mouvant de segmentations et de disjonctions catégorielles inattendues autour de noyaux perdurants, eux-mêmes en cours de restructuration. L'unité relative de tout cet ensemble sectoriel repose sur celle du type de travail ouvrier qui s'y effectue. Travail de service, travail ouvrier de service : le plus souvent on n'y produit pas, au sens de la production matérielle propre au secteur secondaire. On y répare, on y entretient, on y transporte des biens matériels déjà produits. Quand on y produit, le travail ouvrier s'inscrit dans des entreprises de service et non de production, au titre de l'adjonction temporaire à une production (intérim) ou de la fabrication alimentaire d'immédiate consommation individuelle (restauration). Des catégories ouvrières y travaillent à la reproduction productive ou individuelle, et, en moindre part, croissante cependant, à des contributions productives « flexibles ». Marx disait déjà « fluctuantes ».21
L'ancien ? Les ouvriers de l'État et des collectivités territoriales (en 2002 ils sont 570.000) et des secteurs public ou nationalisé, hors secteur industriel (ouvriers de la SNCF, de La Poste) . Les ouvriers des transports de voyageurs et de marchandises (SNCF donc ici encore, les chauffeurs, les chaufieurs-routiers, mais c'est presque injure de tous ici les confondre dans les nomenclatures car, logistique capitaliste ou même encore plus « petites boites » , la branche - de longue histoire -conserve de la branche rebelle identitaire22, et les ouvriers déménageurs, au total 51,4% des actifs de la branche Transports). Les ouvriers de la Restauration et de l'Hôtellerie (19,5% des actifs), car il faut de tout temps manger et il y faut des cuisiniers23, mais, nouveauté galopante, avec de plus en plus d'ouvriers des cuisines travaillant pour des groupes tentaculaires (des centaines de restaurants d'autoroute, d'aéroport, de collectivité, de ville), tels Sodexo ou Elior (10 580 établissements en France ).
Le nouveau ? Que tant d'ouvriers produisent sans être salarisés par des entreprises de production : les voilà dans les « services opérationnels » , employés par les entreprises de « fourniture ( et sélection ) de personnel » , autrement dit les « bottes d'intérim » dont l'envol date des années 1960 : 127.726 ouvriers recensés en 1993 ( soit 75% des salariés intérimaires ), 384.357 en 2002 ( 75% toujours )24. Autre nouveauté , fruit de l'externalisation par le capitalisme industriel, de puis les années 1970, de certains travaux effectués à son compte dans ses établissements : le nettoyage des usines, des bureaux, des trains de voyageurs, l'entretien d'installations industrielles, le gardiennage , des travaux sous-traités, des adjonctions ponctuelles de travaux de production .
« Dans la mesure où ces services sont rendus à des entreprises industrielles, sous la forme notamment de l'intérim et du nettoyage il y a là une tertiairisation plus apparente que réelle »2S: reste que la disjonction sectorielle ainsi opérée dans l'emploi et le travail ouvriers modifient les collectifs ouvriers d'établissement ( en 1993 18.2% d'ouvriers seulement dans le salariat des services aux entreprises, alors que les ouvriers représentent de 50 à 60% des salariés dans la-plupart des établissements industriels26).
Entre le nouveau et l'ancien : le monde ouvrier des réparateurs travaillant dans les ateliers de multiples entreprises de service, dont l'activité principale, « le coeur », bat au rythme des échanges commerciaux, dans les succursales automobiles et autres garages, les ateliers des vendeurs de motos voire de bicyclettes, et quantité - en déclin toutefois- d'autres ateliers plus artisanaux de remise en bon état d'appareils et d' « articles » domestiques ou personnels, de la montre aux chaussures, du bijou au vêtement. S'y logent des ouvriers de grands magasins de grand capital ou de galeries marchandes annexes, et des ouvriers d'ancien artisanat : 200.000 ouvriers dans le « Commerce et la réparation automobile » (53.5% des salariés de cette branche d'activité), 200.000 encore dans le « Commerce de détail » et les réparations autres que de voitures (4.9%), 270.000 dans le « Commerce de gros » (30.0%).
Des métiers du bâtiment, voire de la terre, viennent désormais se nicher dans les secteurs capitalistes de la promotion immobilière, dans lesquels trouvent à s'employer des ouvriers du terrassement, de l'aménagement et de l'entretien de jardins et de parcs. Ils côtoient, en cette branche de la « Promotion immobilière d'infrastructures », des ouvriers d'aménagement des zones rurales et du remembrement. Et les ouvriers de l'aménagement des parcelles de cimetière. Car, comme le chante « le fossoyeur »27, il faut bien aussi mourir, et que quelqu'un vous enterre ou incinère. Au total 45.000 ouvriers, 15% des salariés des « Activités immobilières » : mais ils n'étaient que 30.000 dix ans plus tôt, en 1993. Les modalités de la socialisation ouvrière au travail ne s'effectuent pas dans les nouvelles activités tertiaires selon des normes coopératives de solidarité propres aux univers usiniers : « Dans la mesure où ces services sont rendus à des entreprises industrielles, sous la forme notamment de l'intérim et du nettoyage, il y a là (...) un émiettement bien réel des collectifs de travail. Ces ouvriers très mobiles, souvent peu qualifiés, n'ont guère d'échanges avec les salariés des entreprises donneuses d'ordres, qu'elles soient industrielles ou tertiaires. »28.
Une des matrices de la syndicalisation ouvrière , la coopération ouvrière dans le travail, fait ici souvent défaut, entravant le « retournement »29 en coopération revendicative caractéristique de la tradition d'organisation de la classe. L'intégration des fragments ouvriers dans les cosmos de la vente (commerce, activités immobilières, services aux entreprises ) à hégémonie numérique non ouvrière ( avec toujours dans les établissements de grande taille ou dans les PME une majorité relative d'employés, mais souvent aussi de cadres intermédiaires et supérieurs, et dans les TPE , artisanales ou non , une hégémonie directoriale ou de petits patrons ) , quand ce n'est pas la dilution individualisée, brève et répétée, via la vente de leur propre force de travail par l'agence d'intérim , au seul d'établissements successifs différents, et, plus encore dans le tertiaire qu'ailleurs, par un recours entrepreneurial accéléré au travail temporaire ( deux salariés sur cinq sont à temps partiel dans les services, trois sur cinq parmi ceux-ci travaillent moins d'un mi-temps, le mouvement affectant plus les employées que les ouvriers et plus les ouvrières que les ouvriers) induit des multitudes de micro-processus de dés- identification ou de non identification à une représentation ouvrière de soi et d'affaiblissement sinon même de dénégation du sentiment d'appartenance à une classe.
S'installe là comme une rupture intra-classe dans la culture ouvrière entre le grand nouveau pan tertiaire et le cœur industriel où bat encore le pouls des débats et des combats. Composé de petits groupes de coopérateurs immédiats dans le travail (équipes de nettoyage, de déménagement, d'éboueurs, ateliers de garage, cuisines ) , souvent même réduit à l'unité dans l'exercice du travail ( chauffeurs, livreurs, dépanneurs, installateurs, et quantité d'autres ouvriers de l'artisanat et du commerce, de bouche souvent, et d'autres détails), le nombre ouvrier des services externalisés, du travail temporaire, du commerce, constitue en outre l'objet de pratiques de segmentation qui réduisent souvent de fait la légitimité professionnelle de l'ouvrier ainsi tertiairisé, à rebours des formes historiques de la légitimité traditionnelle de l'ouvrier professionnel. « Différentes formes de segmentation intra-sectorielle des emplois »30 sont ici mises en œuvre par les managers des « Ressources Humaines », opposant les salariés du noyau aux salariés de la périphérie des entreprises de service.
Outre les cadres, « le noyau se compose également d'employés travaillant à plein temps ». Ils bénéficient de statuts offrant des garanties de stabilité, une reconnaissance de qualification liée au poste occupé31, un niveau de salaire évalué comparativement comme « favorable », alors que « la périphérie regroupe les salariés à temps partiel ou en contrat à durée limitée (...), les travailleurs temporaires et les salariés des fonctions externalisées , les ouvriers de la restauration rapide, de certains services aux particuliers ( blanchisseries, teintureries : » un peu plus d'un poste d'ouvrier sur dix »32, de la promotion immobilière de logements, et un ensemble d'autres ouvriers non qualifiés ( au double sens, mais sous la domination du sens « objectif» défini par les maîtres de l'emploiement ) , dont la majorité reflue maintenant vers le tertiaire, dans les services d'assainissement ( 50 à 70% d'ouvriers ), l'entretien d'équipements industriels à haute dangerosité ( centrales nucléaires ) „ le nettoyage ( neuf postes ouvriers sur dix, en 1999 dans un effectif de 325 000 salariés , en majorité des femmes, « non qualifiées » , dont les deux-tiers travaillent à temps partiel, au sein de 12 000 entreprises- soit 27 salariés en moyenne par entreprise, taux le plus élevé dans les services ), le gardiennage, les activités de courrier privé ( 80% des chauffeurs, des ouvriers de la manutention , du magasinage, des transports ), où la présence ouvrière est forte. Le monopole entrepreneurial de la définition des cœurs de métiers33, a ainsi pour effet de déporter dans des périphéries, variables selon les métiers et la taille des entreprises, une majorité des ouvriers des services, au premier chef des ouvrières et des jeunes, tout en réservant, de manière inégale selon les activités, des statuts et des conditions plus favorables à des petits et moyens segments d'ouvriers qualifiés.
Une relative indétermination de l'identité proprement ouvrière de la majeure partie de ce salariat en expansion ajoute ici son trouble à une problématique cohérence de classe. Inégales selon les métiers et les types d'emploi, les tendances lourdes de redéfinition du travail ouvrier en un travail faisant toujours appel à d'intenses dépenses corporelles d'une force de travail catégorisée par convention en termes de qualification comme plus ou moins experte et savante ( nettoyer, déménager, conduire-charger-décharger, trier, réparer), et globalement comme « travail manuel » , mais aussi comme travail en relation directe de prestation de service à des clients ou à des usagers faisant appel cette fois à des « compétences » d'ordre dit « informationnel » ou tout bonnement « relationnel » , objets de la vigilance et de l'invention technologique des managements, induisent de nouveaux effets pratiques et symboliques, déportant l'identité en acte et en conscience des travailleurs depuis une figure ouvrière classique de référence industrielle vers celle, gagnant en valence sinon même ici et là prévalente, où domine « la relation de service »34.
Se développent là ce que les serveuses des services de restauration - cantines ou Mac Do - accomplissant « le service » 35et les dépanneurs « à domicile » pratiquent et connaissent depuis longtemps : entrer en contact avec la clientèle, respecter des codes de sociabilité et d'opération des actes de travail désormais formalisés par les directions d'entreprise, et dont les hiérarchies contrôlent et évaluent l'exécution , dans le même processus où s'exerce sur la main d'oeuvre ouvrière en service le contrôle marchand du client. Sur ces nouveaux essarts quelle culture ouvrière ? Quand, des valences aux valeurs, l'accent se déplace du groupe productif coopérateur au prestataire individué (ou peu collectivisé) de service - avec de fait quelques gains incertains et paradoxaux d'autonomie - exposé au contrôle interne et externe de son travail ?
Depuis les secteurs industriels en déclin démographique une nouvelle mobilité des salariés draine désormais de forts contingents d'ouvriers vers les secteurs en expansion du tertiaire (ainsi que d'autres flux vers l'inactivité et le chômage). A partir de l'industrie manufacturière et le bâtiment ( « 25% et 7% de l'emploi salarié en 1998 contre 45% et 15% trente ans plus tôt »36) l'externalisation fonctionnelle, principalement, conduit à des transferts réguliers de main d'oeuvre ouvrière vers , le plus fréquemment, les services marchands ( 38% des effectifs salariés en 1998 contre 14% en 1998 ) . Ils concernent au premier chef les ouvriers « .des secteurs de l'industrie légère, caractérisés par une moindre concentration et une plus faible intensité capitalistique, à savoir les industries agroalimentaires en premier lieu (dont les modes de gestion de la main d'œuvre, plus flexibles, se rapprochent de ceux en vigueur dans certains secteurs des services) »37.
Les « déformations sectorielles » de l'appareil productif ont ici pour effet majeur de fixer des effectifs en décroissance d'ouvriers qualifiés, à forte ancienneté ,et fidélisés par des politiques de promotion interne, dans les secteurs les plus capitalistiques de l'industrie lourde et des industries des biens d'équipement, souvent en lien avec l'État, (industries mécaniques, électriques et électroniques, de l'automobile, de la construction navale, aéronautique et de l'armement ), alors que - transfert d'ouvriers et d'ouvrières ou recrutement déjeunes ouvriers - le secteur tertiaire absorbe des flux croissants « de salariés peu qualifiés, peu rémunérés sur des contrats souvent précaires »38, venus des industries, en déclin , des bien de consommation courante ( textile, habillement, chaussure, cuir) et moins souvent porteurs , en raison de cette origine même, spécialement quand elle se double d'une implantation originaire rurale ou peu urbaine, de ces éléments de culture syndicale qui font souvent défaut dans la main d'œuvre ouvrière des FMI à forte connotation patronale-familiale, habituée, avec des variations anthropo-territoriales importantes selon qu'on est dans l'Aube péri-troyenne du textile ou dans les Vendées de la chaussure ou des brioches39, à des modes de gestion et à des docilités cléricalo-paternalistes, quels qu'en soient les vernis modernistes40.
La recomposition de la classe ouvrière s'effectue ainsi sectoriellement-inégalement, isolant sa partie « forte » (plus qualifiée, plus stable , plus concentrée, plus capitalistiquement productive, plus traditionnellement organisée et combative ) quand sa partie tertiairisée, par mobilité ou par néorecrutement , croit en nombre dispersé à partir de ses éléments les plus exposés dans l'emploi, le travail, les garanties de stabilité et de vie, à des modes de gestion qui en amoindrissent la force sociale potentielle tout autant qu'elles en transforment le statut professionnel et l'identité sociale-Lé tertiaire ouvrier de service désormais le plus peuplé de la classe, mais émietté et dilué dans les espaces de travail, segmenté dans ses statuts d'emploi, rendu asynchrone dans un éclatement des temps d'emploi et de travail, fréquemment illégitime dans ses capacités professionnelles , à ouvriérité souvent incertaine ou sans actualité forte, constitue comme une nouvelle formation sociohistorique de classe sans qu'on puisse encore y déceler les structurations de solidarité et d'organisation qui font de conditions de classe émerger une force sociale neuve.
Ouvriers de l'artisanat et ouvriers de type artisanal
« Viennois: ouvrier boulanger chargé
de la fabrication des flûtes et des croissants
du matin »
La part de « l'autre classe ouvrière »41 employée dans les services - portion congrue (15 % des entreprises artisanales en 1999) mais en croissance -, celle des ouvriers de l'artisanat, ferait figure classique, ancienne, immuable, n'était le fait que ces ouvriers ne ressemblent aujourd'hui que rarement aux compagnons d'hier encore récents. Moins nombreux qu'auparavant, suivant la ligne continue de déclinaison historique de l'artisanat42 (de plus de 750.000 en 1954 à 450.000 cinquante ans plus tard), les ouvriers de l'artisanat, qu'ils travaillent dans la production, le bâtiment ou les services, se confondent aussi de moins en moins en moins avec les compagnons. Ceux qui, n'étant plus apprentis, ne sont pas encore maîtres dans une corporation de métier, s'effacent derrière les flux grossissants d'ouvriers de type artisanal, dénomination tardive permettant d'identifier les ouvriers effectuant un travail « manuel » au sein d'entreprises de moins de 10 salariés (ou 19 plus récemment pour « tenir compte des évolutions constatées »43). Il subsiste certes des ouvriers de « l'autre classe ouvrière » , en majorité dans les branches productives du secteur secondaire.
Quelques dizaines de milliers dans le tertiaire seulement : le viennois en fait partie, comme nombre d'autres ouvriers boulangers, pâtissiers, bouchers, charcutiers, mais aussi des bijoutiers, ferronniers, ébénistes "ou encore tailleurs, couturier (ère)s ,etc. ,dans le vaste champ des 850 métiers répertoriés dans le Code des métiers par les Chambres des métiers. Maître-mot le métier. Celui que l'artisan à la fois possède et exerce à titre principal, la vente ne figurant que comme son activité secondaire, et qu'exercent avec lui - dépense de travail commune et coopérante, qui singularise ce type ancien de travail, matrice efficace de solidarité patron-ouvrier45 -des compagnons ayant suivi l'apprentissage ad hoc dans les Chambres.
Stricto sensu ne ressortissent à ces univers- là que les actifs dont les chefs d'entreprise ont fait la demande du titre d'artisan ou de maître -artisan : « en 1993 on comptait 16.719 maître-artisans sur 811000 entreprises de moins 10 salariés immatriculées au répertoire des métiers, soit 2%*6 ». Le monde de l'artisanat semble compter aujourd'hui de plus en plus de chefs d'entreprises et de moins en moins de patrons mettant régulièrement la main à la pâte. La-plupart « s'adaptent aux nouvelles données économiques (...) transformant le métier en relais du système industriel »47ou en support nécessaire mais secondaire d'activités commerciales.
Dans le tertiaire, en ce sas historique au sein duquel l'ouvrier boulanger au fournil avec son patron s'efface derrière la surrection des ouvriers des fournils des chaînes de boulangeries liées contractuellement aux minoteries industrielles - farines et baguettes à l'ancienne garanties ,les émules de Poîlane devenus capitaines d'entreprise, de la rue du Cherche-Midi jusqu'à New York -, les ouvriers de l'artisanat , en petit nombre, se font rares ici ( cordonniers, bijoutiers,...), progressent là ( métiers d'art, sous la pression de demandes nouvelles de restauration en particulier ), mais les ouvriers de type artisanal les y supplantent48 , sans toujours de liens forts avec les métiers traditionnels : ouvriers de petits établissements appartenant à des groupes ou à des chaînes , dans la préparation d'aliments vendus directement aux consommateurs ( ouvriers classés « qualifiés »), et le monde en croissances des ouvriers non qualifiés travaillant dans de petites entreprises d'entretien, de dépannage, de maintenance, de réparation , de nettoyage des locaux industriels et des bureaux.
Autant les premiers, les qualifiés, -se rapprochent de la figure de l'ouvrier artisanal (travail dans un établissement de taille artisanale, caractère moins poussé que dans l'industrie de la division du travail, caractère moins répétitif des tâches, moindre dépendance de l'ouvrier vis à vis de son équipement, mode d'apprentissage encadré du métier49), autant les seconds figurent l'apparition d'un type nouveau de travailleur manuel déqualifié, propre au développement des services. Mais dans toutes les situations artisanales l'ouvrier du tertiaire, qu'il soit de type traditionnel ou nouveau, reste un manuel de la transformation de produits travaillant le plus souvent dans une entreprise privée de iâible capital - mais le capitalisme s'y inscrit et s'y étend - au sein d'un groupe de coopération restreinte pouvant être réduit à l'unité ou à des binômes ouvrier-ouvrier ou ouvrier petit -patron.
L'autre classe ouvrière nouvelle travaille désormais là, dans des configurations sociales imprévues il y a trente ans, dans le secteur capitaliste en expansion des services où commencent à émerger des stratégies de délocalisation développées depuis longtemps dans l'industrie manufacturière50, et pour le plus grand nombre encore dans les quelques 350.00051 petites entreprises peu capitalistiques, dont le caractère « indépendant » s'estompe au rythme des mouvements de la sous-traitante, des filialisations et absorptions.
L'artisanat, en fait le plus souvent l'entreprise combinant petite taille et héritage historique perdurant quoique très inégalement selon les métiers, on le retrouve avec ses ouvriers, dans son domaine d'élection, hors industrie et hors service, dans le bâtiment : 90% des entreprises y sont inscrites au répertoire des métiers dans un univers « où le sentiment d'appartenance à un corps de métiers »52 reste très ancré. Dans les activités de la construction, au sein desquelles le bâtiment emploie 80% des effectifs salariés en moyenne décennale (de 1990 à 2002) et les travaux publics « qu'on trouve dans tous les manèges et sur tous les comptoirs », matières premières moins nobles, « perte de la spécificité de l'artisan, s'il devient un simple revendeur ou assembleur » , prévalence de « l'aspect chef d'entreprise sur la technique, le caractère manuel ». En dix ans « de 1985 à 1995, le nombre de bijoutiers immatriculés au répertoire des métiers a régressé de 19% ». L'analyse, au delà de ce seul métier, vaut pour la-plupart des métiers de l'artisanat historique, sans qu'on doive en conclure à une inexorable disparition : ainsi les ouvriers des métiers d'art étaient 15.100 en 1982, mais 17.400 en 1990, puis 16.800 en 1999. ( ENSEE - Recensement de la population ). L'industrie capitaliste du bijou - Cartier, Van Cleef et Arpels, ou moindre luxe - est passée par là. 20%, le secteur capitaliste se réduit à environ une entreprise sur cent, mais il regroupe plus du quart du salariat, et réalise le tiers du chiffre d'affaires global du secteur.
Le BTP capitaliste industrialisé, en situation hégémonique sur le marché des collectivités locales (45% de l'activité des travaux publics en 2000 contre 36% en 199253), sur le marché privé de la promotion immobilière, et sur es marchés publics et privés de grande envergure ( réseau routier de l'État, SNCF, EDF, GDF, sociétés d'autoroutes ), emploie environ 300.000 ouvriers de grands et très grands chantiers dans moins de deux mille entreprises quand le bâtiment de l'artisanat en salarie près de 500.000 en quelques 150.000 TPE, dans ce monde, dispersé sur tout le territoire national ( meilleure équi-répartition toutes branches confondues, avec le commerce ) , du « petit patron (...), être hybride, chose intermédiaire entre capitaliste et travailleur » avec lequel l'ouvrier maçon (7 artisans sur 10 emploient moins de 7 ouvriers) ou couvreur, menuisier, plâtrier (du plâtre ou aujourd'hui du « placo », électricien, plombier, chauffagiste ou carreleur, effectue le travail.
Ce qui crée des liens : de solidarité de compagnonnage, dans l'ambivalence entretenue des statuts et des interconnaissances locales, comme aussi de subtiles aliénations d'emploi et de partage illusoire d'intérêt, avec un patronat très corporativement organisé. Haute qualification le plus souvent ( 7 ouvriers qualifiés sur 10 , apprentis compris ), bas salaires de plus en plus souvent, pénurie chronique de recrutement, refus de la jeunesse ouvrière à s'employer, taux maximal de main d'oeuvre étrangère ouvrière tous secteurs comparés ( en 2002 : 15,4% -dans l'ensemble de la construction il est vrai ), aléas des variations saisonnières de marché, sous-traitante incluse : un univers d'incontestable identité culturelle ouvrière durable, juxtaposée plus que reliée aux mondes ouvriers des services et de l'industrie usinière... Juxtaposée, et donc comme proche. Peu reliée, mais donc comme reliable, pour autant que le proche devienne comme un propre commun, mieux : communicable et communisable. Propria, proche et propre : une classe n'existerait qu'à la condition de s'approprier à elle-même, et à ce qu'elle à en soi, en elle, de commun.
La garde ouvrière ?
« Derrière un mamelon la garde était cachée
La garde, suprême espoir et suprême pensée »
Victor Hugo
Les réalités ouvrières se déclinent dans une infinie modulation de conditions différentes et inégales d'emploiement, de travail, d'existence. Si on tente d'en saisir une problématique unicité et singularité - une réalité ouvrière distincte - on peut certes identifier une caractéristique universelle de tous les travaux producteurs et productifs accomplis par les ouvriers du monde dans la situation commune du salariat, et de là mesurer tout ce qui les sépare des autres salariés et des non-salariés. Mais, à partir d'une telle posture de pensée, et sauf à tomber sans espoir de clarté nouvelle dans un essentialisme stérile, le pluriel revient au galop et la réalité ouvrière risque d'apparaître comme une vue de l'esprit.
L'analyse des transformations sectorielles trouve là ses limites tout autant qu'elle remplit son office dans l'objectivation des évolutions structurelles de la classe ouvrière. Car on peut continuer à décliner et à mesurer sur le même fil les modifications qui affectent celle-ci dans le secteur secondaire : la matière n'y manque pas. Mais les activités manufacturières ne peuvent, en cette matière, se traiter comme les autres. Pourquoi ?
La question est de savoir quels rapports entretiennent le concept et la réalité dont il est le concept. Le concept de classe ouvrière a prouvé son adéquation à la réalité des rapports de production capitalistes. Mais l'adéquation n'a jamais été aussi forte que lorsque le concept a servi à penser la réalité qu'il vise au cœur : celle de la production ouvrière de la plus-value capitaliste. « La classe ouvrière (...) est définie par cette échelle de grandeur-là : la grandeur de valeurs, en celle-ci des profits, dont elle produit le mouvement »54. Or la réalité séculaire de la classe ouvrière a toujours compris, comme son cœur, celle de cette part d'elle-même avec laquelle on a fini par comprendre tout son corps, jusqu'à ce qu'on s'interroge dubitativement sur la fonction vitale de ce cœur dans un corps remembré : la classe ouvrière de l'industrie capitaliste.
Dans l'industrie manufacturière 55, en 2000, les PEIA (petites et entreprises industrielles et artisanales) représentent 85% des entreprises, 14 % des effectifs salariés et 8% de la valeur ajoutée. En 200l56, les petites et moyennes entreprises (FMI, 20 à 499 salariés), et les grandes (plus de 500 salariés) se distribuent respectivement 93 et 7% du total des entreprises d'au moins 20 salariés, 52 et 48% des autres salariés de l'industrie (2,8 millions), 36 et 64% des 642 349 millions d'euros de chiffre d'affaires HT réalisé par leur ensemble (en 2000: 54 608 dans les PEIA57). Les échelles de grandeur et de valeur identifient des unités de capital (juridique, institutionnel et organisationnel, économique - variable et constant, investi et accumulé, réalisé, -, mais aussi organisé-syndical - où la taille et la branche combinent leurs effets - des plus petits à la CGPME et au MEDEF), qui enveloppent des mondes ouvriers industriels hétérogènes.
Les services présentent eux aussi des différences et des abîmes similaires. Le BTP non moins, mais sous le double point de vue du capital et de la production il s'apparente à l'industrie : univers de producteurs productifs de la valeur, scindé, sans qu'il soit possible de définir une ligne simple de démarcation, entre les productifs de capital et les productifs de valeur coopérant en cela avec le petit patron « hybride » . Car où situer le minimum pour que l'entreprise puisse être dite capitaliste ? C'est à dire disposer, avec assez de régularité, du capital nécessaire pour constituer un capital variable capable de valoriser l'ensemble du capital investi dans un procès de production, ce « capital nécessaire à l'emploi de 50 ouvriers, que Marx évaluait en moyenne (comme) capital minimum voilà (plus d') un siècle »5*. Cette question se pose aujourd'hui en termes nouveaux puisque, l'appareillage productif se substituant plus souvent qu'hier, quoique inégalement, à la force productive humaine, le travail mort au travail vivant, la machinerie à la main d'oeuvre, la production de la plus-value revêt d'autres formes.
Mais l'achat du capital constant ne supprime pas le mouvement des différences et des inégalités entre détenteurs de capitaux entreprenant d'investir dans la production. Ni la nécessité, achats financés sinon payés, de salarier un nombre qualifié d'ouvriers évalués comme adéquat. La question, toute modemîsable qu'elle soit, laisse pour une part majeure valide la réponse de l'auteur du Capital. L'entreprise capitaliste, et en elle la figure classique de l'ouvrier industriel, commence là où se combinent le recours à la modernisation technologique et à la concentration d'un minimum d'ouvriers dont le travail permet la valorisation du capital scientifique-technique investi, fut-ce comme cela se produit dans certaines industries dites de pointe dans un rééquilibrage des parts respectives d'ouvriers - le plus souvent très qualifiés- , de techniciens et d 'ingénieurs de conception et de production ,avec une pondération majoritaire de ces deux dernières catégories.
Les ouvriers des PEIA - 450 000 environ- ne sont pas cependant plus avant identiques à leurs alter ego du bâtiment. Un nombre croissant de ces très petites entreprises se distinguent par leur politique d'investissement, d'innovation et d'exportation, et leur insertion dans le mouvement du capital industriel s'en renforce, tout autant qu'il en procède ,59 Cette effervescence concerne en particulier, sur l'un ou l'autre de ces registres stratégiques, les ouvriers des PEIA de la chimie et des plastiques, dans une moindre mesure de l'habillement, de la parfumerie, des composants électroniques, la construction navale (des bateaux de plaisance et autres petites et moyennes unités, non celle des paquebots de luxe, des méthaniers, et des bâtiments de la « Royale » ...) : dans ces activités, plus la taille de ces petites entreprises est... grande, plus l'entreprise met en œuvre des plans de développement de ce genre. On serait dans une phase classique d'accumulation, n'était le fait que « le profil bien à part » de ces entreprises procède de la qualité de leur intégration « dans le tissu industriel » : « elles sont plus souvent filiales de groupes, confient et reçoivent plus de sous-traitance, ont plus de contacts avec les organismes professionnels... » . Par où l'on voit que les réponses à la question de savoir où en est la classe ouvrière passe ici par la nécessaire prise en compte de 1' « explosion » récente du nombre des groupes d'entreprises, du développement de la sous-traitance, de la déconstruction61 d'une vision substantialiste de « l'entreprise », et, plus au fond encore, de la réalité de classe du capitalisme.
En 1995 « les entreprises dans les groupes emploient près d'un salarié sur deux, soit 6,1 millions de salariés »62, hors agriculture, administration et du salariat de l'Etat (stricto sensu, c'est à dire sans les entreprises publiques ou nationalisées) et des collectivités locales. En 1996 le nombre d'entreprises appartenant à un groupe s'élève à 9 091, en 1999 à 10 083 . Si l'on excepte du champ d'emprise des groupes les secteurs d'activité à salariat dispersé dans des myriades d'entreprises de petite taille et où leur présence reste faible - construction , services aux particuliers, commerce ), leur contrôle enveloppe 6 salariés sur S (6,1 millions sur 8 millions) . En outre, les groupes « prédominent dans les secteurs très concentrés ou fortement capitalistiques tels que l'industrie automobile, l'énergie et les activités financières »63(1,1% d'ouvriers dans ce secteur) et ils occupent aussi des places fortes dans les services aux entreprises (54.8% d'ouvriers) à hauteur de leur position dans l'ensemble de l'industrie (hors énergie). Aujourd'hui donc la grande majorité - plus de 6 ouvriers sur 8 - des 2,2 millions d'ouvriers de l'industrie « appartiennent »M au complexe expansionniste des groupes capitalistes. «Micro» (moins de 500 salariés), petits (500 à 1999), moyens (2000 à 9999) ou grands (10 000 et +).
Et les tendances à la déstructuration de la classe ouvrière trouvent leur matrice principale dans les récentes et « nombreuses restructurations et les profondes modifications de ces grands centres de décision w65/66 en lesquels se concentre le pouvoir économique et social de la classe capitaliste. Doublement des entreprises contrôlées en 5 ans, extension du contrôle aux petites entreprises, développement fulgurant en 15 ans des micro-groupes ( 600 en 1980, 5000 en 1995 , 8 000 en 2 000 ) , filalisation accélérée et extranéation par les grands groupes, diversification des pôles d'activités, restructuration et relocalisation des filiales sans égard pour leurs résultats propres, tête de groupe étrangère de plus en plus fréquente (1400 en 1995 pour 600 en 1989 ; 18% du salariat industriel en 1979,30% en 1999)), affaiblissement de l'indépendance des FMI par la sous-traitance, participations multiples 67: l'initiative stratégique multiforme du capitalisme non seulement restructure-déstructure la classe ouvrière industrielle mais elle en désorganise les bases et les repères traditionnels d'action et de pensée.
Réponses stratégiques à la nécessité de conquête de nouveaux marchés pour la valorisation du capital, dans des aires concurrentielles d'activités multisectorielles élargies, dont la mondialisation résume en mot à signifiants flottants la complexité, les restructurations capitalistes vers toujours plus de concentration s'entraînent en concaténations indéfinies à partir des politiques des plus grands groupes, de plus grande ancienneté que les autres, qui les premiers aussi ont su s'approprier les inventions scientifiques-techniques productives pour renverser la logique ancienne de production et faire des marchés le régulateur de l'industrie, bouleversant l'ensemble des conditions de la production industrielle par leurs politiques d'organisation du travail et d'emploi.
Deux grands groupes industriels français figurent en 2002 parmi les 100 premiers groupes mondiaux dans un classement étalonné selon leur chiffre d'affaires : Total Fina Elf et Peugeot PSA68; 3 entre la l0lème et la 200ème place : Electricité de France, Renault et Saint-Gobain; 14 entre la 201ètne et la 600ème : Alcatel, Alstom, Aventis, Michelin, Arcelor (ex-Usinor), Danone, Gaz de France, L'Oréal, Lafàrge, LVMH, Péchiney International, Thomson , Valéo, Schneider Electric. Dix-neuf sur six-cents : c'est déjà voir la relative petitesse de la grandeur capitaliste française.. C'est voir aussi, au seul inventaire de la liste des 19, le pouvoir des groupes sur le salariat, dont ici la part ouvrière est prédominante : pas une semaine depuis de longs mois sans qu'un de ces groupes n'annonce des fermetures de certains de ses sites en France et ailleurs, des réductions importantes d'emplois, des relocalisations **, pas d'année récente sans qu'éclaté un magma noir70 financier ou d'usages exorbitants d'argent au plus sommet des centres de décision , pas de cesse dans la pression pour la privatisation des groupes contrôlés par l'Etat et que l'Etat aide à aboutir, comme non plus dans l'annonce de la privatisation des grands groupes encore publics ou semi-publics, EDF, GDF, AIR France ,ou nationalisés, SNCF. Si les nationalisations de 1982 avaient intégré dans le giron de l'Etat, parmi les 8 premiers groupes industriels classés selon Fordre des effectifs salariés, à côté de Renault et d'Électricité de France, la Compagnie Générale d'Electricité, Saint-Gobain -Pont -à-Mousson, Empain-Schneider, Thomson-Brandt et Rhône-Poulenc, les privatisations ultérieures ont fait se redéplacer un million d'ouvriers salariés dans ces groupes du secteur d'État désengagé des activités concurrentielles71 vers le secteur du plus grand capital privé.
L'ajustement incessant de leurs effectifs salariés par les groupes, à l'échelle des cinq continents, induit un bouleversement multiforme des conditions de l'emploi et du travail ouvriers. L'ainsi nommée « modernisation des entreprises » ^affecte certes inégalement les secteurs et les unités de production. Mais ses tendances dominantes restent partout les mêmes. Leurs effets dans la classe ouvrière industrielle, inscrits dans des temporalités décalées ou concomitantes, sont de tous ordres73 :
- suppressions d'emplois ouvriers affectant en priorité les ouvriers déqualifiés : « de mars 1984 à mars 1994 , 790 000 postes d'ouvriers non-qualifiés ont été supprimés dans l'ensemble du secteur privé ; en mars 2000 550 000 postes, en majorité ouvriers, ont été supprimés dans l'industrie74, cette réduction forte affectant d'abord l'emploi ouvrier féminin industriel ( 745 000 ouvrières en 1990, 540 000 en 2000) , et en lui l'emploi non-qualifié ( « Néanmoins, 58% des ouvrières étaient encore non-qualifiées en 2000, contre 29% des ouvriers »75 )
- mise au chômage d'ouvriers déqualifiés, avec le développement de l'automatisation, et pression consécutive sur les résistances des ouvriers occupés. Les choix politiques d'État (1994 ) visant à alléger les cotisations sociales sur les bas salaires, et la reprise conjoncturelle de croissance (1996) ont pour effets de faire baisser le chômage tout autant que de catalyser le recours entrepreneurial aux emplois déqualifiés( 760 000 emplois »non qualifiés nouveaux de 1994 à 2000 )76
- alourdissement des contraintes temporelles pesant sur les ouvriers consécutives aux politiques d'investissement en équipements modernes coûteux nécessitant selon la logique capitaliste des décisions de valorisation du capital constant productif: « travail en équipes alternantes, la nuit, le samedi et le dimanche ».
- intensification du travail ouvrier, « rendue possible par la persistance d'un niveau de chômage élevé », par la diffusion de la production en flux tendus, par le management de la qualité, et par la diffusion des contraintes marchandes dans l'industrie : rythmes de travail de plus en plus contraints, sous-effectifs ouvriers localisés, accroissement et requalification de la pénibilité du travail ouvrier hybridée avec les formes antérieures de la pénibilité physique. « En 1994, près de la moitié des ouvriers industriels, c'est à dire ceux travaillant dans des organisations qui naguère s'interposaient entre eux et le marché pour en lisser les fluctuations, voyaient leur rythme de travail contraint par les variations de la demande » : évolution majeure, dans laquelle les contraintes marchandes et les contraintes proprement industrielles, toutes deux accrues , et tout particulièrement lourdes parmi les ouvriers de type industriel77, combinent leurs effets de fatigue et de stress, et évolution intégrée dans l'expérience nouvelle du travail réorganisé ( en 1998,54% 78de salariés enquêtes disent que « leur travail dépend d'une demande extérieure à satisfaire de manière immédiate , contre 46% en 1991 et 28% en 1984 » ) .
- génération d'un climat d'incertitude, voire d'angoisse, dans le salariat ouvrier industriel confrontés à de nouveaux modes d'évaluation individualisée du travail, intégrés aux politiques marchandes de qualité, de relation avec la clientèle et de polyvalence opératoire (mobilité ouvrière entre postes et opérations à l'intérieur de l'établissement ou de l'entreprise, dite « flexibilité interne qualitative » ), avec évaluation de compétences ouvrières « sociales » rompant avec la logique de qualification , induisant une recomposition des collectifs ouvriers et l'émergence locale de divisions intra-ouvrières ou para-ouvrières ( anciens OS/jeunes ouvriers, ouvriers formés sur le tas /jeunes techniciens diplômés ouvriers stables/ouvriers intérimaires )79
- déstabilisation d'une part croissante de la main d'œuvre ouvrière et mise en concurrence des ouvriers sur deux marches de l'emploi par le recours généralisé à des ouvriers intérimaires : en 2002, 78% des emplois intérimaires sont des emplois d'ouvriers80, soit 537 186 ouvriers ,et 48,3% sont dans l'industrie, soit environ 300 000 ouvriers de l'industrie; entre 1995 et 2000 le volume de travail des intérimaires double tout comme le poids de l'intérim - concernant au premier chef les hommes ouvriers jeunes- dans l'emploi salarié . A l'initiative des directions d'entreprise décidant des variations des effectifs ouvriers qu'elles évaluent nécessaires en fonction de l'évolution des demandes des marchés de leurs produits., cette « flexibilité externe du travail », dont l'autre modalité drastique consiste dans le licenciement, présente une version en grand développement dans les politiques de sous-traitance, qui ont pour effets universels parmi les ouvriers une rémunération moindre que dans les « cœurs » donneurs d'ordre, une protection sociale plus faible, voire, comme chez Alstom-Chantiers navals à Saint-Nazaire, des conditions d'embauché massive d'ouvriers étrangers scandaleuses81, et pour le groupe central et ses entreprises des économies de coûts de main d'oeuvre et de risque industriel.
- instabilité de l'emploi ouvrier à l'intérieur même de l'entreprise par le recours plastique aux diverse formes d'une « flexibilité interne quantitative » poursuivant de semblables objectifs d'économie du capital et d'ajustement de la production à la demande : variations de la durée du travail ou de son aménagement ( heures supplémentaires, chômage partiel, annualisation , temps partiel -15,7% de l'emploi féminin dans l'industrie) et variations personnalisées du salaire ouvrier ( prime sur les résultats, individualisation des salaires ).
Les comptes d'exploitation de tous ces mouvements se qualifient comme comptes de classe avant même qu'on ne les chiffre. Les comptes de la classe capitaliste, resserrée autour de ses groupes et de ses financiers, font florès, c'est leur nature. Les comptes de l'exploitation ouvrière prêtent à plusieurs lectures. Les bouleversements structurels du capitalisme industriel et financier ont alourdi les contraintes qui pèsent sur les ouvriers au travail et elles ont insécurisé des parts croissantes de la classe ouvrière, plus souvent composées d'ouvrières et déjeunes ouvriers, jusqu'à la paupérisation82, et dans des modes de vie précarisée, chiches, instables, parfois dominés par le renoncement, la perte de l'estime de soi, la dépression lente et longue83. Au travail, la pénibilité, la charge mentale84 ,la fatigue, l'usure, le stress, la maladie, le « dopage » , la désillusion, ont progressé . Cependant la diffusion du management participatif, par l'augmentation de marges d'autonomie, d'initiative et de responsabilité dans l'exécution du travail ouvrier, de même que la formalisation accrue des prescriptions opératoires adressées « à une main d'œuvre plus formée qu'auparavant »8S, semblent marquer un progrès de liberté, post-taylorien, dans la condition ouvrière.
L'évolution de celle-ci apparaît donc placée sous le signe de contradictions, sur les versants desquelles les ouvriers peuvent être conduits à produire des jugements eux-mêmes contradictoires traversant individus et groupes .jusqu'à l'atermoiement. Reste que les contraintes constituent l'aspect principal de ces contradictions et que les croyances, fondées sur des espoirs féconds de valorisation de la culture ouvrière, se noient souvent dans les eaux glacées de la fermeture d'usine ou du licenciement. Tous comptes ouvriers faits, l'exploitation réelle-vécue a sans doute cru, mais elle a surtout changé de contenu et de figure.
La productivité ouvrière se compte à la fois avec plus de clarté et plus de difficulté. Plus de clarté, car elle se chiffre, quels que soient les flous entretenus sur les bonnes ou moins bonnes manières de compter. La productivité horaire du travail dans l'industrie manufacturière progresse en France entre 1985 et 2000 de 3,4 à 6,2**". En 2001 même, année marquée par une baisse de la production et la poursuite de la réduction de la durée du travail, la productivité horaire a continué de progresser dans l'industrie. En d'autres termes la classe ouvrière de l'industrie ne cesse de produire de plus en plus de valeur tout en étant de moins en moins nombreuse. Avec certes une hausse du salaire ouvrier, variable selon les secteurs industriels, mais dans le même temps où « le coût salarial baissait de façon substantielle de 19% à 2000 dans toute l'industrie manufacturière »87.
Plus de difficulté, si la vue n'enveloppe pas l'ensemble des ouvriers - ici la classe ouvrière industrielle- sur une séquence longue et non conjoncturelle : aujourd'hui cette classe est soumise à une exploitation plus grande et plus intense qu'hier. La classe. Car, aujourd'hui plus que jamais, les rapports de production soudent en un tout, paradoxalement plus invisible qu'auparavant, les producteurs ouvriers de la valeur économique, dans les mille et unes structures d'interdépendance des capitaux en lesquelles se nouent une solidarité des détenteurs de capital, des plus petits entrepreneurs aux plus puissants groupes. Mais où et comment se manifeste une telle objectivité de classe? Cette classe des ouvriers de l'industrie a porté pendant un siècle les rêves et les espoirs de révolution sociale, à tout le moins de transformation sociale. La jeune garde a vieilli, mais surtout elle a du affronter des cycles de transformation économique qui ont affaibli sa garde, au point que le doute a fini par mettre en cause son image et sa réalité de recours et d'espérance. Ou, pour d'autres, de peur. Waterloo ?
La classe en actes ?
Toutes ces restructurations de l'histoire contemporaine laissent la classe ouvrière en quel état ?
Il fallait sans doute faire les comptes de ces bouleversements sectoriels, organisationnels, fonctionnels, pour re-poser cette question. Car en eux elle s'est déconsolidée, quand elle s'était sur un siècle consolidée. Stabilisée, toujours relativement, dans l'emploi, le travail et, plus tardivement, dans la consommation au point que des mesureurs semi-aveugles pouvaient parler de son embourgeoisement. Dotée socialement d'une identité sociale sans plus de flou. Auto-munie d'organes de protection et de défense sociale, ainsi que d'une existence politique conquise, plus ou moins tard légitimée - le tout aidant à lui ouvrir les portes du Droit. Portée à se mirer dans des formes de conscience sociale fières. De quoi faire d'un ensemble une force sociale, et de l'ensemble-force une classe. Objective et subjective - conscience de classe, classe représentée et vécue comme sujet, conscience individuelle d'exister comme sujet de classe- , en-soi et pour -soi. Le tout, et chacun de ses éléments, n'ont pas résisté à l'épreuve du feu d'un nouveau cycle capitaliste - l'ainsi nommé « libéral ».
L'affaiblissement des lignes de défense syndicale, pas seulement en raison de l'auto-centrage des intérêts d'appareil, mais aussi parce que la rapidité, la soudaineté des mutations capitalistes prennent en défaut, en modulations variées et variables, les habitudes de pensée et d'action ainsi que les vigilances traditionnelles des centres de décision de l'action syndicale- les directions des centrales ouvrières- sinon celles de tous leurs syndicats de terrain, souvent plus près et plus proches, plus instruits, de ce qui change. Histoire de trente années récentes grosses de recentrages hâtifs tout autant que précoces ( CFDT) et de rectifications congressistes effectivement différées (CGT ) . Précipitations leurrantes et myopies idéologiques sur l'actualité historique. « Pendant ce temps-là » la classe adverse se consolide, se réorganise, garde l'initiative. Le sens commun, travaillé par les nouveaux vecteurs de diffusion des idées dominantes, se met à croire à la disparition et à l'illégitimité de la lutte de classe, et à la disparition historique des dinosaures, les classes sociales.
Nombre d'ouvriers, plus encore nombre déjeunes ouvriers et déjeunes de familles ouvrières, a fortiori ceux que l'Éducation nationale scolarise désormais plus « ouvertement »sinon plus démocratiquement, adhèrent à ces nouvelles religions. Dans les mêmes temps les partis auto-dits ouvriers perdent leurs liens vifs avec l'actualité ouvrière tout autant qu'avec l'actualité capitaliste. L'héritage pro-ouvrier de la SFIO s'ensable dans la new-stratégie moderniste du nouveau Parti Socialiste tournée vers les classes moyennes et les cadres-managers, ses assises dans la Fonction Publique, ses appuis ambivalents -carpe et lapin- dans la deuxième gauche recentrée et son reliquat ouvriériste public d'obédience F.O., et sur le fond indifférente (eu égard à l'enjeu historique), sauf période électorale - Lionel Jospin à Limoges en 2002, au devenir de la classe ouvrière. L'héritage ouvriériste et soviétiste tout autant que l'inanité théorique d'un parti invoquant rituellement la « théorie comme guide de l'action » et la métamorphosant en métaphysique - sauf cas héroïques vite liquidés - ne prédispose pas plus le P.C.F à comprendre l'histoire de sa classe mythifiée, pas plus que l'histoire qui se dérobe sur ses pieds devenus d'argile. La classe ouvrière réelle, n'a plus, bientôt, de partis. Des sectes viendront qui en capteront une part des suffrages, mais les gros flux se disperseront dans le silence de l'abstention, l'impasse désespérée du populisme xénophobe et sur toutes les autres nuances du spectre électoral.
La déconsolidation ouvrière, processus daté et donc historique, non fatal mais nécessaire, inversable mais non fatalement inversable, s'accompagne donc d'une désolidarisation et d'une désorganisation, qui ravale la classe à un rôle mineur voire à une absence de rôle sur la scène historique - mais ce n'est une scène, en grande partie, que par métaphore, tant que la pièce ne change pas de cadre -, dont la concaténation indique qu'il s'agit là d'un processus « d'époque ». Une époque dure, ses structures s'éprouvent et s'expérimentent dans les pratiques dont elles sont les structures, la vie s'invente autant qu'elle se subit. Cette classe ouvrière où en est elle de ses épreuves , de ses expériences, et des expérimentations dans lesquelles des appareils avaient choisi et décidé pour elle - un peu avec elles, cela se dit démocratie - de 1' appareiller ?
RECOMPOSITIONS OUVRIERES
Les ouvriers, « sonnés » , sermonnés par les Bossuet du management ,assommés par des discours et des appels obsolètes de leurs propres mandants, repliés, non sans découvertes fécondes, sur un privé redécouvert sous d'autres jours88, vivent l'expérience historique des nouvelles « donnes ». Nouveau tri ouvrier. Le mouvement syndical des ouvriers se libère avec lenteur d'anciens schématismes idéologiques et fonctionnels devenus pesants et inefficaces, sur lesquels les sorties d'apparence moderniste tout comme les enfoncements d'appareil d'apparence irrédendiste jouent , en orchestres vétilleux et adverses, une vieille partition réformiste-conservatrice qui freine l'adéquation de la conscience ouvrière à son époque bouleversée : des minorités cfdétistes plus dans le sillage transformateur de Reconstruction qu'au creux du sillon étroit et peu profond du Recentrage89, de nouveaux SUDs, une Cgt mettant en pratique à l'aube du siècle ses orientations de 1984 , réentrouvrent des champs novateurs d'action et d'espoir. Nouvelle « donne » syndicale.
Les mobilisations ouvrières de revendication ont-elles cependant continuer à décroître comme ce fut le cas après la fin des années 1970 - sur un mode accéléré -, puis encore dans les années 1980 sur un rythme encore fort mais ralenti ? L'esthétique des statisticiens prise les courbes en U : le profil des conflits d'une partie des vingt-huit dernières années (1975-2000)90 laisserait alors penser à une récente embellie, que l'actualité de 2003 confirmerait. Le nombre des jours de grève dans les établissements des entreprises des secteurs privé et des grandes entreprises nationalisées, hors fonction publique donc, fait plus que doubla- entre 1998 et 2000 (de 343 576 à 807 758), atteignant fin 2000 son niveau de 1989, pour ce qui concerne des conflits localisés portant en priorité sur les salaires et sur les modulations imposées par les patronats et les directions à la RTT. Quelle que soit la taille des entreprises ce regain combatif se confirme, même s'il est plus vif dans les moyennes que dans celles de moindre envergure, plus accentué encore dans les plus grandes.
Marque d'époque : les conflits à initiative pluri-syndicale sont toujours les plus nombreux, l'initiative esseulée de la CGT arrivant en second rang devant celle de la CFDT, qui a pris - globalement, avec des variations régionales notables - plusieurs temps d'avance dans les petites et moyens établissements et entreprises de Findustie et des services. Les chauffeurs-routiers - la circulation libérale nationale et internationalisée du capital-marchandise pose ses exigences - et les cheminots - toutes les circulations doivent produire des profits - alimentent le courant gréviste : mais leur contribution conflictuelle atteint 28% des jours de grève en 2000 alors qu'elle était de 35% en 1999. Avec une très forte augmentation des conflits dans la fonction publique (751 900 jours de grève en 1999 ,1 650 300 en 2000), la tendance naissante se dessine donc aussi dans le regain revendicatif localisé, parmi les salariés des branches de la métallurgie, des industries agroalimentaires, de la réparation automobile, de la construction - toutes très ouvriérisées - ainsi que dans le commerce, la santé et l'action sociale.
Reste que dans les deux grandes mobilisations de 1995 91et de 2003 , l'impulsion , l'encadrement et la participation viennent d'abord des salariés des services publics et de leurs syndicats92méme si de nombreux salariés ouvriers, employés et des professions dites intermédiaires, ont répondu présent aux questionnements de leur conscience sur des enjeux de vie, à la nouvelle hauteur de facto posée par les épreuves de la souffrance moderne du travail réorganisé - allongement de leur vie au travail, racourcissement de leur durée de vie hors travail, tout particulièrement pour les ouvriers dont la longévité demeure la plus brève et progresse le moins rapidement dans une histoire où les durées de vie s'allongent , moindres capacités solvables dans un temps de retraite écoutée, alors que la retraite prend de plus en plus le sens d'une fin désirée d'un travail qui a perdu tout sens, tant il apporte désillusion , déqualification , destruction ou déstructuration personnelle-, et à l'appel de leurs centrales syndicales - CFDT exceptée, mais pas unanimement approuvée par ses syndicats locaux ou de branche, dans les deux mouvements, avec tous les effets d'inertie, d'inhibition et d'affaiblissement mobilisateur, induits dans les secteurs et les établissements du privé où cette centrale garde soutien et confiance des salariés ( 889 160 adhérents affichés en 2002 ,150 000 militants auto-évalués, 20 à 23 % des suffrages aux élections professionnelles, dont 23,57 dans la section industrie et 23,76 dans le commerce lors des élections prud'hommales de 2002 ) ,en priorité parmi les ouvriers de la métallurgie et les salariés de La Poste, de France Télécom , de l'Éducation nationale, en progression dans les TPE et les PME/FMI,- souvent retors pour mille causes et raisons allant de la crainte des effets répressifs post-rébellionnaires, à l'absence de culture revendicative et syndicale et à des fonds culturels, et cultivés par des DRH instruites, d'assentiment sinon même de docilité à l'autorité patronale, propres à nombre de bassins de main d'oeuvre et à des « pays »93 -, parmi les ouvriers des transports, de la construction , des industrie du bois et les salariés des services et des collectivités locales94).
Le mouvement du mouvement semble cependant s'amorcer dans une évolution, notable de 1995 à 2003 , de ses acteurs. D'une situation à l'autre : sans doute plus d'ouvriers du privé à l'apogée des manifestations, malgré l'immense visibilité, exploitée par la presse, des salariés du service public, et plus d'enseignants de tous degrés que les seuls « instits » 95, dans des mobilisations partout massives en France dans les deux moments longs, mais où le second revêt plus, malgré ( ou en raison des) les atermoiements de partis politiques affaiblis, notamment du Parti Socialiste, l'aspect d'une lutte expresse sur le devenir de toute une société et, en elle, de sa majorité salariée. Les ouvriers ne s'y trouvent ou retrouvent pas tous, loin s'en faut. Mais ils n'y sont pas non plus seuls, loin s'en faut encore 96. Conjonction accrue ( progressive ? ) des mouvements ouvrier, salarié et syndical, propre aux recompositions sociales et agoniques de l'époque, annoncée il y a trente ans par le signal rouge du chômage de masse dans la société salariale, mais dont le nouveau centre commence à émerger autour d'une remise en question et en lutte du travail lui-même, tel que le capitalisme libéral/managérial l'impose et tel que les salariés, dans l'expérience historique native souffrante qui est la leur, commencent à y puiser et retrouver les voies d'une résistance neuve, dont les développements ne sont nulle part écrits - entre désespérance atomisée de masse et résilience collective de classe.
Le décentration de l'axe ouvrier du mouvement des luttes sociales ou, dit autrement, l'émergence de nouveaux centres d'initiative de mobilisations de classe - avec des acteurs de divers statuts de classe - contre les mouvements, les initiatives et les effets des pratiques économiques et politiques du capitalisme, configurent un nouveau type de mouvement social, multipolaire plus qu'unitaire, sinon par sa commune adversité globale, de même qu' ils inaugurent une nouvelle phase de développement de ce mouvement, dont le mouvement ouvrier, affaibli mais résistant, ne forme plus le seul cœur qui en rythme les battement et les batailles . A la centralité, publique et nationalisée, et ses flancs moins mobilisés du privé, du mouvement salariat/syndical, se combinent, sur la base de ce que ce dernier n'a pu et su s'emparer, « ce retour de base qui s'effectue aujourd'hui non dans la classe ouvrière mais dans le petit salariat non ouvrier d'employés et de professions intermédiaires » 97dont les « coordinations » furent les premières manifestations, ainsi que les mobilisations des « sans » et celles des anti- puis alter-mondialistes, situant leurs combats dans les espaces béants et souffrants du chômage, de la misère domiciliaire résurgente, de l'immigration des prolétaires des pays dits pauvres, et de toutes les contraintes pressurant ceux-ci -espaces générés par la dynamique du capitalisme libéral mondialisé, ses politiques d'ajustement structurel, et les politiques d'Etat qui, en version libérale ouverte ou en contre-feux socio-démocrates palliatifs, lui ouvrent les portes de leur Droit ou n'en atténuent que certains des effets sociaux. Se lit, en creux de toutes ces reconfigurations, la disparition de la classe ouvrière comme actrice autonome de la lutte politique.
L'éclatement et la dispersion du vote des ouvriers en constituent la manifestation la plus visible et la plus commentée. Là où les ouvriers affirmaient leur existence de classe organisée valant comme force politique distincte, l'histoire récente de leur massification déstructurante leur ôte cette puissance politique collective, tant électorale et qu'executive - celle des combats politiques hors des scènes surlégitimées de la seule démocratie représentative -en les réduisant à une masse d'électeurs individués, sans les bénéfices de l'individualisation libre qui réclame pour se développer l'accès à des moyens sociaux de culture et d'aisance que la nouvelle condition ouvrière ne partage que très inégalitairement dans la société française. La déclinaison historique de l'adhésion ouvrière au Parti Communiste Français dit autre chose que le vote. En 1979 ce parti compte, 46,5% d'ouvriers dans ses rangs, en 1997 31,3%98 : mais en 1979 le PCF a 700 OOadhérents, dix-huit ans plus tard autour de 200/250 000. Les ouvriers communistes étaient plus de 220 000 à l'apogée des effectifs d'un parti non encore atteint par les effets de sa politique de rupture avec la stratégie unitaire de la période du Programme Commun de la Gauche, ils ne sont plus que 60/75 000 quand se font sentir -en particulier dans les premières marches de la montée du chômage ouwier - les premiers effets de la restucturation de l'économie capitaliste qui vont atteindre de plein fouet des secteurs industriels où il puisait depuis 1920 une part majeure de sa sève militante ouvrière : les mines, la sidérurgie, la métallurgie, l'automobile.
L'incapacité stratégique, dûment adossée à une non moindre incapacité théorique, à sortir de cadres d'action et de pensée devenus obsolètes, par inertie d'appareil, enfermement dans une logique soviétiste acritique - malgré vagues, rebonds et recherches passagères d'issues indépendantes -, puis errance multiforme dans les pratiques politiques de surface et de scène, conduisent ce parti à se détacher des bases sociales qui ont ait sa force et dont les transformations accélérées lui échappent. Sans cesse travaillée par les restructurations qui lui sont imposées, la classe ouvrière, déjà reléguée au rang de réserve électorale par le nouveau parti socialiste, ne se reconnaît plus dans cet autre parti dit ouvrier, et elle y perd sa force politique parce qu'il y perd « sa » classe. Désorganisation politique de la classe ouvrière.
La nouvelle classe ouvrière du « libéralisme », fait l'expérience lente et contrastée- vieille patience ouvrière -d'un nouvel âge, pièce inédite qu'elle doit jouer avec de nouveaux acteurs historiques qui partagent avec elle la souffrance en France99 , venus , pour certains ,de ses environnements habituels de combat - ainsi nombre d' « intellectuels issus des classes populaires100 » , et pour d'autres de ses environnements domestiques , les employées et aussi les professions intermédiaires : des actrices, car ces mondes sont plus féminins, dont les ouvriers avaient moins l'habitude dans le travail et dans le mouvement des luttes sociales.
Les cadres y viendront plus nombreux qu'aujourd'hui, les intellectuels travailleurs des sciences sociales y viennent, certains essayistes pressés devront revoir leur copie et y choisir leur place dans de nouvelles scènes moins confortables que celles des éphémères effets de scène, les artistes et les créateurs culturels en sont souvent déjà des précurseurs : renforts de haute valeur nécessaires pour penser plus juste les mouvements des hommes et des cultures. Pour quelles nouvelles configurations de classes autrement sociales que par le passé ?
A la lectrice, au lecteur, de rassembler les éléments que l'analyse dépose, en lignes de défaction et de réfaction, pour composer son état de la classe ouvrière en ces premières années du XXIème siècle et pour penser ces nouvelles figures.
Jean-Paul Molinari, LESTAMP, 24 juin 2003
Notes de JP Molinari.
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1 Jean Noël Retière et Olivier Schwartz ont, sous ce même titre, fait paraître, en 1994, un dossier excellent qui autorise qu'on puisse, en 2003, mettre les données d'actualité en perspective : La Documentation française, N° 727, 6 mai 1994.
2 Michel Verret, Chevilles Ouvrières, Paris, Les Éditions de l'Atelier ,1995.
3 Roger Cornu, Métamorphoses ouvrières, sous la direction de Joëlle Deniot et Catherine Dutheil, Paris, L'Harmattan, 1995.
4 Robert Merton, Éléments de théorie et de méthode sociologique, Pion, Paris ,1965.
5 Michel Verret, Le travail ouvrier, Paris, Librairie A.Colin, 1982 ; Paris, L'Harmattan, 1999.
6 Michel Verret, La classe ouvrière à l'épreuve de la mondialisation, Historiens et Géographes, N° 350.
7 Margaret Maruani avance l'idée que les caissières de Painsi-nommée grande distribution deviennent des « ouvrières spécialisées du tertiaire ». ( La flexibilité à temps partiel, conditions d'emploi dans le commerce, avec C.Nicole-Drancourt , La Documentation Française, Paris, 1989 ).
8 Olivier Schwartz, prenant en compte l'importance prise par les déterminations inter-relationnelles de leur travail avec les usagers-clients, y voit un des cas pertinents pour une exploration neuve du brouillage des frontières traditionnelles des catégories et des classes. Des analyses neuves de la « relation de service » dans les sciences sociales (sociologie, économie, gestion), convergent aussi vers ces points aveugles.
9 Michel Gollac et Beaudouin Seys, Les ouvriers, in Économie et statistique, Paris, INSEE , n° 171
172, novembre-décembre 1984.
11 Simone Chapoulie, Une nouvelle carte de la mobilité professionnelle, Économie et statistique N° 331 2000. Les flux sont presque exclusivement féminins. En cinq ans, entre 1988 et 1993, 23.000 ouvrières non qualifiées deviennent employées de la Fonction Publique (sans mouvement inverse).
12 Michel Cézard, Les ouvriers, INSEE Première, N° 455, Mai 1996 : « en 1996, 56% des ouvriers hommes de 40 à 59 ans étaient fils d'ouvriers ». Ouvriers dont la fréquence du mariage avec une employée était alors plus élevée encore que de nos jours,
13 La notion de secteur est ici utilisée dans l'acception conceptuelle large, ferme et précise qu'en propose François Aymard -Duvernay dans « Les secteurs de l'industrie et leurs ouvriers » , Économie et Statistique, N° 138, Novembre 1981: « A un niveau très fin, les secteurs d'activité ont un soubassement institutionnel: ils constituent le lieu d'organisation des syndicats professionnels et d'application des conventions collectives ; les entreprises appartenant à un même secteur subissent des contraintes de marché voisines. On peut donc considérer qu'au niveau le plus fin un secteur constitue un lieu relativement homogène de gestion de la main d'oeuvre».
14 Maryse Tripier, L'immigration dans la classe ouvrière en France. Paris, L'Harmattan, 1990.
15 Nombre d'établissements dans le secteur tertiaire (INSEE, 2001, Fichier Sirène). Si chacun d'entre eux n'emploie pas toujours d'ouvriers ( 335.530 n'ont même aucun salarié ) reste que le ratio ici calculé constitue un indice probant de la très forte dispersion de l'effectif ouvrier employé dans le secteur, et, à tout le moins, d'une dispersion beaucoup plus grande que dans le secteur industriel.
16 Michel Cézard, INSEE Première, N°34, Mars 1996.
17 Karim Moussallam , Le poids des grandes entreprises dans l'emploi, INSEE Première, N° 683 , Novembre 1999.
18 INSEE Résultats, Économie, N° 5 , Décembre 2002, Les entreprises de service en 2000, Tome 2 ; les services aux entreprises.
19 Michel Verret : Ouvriers, la classe fentôme. Les mrockuptibles, N° 351, Août 2002.
20 Michel Verret , Les figures culturelles de l'ouvrier, Unitam , Revue de sociologie et d'anthropologie, n° 24 Janvier 1998.
21 Karl Marx, Le Capital, Livre Premier, Tome II, Chapitre XV, Le machinisme et la grande industrie, Paris, 1948, Éditions Sociales, page 150 : « Les manufactures de ce genre durent leur origine principalement au besoin des capitalistes, d'avoir sous la main une année proportionnée à chaque fluctuation de la demande et toujours mobilisée » . Armée de femmes et de « jeunes filles et d'enfants»...
22 Bruno Lefebvre, Les routiers, Paris, Syros, 1992.
23 Double rappel et sagesse matérialiste de Victor Hugo (« Mangeront-ils ?) et de Bertolt Brecht (« Questions que pose un ouvrier qui Ht »).
24 « Les services aux entreprises en 1999 », opus cité : « Le secteur de la sélection et fourniture de personnel comprend deux activités. La sélection et mise à disposition de personnel représente les 2/3 des entreprises de ce secteur. (N.B : 614 509 salariés dans 2 681 entreprises dont 767 d'au moins 30 salariés, dont les entreprises capitalistes comme Manpower, Adecco,...) .Elles emploient 5% du personnel (..,). Le travail temporaire est le plus gros employeur des services aux entreprises : 486 000 salariés en équivalent temps plein soit 26% de l'ensemble. Les entreprises sont en moyenne les plus grandes des services aux entreprises (719 personnes par entreprise) ».
25 Alain Chenu, 1993, opus cité.
26 Les données des enquêtes Emploi de PINSEE ne sont plus livrées pour 2002 selon la même nomenclature d'activité économique qu'auparavant. Le nouveau lissage européen opéré dans les nomenclatures d'activité indique, entre autres choses, que les processus ici étudiés ne sont pas une exception française. La comparaison des données de 2002 et des données antérieures fait apparaître le poids croissant du recours à l'emploi intérimaire des ouvriers tout comme la dissémination ouvrière dans les entreprises qui « héritent » de l'externalisation des fonctions auparavant incluses dans le fonctionnement et l'organisation des usines.
27 Georges Brassens, 1952.
28 Alain Chenu, Une classe ouvrière en crise, Données sociales, 1993, Paris, INSEE.
29 Joëlle Deniot, Usine et coopération ouvrière : métiers, syndicalisation, conflits aux Batignolles Paris, éditions Anthropos, 1983.
30 Chantai Cases et Nathalie Missègue, Une forte segmentation des emplois dans les activités de services, Économie et statistique, N° 344, INSEE , Paris , 2001.
31 ibid. Les auteurs retrouvent une distinction introduite par M.Verret (Le travail ouvrier, opus cité) entre qualifications subjectives « caractéristiques de ( la ) formation biographique des individus « et qualifications objectives propres aux emplois occupés , elle-m&ne reprise de MCézard (Les qualifications ouvrières en question » , Économie et statistique, N°l 10 , 1979.
32 Nathalie Missègue, Quelle segmentation des emplois dans les services?, Économies et Sociétés, n° 4,7/2002.
33 Les services opérationnels « sont notamment impulsés par Fexternalisation croissante des activités que les entreprises ne jugent pas au cœur de leur métier », in : Les services marchands en 2000, INSEE Première, N°793-juillet 2001. Mais il se produit la même chose pour les postes externalisés de travail ouvrier et pour leurs occupants ouvriers internalisés dans les services : les employeurs ne les mettent jamais dans leur cœur.
34 Abondante littérature dont émergent les travaux de Jean Gadrey ( La gestion des ressources humaines dans les services et le commerce », Paris, L'Harmattan, 1991 et « L'économie des services » , Paris, La Découverte, 1992.), ainsi que les recherches ( note 8 ) d'Olivier Schwartz sur les conducteurs d'autobus de la RATP.
35 « service : travail d'une personne chargée de servir des clients (...) manière de servir des convives (...) Adrienne changeait l'assiette d'Antoine, avançait la corbeille à pain, s'empressait à faire le service (Martin du Gard) ». Le Petit Robert.
36 Sylvie Le Minez, Topographie des secteurs d'activité à partir des flux de mobilité intersectorielle des salariés, INSEE , Économie et Statistique, N° 354 , 2002.
37ibid.
38 ibid.
39 Jacky Réault, Ouvriers de l'Ouest, in « L'Ouest bouge-t-il? » , Nantes, Éditions Reflets du Passé, 1983 et Jean Paul Molinari, Les ouvriers communistes, Paris, L'Harmattan, 1996.
40 François Aymard -Duvernay, opus cité : : « La main d'œuvre située en zone rurale représente a priori le cas le plus accentué de la main d'oeuvre « inorganisée »: implantation syndicale faible ou inexistante, exclusion fréquente des conventions collectives, qualification rarement sanctionnée par un diplôme ». Terres de mission de la CFDT (« La CFDT au quotidien, Un monde aux multiples facettes » , 2003 ). En 2001 les deux tiers du salariat des industries agricoles et alimentaires, et des industries des biens de consommation, travaillent dans des établissements situés dans des communes rurales ou des unités urbaines de moins de 20.000 habitants (enquête EMPLOI, INSEE, Mars 2002).
41 Bernard Zarca, L'artisanat français, Paris, Économica, 1988 : « L'image d'une autre classe ouvrière se dessine ainsi progressivement » quand on compare, comme le fait l'auteur, les pratiques , les cultures et les rapports au travail et aux employeurs, des ouvriers de l'artisanat et des ouvriers d'entreprises industrielles.
42 Baudouin Seys, L'évolution sociale de la population active, INSEE Première, N° 434 , Mars 1996 : «Le nombre des artisans et commerçants a diminué jusqu'en 1975 à un rythme voisin de 1% par an, puis plus lentement au début des années quatre-vingt et une baisse de l'ensemble après 1990 ».
43 Études et statistiques, Importance de l'artisanat dans l'économie française, Ministère de l'Économie des Finances et de l'Industrie, Paris, 20/11/2002.
44 Voir : Laurent Azzano, Mes joyeuses années au faubourg, souvenirs du faubourg Saint Antoine, France-Empire, Paris, 1985.
45 B.Zarca ,opus cité : « La participation régulière du patron au travail productif ne contribue pas seulement au maintien des bonnes relations qu'il entretient avec ses ouvriers, toute l'atmosphère de travail dans l'entreprise en porte la marque »
46 Atelier Escobar de bijouterie -joaillerie, Paris, 2002. Analyse finement ciselée des transformations de l'artisanat de la bijouterie en contre-point de celles de Bernard Zarca : copiage « des pratiques extérieures au champ de la profession » , production-vente de produits standardisés
47 ibid.
48 Baudouin Seys, opus cité :«(...) les métiers exercés ont beaucoup changé. Les grandes surfaces, les biens « jetables » et le déclin démographique des campagnes ont rendus caducs l'artisanat et le commerce traditionnels. Seul l'artisanat du second œuvre du bâtiment s'est maintenu. »
49 Nomenclatures CS ESE - 63 - ouvriers qualifiés de type artisanal.
50 Quotidien Le Monde , 23/04/2003.
51 Répertoire Sirène des entreprise artisanales, Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, 20/11/2002.
52 Études et statistiques, op. cité, 1/05/2003.
53 Marie-Anne Le Garrec, 2000: une deuxième année exceptionnelle pour la construction, INSEE Première, N° 786-juin 2001.
54 Michel Verret, Le travail ouvrier, opus cité, chapitre 2: Plan Capital.
55 « Les emplois dans les entreprises artisanales, « Ministère de l'Économie et des Finances », 11/2002
56 Sessi, Enquête annuelle d'entreprise, 2001.
57 Ces ratios varient peu pendant ces dernières années. En 1997, « les petites entreprises de moins de vingt salariés représentent 86% des entreprises, 15% des emplois et 7% du chiffre d'aflaires total de l'industrie » : Benoît de Lapasse et Hervé Loiseau, Panorama des petites entreprises industrielles, INSEE Première, N° 667 -juillet 1999.
58 Michel Verret, Le travail ouvrier, opus cité.
59 De Lapasse, Loiseau, Opus cité.
60 Ma.
61 Eric Vergeau et Nicole Chabanas, Le nombre des groupes d'entreprises a explosé en 15 ans, INSEE Première, N° 553 - novembre 1997.
62 ibid.
63 ibid.
64 « Au point de vue social, la classe ouvrière est donc, comme tout instrument de travail, une appartenance du capital » , Karl Marx, Le Capital, Livre 1, Tome 3. La discussion juridique ( Alain âlpjot, Critique du droit du travail, Paris, PUF, 2002 , pages 63-64.) autour du maintien des libertés de la personne passant avec l'employeur un contrat de travail n'entame pas cette conception « de classe » , non instrumentaliste malgré l'apparence.
65 Vergeau et Chabanas, opus cité
66 Définition la plus complète et la plus opératoire dans M.Verret, Le travail ouvrier, 1982, opus cité. : « Le groupe, c'est cette « super » ou « hyper » société qui, à partir d'un centre financier commun, élabore une stratégie générale de valorisation du capital, intégrant en une démarche cohérente et unique les choix de production ( économies d'échelles intersectorielles, diversifications trans-sectorielles ), l'organisation des chaînes productives ( produits complexes élaborés en « lignes » dans un même ensemble productif), l'implantation des établissements ( localisation et délocalisation ), les politiques de marché ( rentes de monopoles sur « marchés captifs » ou sur secteurs « fins »), les politiques d'investissements (captation de bénéfices sur langues séquences), les politiques d'emploi (sous-traitance, combinaison de la main d'œuvre stable et instable, qualifiée et déqualifiée)».
67 Tous ces mouvements du capital sont remarquablement analysés et exposés dans l'article précité de Vergeau et Chabanas.
68 classement Fortune de 2002.
69 Chronique nécrologique régulière et exhaustive dans « L'Usine nouvelle » (in « le quotidien des usines »).
70 « capital noir » comme il existe «un travail noir » ( M. Verret, le travail ouvrier ) , sans même compter le capital noir mafieux.
71 Hervé Loiseau, 1985-2000 : Quinze années de mutation du secteur public d'entreprises, INSEE Première, N° 860 -juillet 2002.
72 Danièle Linhart, La modernisation des entreprises, Paris, La découverte/Repères, 1994.
73 Michel Gollac et Serge Volkoff, Citius, altius, fortus Actes de la Recherche en Sciences Sociales, N° 114, 1996.
74 DARES, Ouvriers et employés non qualifiés : disparités et similitudes sur le marché du travail, Premières synthèses, N° 47.1 , novembre 2000
75 Sessi, L'emploi industriel : les femmes aussi, Le 4 pages des statistiques industrielles, N° 145-avril 2001
76 DARES ,N°47.1 , opus cité.
77 "Valérie Aquain , Jennifer Bue et Lydie Vinck, L'évolution de l'organisation du travail : plus de contraintes mais aussi plus d'autonomie pour les salariés , Premières synthèses DARES, N° 54 , juin 1994 . La réalité mais aussi le leurre de l'autonomie font l'objet d'une analyse critique des contradictions des nouvelles formes d'organisation du travail dans « Citius,...», opus cité.
78 DARES, Premières synthèses, L'organisation du travail : entre contrainte et initiative, Résultats de l'enquête Conditions de travail de 1998 , N° 32.1 , août 1998.
79 Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Retour sur la condition ouvrière, Paris, Fayard, 1999. Leur « enquête aux usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard » met l'accent sur les processus de division et d'opposition ouvrières au sein de ces usines au cours des 20 dernières années : d'autres enquêtes, menées notamment au sein du groupe Alstom et dans des usines du groupe Rhône-Poulenc, montrent que, malgré les jeux sur la division entretenus par les directions de ces usines, ces oppositions n'y ont pas cours ou n'y présentent pas le même degré de consolidation.
80 UNEDIC, Direction de Études et des Statistiques, juin 2002.
81 En novembre 2001, 12000 salariés travaillent, sur le site na/airien du groupe Alstom , à la construction de paquebots de croisière de luxe. La politique de réduction des coûts ( de 30% sur trois ans pour un navire ) entreprise par la direction du chantier naval se réalise dans l'extension de l'appel à la sous-traitance ( près de 7000 ouvriers, intérimaires à 80%, dans 500 entreprises preneuses d'ordre ) . Parmi ces ouvriers 2400 sont étrangers non-résidents en France avant leur embauche. La moitié provient de pays de l'Union Européenne : Allemagne (ex-RDA ) , Portugal, Italie. Les autres ouvriers sont originaire de Hongrie, de Croatie, de Pologne. La DRH prospecte aussi en Ukraine, dans les Émirats Arabes, à la recherche de main d'oeuvre à faible coût. Le dévoilement des conditions désastreuses d'emploi et de vie des ouvriers venus de l'Inde est à l'origine d'une mobilisation syndicale, conduite par la CGT, qui aboutit à des résultats bénéfiques pour les ouvriers tout autant qu'elle permet de dévoiler les logiques d'emploi à l'œuvre dans les industries usant de la sous-traitance sur une large échelle.
82 « Avoir un emploi ne protège pas toujours de la pauvreté. Les causes peuvent être diverses : temps partiel, contrat à durée déterminée, intérim , alternance entre chômage et emplois intermittents, années de travail incomplètes...On qualifie de « bas revenus salariaux » , les revenus annuels inférieur au salaire annuel médian . En 1998, dans les secteurs privé et semi-public, les bas revenus salariaux concernent 2,45 millions de salariés, soit près de 16% de ces secteurs dont 60% sont des femmes. » (La documentation française, 2000, rapport de l'Observatoire de la pauvreté et de l'exclusion sociale). Employées et ouvriers / ouvrières non qualifiés, vivant en couple ou seuls, composent la majorité de ces salariés paupérisés qui gagnent moins de 3500F par mois en 1998.
83 Noëlle Burgi, « Exiler, désœuvrer les femmes licenciées », in « Ouvrières : les dessous de l'embellie » , Travail Genre et Sociétés, La revue du Mage, Paris, L'Harmattan, 8/2002.
84 Sylvie Hamon-Cholet et Catherine Rougerie, La charge mentale au travail : des enjeux complexes pour les salariés, INSEE, Économie et Statistique, N° 339-340,2000.
85 Michel Gollac, Contributions et comptes rendus, www.samidzdat.net, décembre 1995.
86 Sessi 2202, note 55 .Cette mesure rapporte la valeur ajoutée en volume de production, mesurée comptablement en valeur, au nombre d'heures de travail utilisées pour cette production.
87 Sessi 2002 ibid.
88 Olivier Schwartz, La vie privée des ouvriers : hommes et femmes du Nord, Paris, PUF, 1990.
89 Pierre Cours-Salies, La CFDT, Paris, La Brèche, 1988.
90 Mes-Dares, Premières synthèses, février 2002-N0 09.1.
91 Claude Leneveu et Michel Vakaloulis (sous la direction de), Faire mouvement, Actuel Marx/puf, Paris, 1998.
92 René Mouriaux, Quatre énigmes syndicales, in « Faire mouvement » , opus cité.
93 Jacky Réault, opus cité, et quantité d'études pénétrantes non éditées, disponibles au LERSCO/LESTAMP de l'Université de Nantes (Laboratoire de Recherches Sociologiques Sur la Classe Ouvrière/CNRS -1972/1995 et Laboratoire de recherche sur IES acculturations et les transformations des classes Populaires).
94 La Cfdt, Nos adhérents, 2003.
95 R.Mouriaux, opus cité, en 1995 « Les instits plus que les profs ».
96 Le sondage SOFRES réalisé les 11 et 12 juin 2003 sur « l'attitude des français face à la réforme des retraites et à la perception du projet gouvernemental » fait apparaître, dans les limites propres à l'exercice, que, tant en ce qui concerne l'inquiétude de l'avenir de leur retraite, que de la confiance accordée au gouvernement, au MEDEF, ou aux syndicats, que de l'évaluation de la qualité du projet de réforme gouvernemental comme solution durable au problème du financement des retraites et qu'à la volonté exprimée de participer à des grèves et à des manifestations pour s'opposer à ce projet, les ouvriers interrogés ( en face-à-face à leur domicile ) sont, respectivement, les plus inquiets ( 77% ) , les moins confiants dans le gouvernement ( 68%) et dans le syndicat patronal ( 78% ), les plus confiants dans les syndicats ( 48% ), les plus dubitatifs (70%), et les plus volontaires ( 61%), les moyennes respectives toutes catégories sociales confondues sur ces indices respectifs se situant, souvent beaucoup plus bas, à 60, 51 , 75 , 52, 54 et 36 %. Les employés et, plus encore les salariés des professions intermédiaires, sont ceux dont les réponses se rapprochent le plus, sur tous les registres, de ces attitudes ouvrières sondées. (Méthode des quotas de sexe, âge, profession du chef de ménage, et stratification par région et catégorie d agglomération ; échantillon de mille personnes).
97 M.Verret, Où va le mouvement ouvrier français? , opus cité
98 François Platone et Jean Ranger, Les adhérents du Parti Communiste Français en 1997, Cevipof, Paris, Mars 2000.
99 Christophe Dejours, Souffrance en France, La banalisation de l'injustice sociale, Paris, Le Seuil, 1998.
100 Richard Hoggart, 33 Newport
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